Odile Roujol, marraine française de la Beauty Tech à Los Angeles

Qu’une Française ait créé une communauté Fab Fashion and Beauty Tech n’est pas surprenant. Quand on sait qu’elle fut PDG de Lancôme International à l’âge de 37 ans, cela prend un autre sens.

Enhardie par vingt ans d’expérience dans la cosmétique, Odile Roujol a commencé l’aventure à San Francisco. Son pari: regrouper les entrepreneurs de la tech qui évoluent dans l’industrie de la mode et de la beauté. “La première réunion s’est déroulée dans mon salon en septembre 2017, on était soixante-dix”, se rappelle-t-elle. L’objectif de ces meet up : partager des expériences et créer des connexions entre investisseurs et start-ups. “C’est une conversation, pas un monologue de l’invité”, insiste la Française, précisant que l’audience est à 70% féminine.

Aujourd’hui, cette communauté s’est étendue. Elle a rassemblé en 2018 plus de 1.500 personnes sur quinze réunions à New York, Berlin, Londres, Sao Paulo, Shanghaï (liste non-exhaustive), ou encore Los Angeles, où le lancement a eu lieu le 17 janvier. La prochaine rencontre aura lieu le 17 septembre à Upfront Ventures, à Los Angeles. A l’instar des autres chapitres, la communauté locale est animée par une volontaire, Camille Çabale-Téhard, une ancienne du réseau FrenchFounders. “On adapte les thèmes des réunions aux écosystèmes. A Los Angeles, par exemple, il y a une diversité culturelle, l’influence du lifestyle, une conscience environnementale, ainsi que beaucoup de micro-investisseurs et de fournisseurs locaux. L.A est amenée à jouer un rôle important pour les marques en “direct-to-consumer” mode ou beauté.”

Odile Roujol aspire à faire évoluer la communauté en incorporant davantage l’aspect mode, et en proposant plus de services, telle qu’une aide au recrutement de talents. “Je pense que dans un proche futur, notre communauté pourrait atteindre les 5.000 membres, entrepreneurs et équipes proches.”

Après treize années dans le groupe L’Oréal – et notamment chez Lancôme -, elle est devenue directrice de la communication, puis responsable des données et de la stratégie chez Orange. Au cours de voyages pour rencontrer les acteurs de la Silicon Valley, elle découvre San Francisco et en apprécie l’esprit humble (“ici le succès n’est jamais acquis et on continue à apprendre tous les jours”). Depuis trois ans, elle a emménagé sur les hauteurs de Corona Heights à San Francisco. Sur place, Odile Roujol va frapper aux portes… Résultat : elle conseille aujourd’hui des start-ups, comme des sociétés de capital risque (VC). Forte de son réseau local, une amie lui a alors suggéré l’idée d’animer une communauté autour de la beauty tech “pour le plaisir”.

A ce moment-là, elle regrettait le peu d’intérêt de la Bay Area pour ce secteur. “Si vous lancez une innovation pour des bougies ou des soutien-gorges, les investisseurs ne sont pas dans leur zone de confort. Ici, on est au royaume du B2B et de l’intelligence artificielle.” Elle déplore ainsi que seuls 2% des fonds investis soient destinés aux entreprises fondées par des femmes alors qu’elles représentent 16% des entrepreneurs. “C’est en train de changer doucement, et je pense que les investisseurs sont plus sensibles au sujet qu’il y a quelques années.”

Pour elle, le futur de cette industrie passera par l’application de la computer vision (vision par ordinateur) aux vidéos. “Elevée par les tutoriels et YouTube, la nouvelle génération veut plus d’expériences et d’interactions avec une communauté.” Autre versant : l’application de l’intelligence artificielle pour trouver de nouveaux clients, tout en respectant la propriété privée, que ce soit pour offrir des consultations en ligne ou des soins sur mesure.

L’Asie va également jouer un rôle important. “La Chine représentera bientôt plus de 50% des volumes dans le luxe ; quand l’Indonésie est la quatrième population mondiale et a 50% de clients potentiels en dessous de 30 ans”. Après Dubaï, elle va donc démarrer un chapitre Fab Fashion and Beauty Tech Singapour.