Les Français, ces nuls en anglais

Revue de presse. La guerre au Mali et Gérard Depardieu ont déserté, cette semaine, la presse américaine qui s’est penchée sur le niveau d’anglais des Français. Goodyear et Arnaud Montebourg font, heureusement, un peu de résistance.

On ne va pas se le cacher : les Français et les langues étrangères, ce n’est pas une très grande histoire d’amour. David Sessions, journaliste au Daily Beast, s’est penché sur ce problème en essayant de comprendre pourquoi, diable, les Français ont tant de mal à s’exprimer correctement dans la langue de Shakespeare.

Prenant en exemple François Hollande, Nicolas Sarkozy ou encore Jean-Pierre Raffarin, pour bien montrer que cette tendance est notable jusque dans les plus hautes sphères de l’Etat, à gauche comme à droite, David Sessions formule plusieurs hypothèses. La timidité semble être un premier facteur. “Il y a beaucoup de petites choses qui tendent à démontrer que la culture française est moins démonstrative que, disons, la culture américaine, où les enfants sont encouragés à prendre la parole. Même à la maison, les parents ont tendance à enseigner à leurs enfants la discrétion”.

Les méthodes d’enseignements semblent également jouer un rôle important. “Parler anglais semble très déstabilisant pour les étudiants français”, note Jean-Philippe Schmitt, professeur de français à New York University (NYU). Les programmes scolaires, qui mettent l’accent sur la grammaire plutôt que sur la pratique orale sont pointés du doigt. Jean- Philippe Schmitt a cette formule pour résumer la situation : “Le professeur parle et les étudiants écoutent”. Pascal Emmanuel Gobry, fondateur du site d’information Noosphère et auteur récemment d’un article sur le sujet, parle même de “torture” lorsqu’il évoque ses souvenirs d’étudiant. Le cinéma, enfin, semble avoir une grande responsabilité dans cette histoire : en France, contrairement à la plupart de ses voisins européens, les films sont doublés et non sous-titrés. La conclusion de cet article est, à cet égard, sans appel : “Il ne fait aucun doute que si le ministre de l’éducation distribuait des DVD en version originale plutôt que payer ses professeurs, les Français seraient meilleurs en anglais, et gaspilleraient moins de temps”. 

“Playbook doublure argentée”

Cinéma toujours. Hannah Olivennes, bloggeuse sur le site du New York Times, s’étonne de la traduction du dernier carton au box-office américain, pour lequel Jennifer Lawrence a reçu l’Oscar de la meilleure actrice : “Silver Linings Playbook” est devenu “Happiness Therapy” lors de son passage sur les écrans français. “Donner au film un titre français aurait pu lui enlever ce côté cool, ce cachet que la langue anglaise porte encore. Il y a également le risque, en le traduisant dans la langue de Molière, de donner une image ridicule, et contreproductive, au film. Une traduction littérale de “Silver Linings Playbook” aurait été incompréhensible pour le public français par exemple”.  De fait, “Silver Linings Playbook” aura sans doute plus de chance de marcher sous le nom de “Happiness Therapy” que “Playbook doublure argentée” !

Henri Ernst, chef de distribution à UGC, explique le processus : “Pour les films étrangers, le titre est la première chose à laquelle on pense ; c’est la première chose que les gens disent et c’est extrêmement important. On a trois options : traduction, adaptation ou garder le titre original”. Parfois, un titre arrive cependant à déjouer tous les pronostics. C’est le cas de “Eternal Sunshine of a Spotless Mind”, qui a conservé son titre original lors de sa sortie en France, ce qui ne l’a pas empêché de faire une jolie carrière en salles.

Happy Goodyear

La passe d’armes entre Arnaud Montebourg et Maurice Taylor avait fait les choux gras de la presse américaine la semaine dernière : le site Business Insider en remet une couche, photo à l’appui. Dans un court article nommé “Voilà ce qu’il se passe en France quand une entreprise licencie des gens”, on voit un employé de Goodyear sur le point de fracasser son poing sur le casque d’un CRS.

Le journaliste  Henry Blodget note une différence fondamentale entre la France et les Etats-Unis en matière d’emploi. “Nous avons près de 8% de chômage aux Etats-Unis et pourtant la pression est mise sur les entreprises pour licencier des gens, et non les engager. Pourquoi ? Parce que lorsque des entreprises licencient, leurs profits augmentent. Et dans notre pays, dopé au capitalisme, on préfère quand les profits augmentent. CQFD. En France, en revanche, les entreprises éprouvent plus de difficultés à licencier car la fidélité à leurs employés semble plus grande qu’ici. Ce n’est pas nécessairement mieux -leur système économique est beaucoup plus rigide- mais c’est une différence intéressante”. Les Français sont trop gentils.