Non-voyant, je cours le marathon de New York

A propos de l'auteur

Régulièrement, il partagera sa préparation pour le marathon avec les lecteurs de French Morning

Retrouvez-le sur twitter à @CharlesRunsNYC

Son blog Charles Runs

Les aventures humaines sont toujours faites de mystère, d’hybris et de hasard. Cette histoire n’y fait pas exception. Il y a quelques mois, j’ai décidé de commencer un nouveau périple, un voyage qui s’achèvera le 1er novembre, après plusieurs heures de souffrances sur le pavé new-yorkais.

Pardon, je ne me suis pas présenté. Comme de nombreux lecteurs de French Morning, je suis un jeune Français expatrié aux Etats-Unis. Comme vous, je suis arrivé ici  plein d’illusions, admiratif de ce nouveau monde, naïf et enthousiaste. Je suis directeur d’une petite ONG, Surgeons of Hope, qui se spécialise dans la chirurgie cardiaque pédiatrique dans les pays du tiers monde. En quelques mois, j’ai appris les règles du baseball, j’ai découvert que tous les aliments pouvaient se manger frit, j’ai épousé une New-Yorkaise… Bref, une expatriation classique, à un détail près. En 2012, j’ai perdu la vue à cause d’une rétinite pigmentaire, c’était au moment de mon émigration.

“J’ai rapidement compris que j’avais un choix”

Je savais que ce jour allait arriver depuis ma tendre enfance, mais malgré tous mes efforts pour m’y préparer, cette double transition a été difficile. J’ai commencé cette nouvelle vie dans l’obscurité comme abasourdi. J’ai rapidement compris que j’avais un choix. Je pouvais m’apitoyer sur mon sort, gémir, me révolter, ou je pouvais m’adapter. Je suis passé par de nombreuses étapes, mais l’envie d’avancer m’a bousculé.

Pour cristalliser cet effort, je voulais un objectif, un rêve. Dans un élan de modestie j’ai décidé de faire le marathon de New York afin de lever des fonds pour construire un Centre du Coeur en Amérique latine avec Surgeons of Hope. Après mon premier jogging autour de Central Park, j’ai réalisé que ça allait quand même me demander beaucoup de travail. Je ne suis pas particulièrement sportif, d’ailleurs je ne sais pas exactement pourquoi le marathon me fait tant fantasmer, parfois je me dis que j’aurais dû choisir les échecs ou le sudoku. Fort heureusement, la course à pied est très addictive. On commence avec un petit jogging, trois mois plus tard on est tenté par le triathlon, et au bout d’un an, notre femme veut se débarrasser de tous ces t-shirts aux couleurs tapageuses que l’on rapporte fièrement après chaque course.

Grâce à mon club, Achilles, j’ai eu la chance de trouver des guides, mais surtout des amis. Ils m’ont aidé à progresser, ils ont cru en moi. C’était difficile de me dire que, désormais, j’aurais toujours besoin de quelqu’un pour faire le moindre jogging. Chaque sortie était un douloureux rappel de ce nouvel état de fait, mais ce qui est formidable, c’est qu’avec ces amis, j’ai réussi à « oublier » combien j’avais besoin d’eux. En quelques mois, j’ai fait le semi-marathon de New York, le triathlon de New York, bref, toutes les courses qui se terminent par New York.

Au fond, quand j’y pense, ce n’est pas tant le marathon qui m’intimide. La véritable difficulté se trouve en amont. Chaque jogging, chaque course est pour moi une petite victoire sur mon handicap.  Si j’arrive à me préparer comme il faut, le marathon ne sera qu’une formalité. Mais pour le moment je n’ai jamais couru plus de 21 kilomètres, il me reste encore quelques mois, je vous laisse, je vais m’entrainer. Je partagerai cette aventure avec vous, régulièrement, dans les colonnes de French Morning, alors que le Jour J se rapprochera.

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