Pourquoi n’y a-t-il pas de digicodes aux Etats-Unis?

Vous avez l’habitude de demander à vos amis le code d’entrée de leur appartement ? Avoir une fameuse liste de chacun des codes résidentiels ? Revenir d’une soirée arrosée et, moment de solitude, oublier les chiffres à taper comme Marc Jolivet?

Aux États-Unis, rien de tout ça : il n’y a pas (ou très peu) de digicodes. Ici, on passe un badge sur une serrure électronique, on sonne à l’interphone ou on utilise simplement les bonnes vieilles clés. Pourquoi?

Une invention française

S’il y en beaucoup en France, c’est tout simplement pour une raison historique. Le digicode est une invention de l’ingénieur français Bob Carrière, brevetée en 1970. Il avait trouvé l’inspiration pour cet outil génial en voyant un dessin animé où les chiffres et les lettres d’un cadran de téléphone permettaient de bloquer la porte d’un réfrigérateur.

Les serruriers américains sont les meilleurs

A l’inverse, le système de clés et de serrurerie est solidement ancré dans l’Histoire des Etats-Unis. Au XVIIIème siècle, alors que la richesse des habitants de la jeune république s’élevait, il fallait trouver de nouvelles méthodes pour sécuriser les habitations. Les serruriers américains se lancent alors dans une série d’innovations, qui va aboutir au perfectionnement des clés et des serrures. Ils participent même à des concours internationaux où ils demandent à des serruriers du monde entier (anglais notamment, qui règnent en maitre sur le monde de la serrurerie) de déjouer les ingénieux mécanismes qu’ils ont inventés.  Les Anglais n’y parviennent pas en général. Pour la petite histoire, un serrurier se distingue: Linus Yale, inventeur en 1851 de la “serrure magique” qui fut, grâce à un complexe système de rouages, vu comme une petite merveille dans le monde de la serrurerie. A l’époque, aucun serrurier n’avait trouvé le moyen de la faire sauter.

Le digicode est moins commode 

Marc Weber Tobias est l’auteur de cinq livres sur la sécurité, expert en serrurerie. Selon lui, les Américains rechignent à utiliser le digicode car ils “sont moins sécurisés que les clés, car il est plus facile de trouver le code à partir du clavier. Si vous portez quelque chose sur vous (badge, clés…), la sécurité est contenue dans l’outil , explique-t-il. C’est aussi une question de préférence personnelle. J’aime bien toucher la serrure pour ouvrir la porte, comme avec des systèmes de badges comme Kevo ou Kwikset. 

Fréquentation des immeubles

Pour Renaud Lifchitz, expert en sécurité informatique, c’est une question de fréquentation des immeubles. “Les halls d’immeubles français connaissent beaucoup de passage, et pas uniquement de résidents, mais aussi de clients d’entreprise, de démarcheurs, d’invités, de distributeurs de prospectus…), et leur imposer un contrôle d’accès est souvent exagéré…”. Le digicode devient donc un outil utile pour filtrer, d’autant que beaucoup de bâtiments en France n’ont pas le système de “doorman” en vogue dans certaines grandes villes américaines.