Nicolas Dessaigne, co-fondateur d’Algolia: les valeurs avant les profits

Quand le succès est au rendez-vous, que la croissance frise les 100% par an et que les investisseurs vous font la cour, il est facile de se laisser griser. Mais Nicolas Dessaigne reste modeste.

Pourtant, on n’en voudrait pas au co-fondateur d’Algolia s’il prenait un peu la grosse tête. La start-up qu’il a fondée en 2012 avec Julien Lemoine et qui propose aux entreprises d’intégrer un outil de recherche sur leurs sites, applications ou logiciels, vient de lever 110 millions de dollars. Un tour de table qui la fait entrer dans le cercle fermé des plus grosses levées de fonds réalisées par des start-up Françaises. « C’est un succès bien sûr, mais c’est surtout une confirmation par le marché qui s’inscrit dans la continuité. Une marque de confiance qui va nous permettre d’investir dans la croissance » confie en toute modestie le PDG, Nicolas Dessaigne.

S’il sait évidemment la nécessité de continuer de croître vite, l’entrepreneur, installé à San Francisco où Algolia a transféré son siège en 2014, se distingue par son insistance sur ce qu’il appelle “les valeurs de la boîte”, sur lesquelles les deux cofondateurs avaient réfléchi dès le lancement de l’entreprise. « On voulait un environnement qui nous corresponde, avec l’envie que chacun travaille comme si c’était sa propre boîte. Puis ça s’est affiné quand on a grandi.». Leurs valeurs : grit (persévérance), trust (confiance), care (soutien), candor (honnêteté et capacité à dire et entendre des retours parfois négatifs) et humility (humilité). Des mots que le chef d’entreprise énonce en anglais « car en Français, ils passent moins bien ! ».

Cette culture, au coeur de ses convictions, évolue selon les caps passés. « Je me dis que je n’ai jamais autant appris que ces 12 derniers mois et je dis ça chaque année ! C’est ce qui rend l’aventure excitante ! » avoue t-il. La croissance est fulgurante. Elle a culminé l’an dernier à 90%. Une ascension qui caractérise la société depuis sa création. En sept ans, elle est passée de deux fondateurs à 350 personnes réparties dans six bureaux : Paris (qui reste le bureau le pus important), San Francisco, Atlanta, New York City, Londres et Tokyo. 8000 clients dans le monde utilisent leur technologie de recherche totalisant deux milliards de requêtes par jour.

Parmi les clients, des sites d’e-commerce (Dior, Garmin…), des médias (National Geographic, France TV, NPR…) ou des apps (WeWork, Zendesk…). « On s’adresse à tout type de business. Notre objectif : offrir un outil de recherche aussi performant que ceux de Google ou Amazon » explique Nicolas Dessaigne, avant d’ajouter « les gens sont habitués à les utiliser et veulent la même expérience, ce qui est impossible à atteindre pour la plupart des boîtes… ».

L’idée qui réunit cet ingénieur de formation, docteur en informatique, et Julien Lemoine, le directeur technique, est donc de combler ce manque. « À ce moment-là, je m’interrogeais sur où mener ma carrière et j’avais envie de monter une boîte. Julien, avec qui j’avais travaillé étroitement, était plus avancé sur ce projet et on a décidé de s’allier » raconte l’entrepreneur, qui dirigeait alors les équipes R&D d’Exalead (Dassault Systèmes).

La spécificité de leur produit ? Un outil de recherche sous forme d’API, une interface par laquelle les clients se connectent à leurs services et qui propose des fonctionnalités multiples grâce à des modules flexibles et faciles à implémenter. Tout l’enjeu étant d’assurer la meilleure expérience utilisateur possible, qu’il s’agisse d’un consommateur ou d’un employé en interne. « Ça passe par trois critères : la rapidité d’affichage des résultats, leur pertinence et le design » détaille le Français.

Autant de domaines qu’ils améliorent en continu et que la levée de fonds va permettre de soutenir. « Les réponses sont personnalisées selon les profils, goûts et historiques de recherche, elles intègrent des fautes de frappe potentielles, s’adaptent aux marques et aux contextes, avec des recherches par la voix par exemple » explique le PDG. Des innovations essentielles pour rester performant dans un marché concurrentiel, « nos principaux concurrents étant les équipes des boîtes qui créent leurs propres moteurs de recherches avec des outils Open Source ».

Afin d’optimiser son offre, Algolia dispose aujourd’hui de 2000 serveurs dans le monde et la méga-levée va lui permettre de voir encore plus grand. Ce qui n’est pas pour faire peur à Nicolas Dessaigne, qui peut à la fois dire que “le sens de l’humilité est impératif, qu’il faut accepter de se tromper, de ne pas tout savoir”  et en même temps lancer “Sky is the limit” pour décrire son ambition pour Algolia.