Nathalie Baye : “En France, il y a une très grande fidélité aux acteurs”

Nathalie Baye a la trempe des icônes hollywoodiennes. Sa vie ressemble d’ailleurs un peu à un film: de la petite fille, enfant d’artistes bohèmes de l’Eure, dyslexique et mauvaise élève à l’actrice incontournable du cinéma français. Pour fuir l’école, elle choisit la danse classique et intégre une école professionelle de danse à Monaco à 14 ans. C’est la danse qui la conduit à New York pour suivre l’école du Ballet Russe à 17 ans. Elle a gardé la ville dans son coeur. “Je n’étais pas revenue depuis cinq ans. Ca m’a manqué. Je suis contente de revoir New York. C’est une ville que j’aime vraiment beaucoup”.

La retrospective “Spotlight” du Lincoln Center balaye trente ans d’une carrière époustouflante avec les plus grands: Truffaut, Godard, Pialat, Chabrol, Spielberg.  En conversation avec le public new-yorkais au Lincoln Center vendredi soir, une soirée ponctuée d’extraits de ses film,  elle a revisité ses plus grands rôles comme celui dans Le Petit Lieutenant qui lui a valu un César. Sa passion reste intacte. Quand on lui demande son rôle favori, elle répond “C est difficile, je les ai tous aimés ; peut-être le prochain.” L’actrice revient sur ses premiers souvenirs de  New York, son tournage avec Spielberg, et elle s’enthousiasme en pensant à son prochain tournage à Montréal cet hiver (tout en se rassurant : “ils sont bien équipés contre le froid là-bas”)

French Morning : Vous êtes venue à New York à 17 ans pour tenter votre chance comme danseuse. Quels sont vos premiers souvenirs de New York  ?
Nathalie Baye : J’avais 17 ans et demi. J’étais venue sans un sou. Les parents d’une amie qui habitaient à Jamaica dans le Queens m’avaient herbergée au début. Ensuite j’ai trouvé une famille d’accueil à Manhattan grâce à une petite annonce dans le New York Times. Je faisais du baby-sitting. Par ailleurs, j’étais rentrée dans une école de danse qui s’appelait le Ballet Russe.

Quand j’y pense, je me dis que j’étais gonflée quand même. C’est une époque où l’on ne partait pas aux Etats-Unis aussi facilement que maintenant. Quand ils découvrent New York, les jeunes ont une familiarité. Il y a le cinéma, la télévision, les séries américaines… Mes parents étaient des artistes. On n’avait pas la télévision, je regardais très peu de films américains. Quand je suis arrivée, j’ai eu le souffle coupé devant la taille des gratte-ciel, des voitures. C’était quelque chose d’invraisemblable.

C’était une expérience incroyablement enrichissante. C’était assez difficile mais quand je suis revenue en France, j’avais plusieurs longeurs d’avances. Ca m’avait formé le caractère.

C’est à votre retour en France qu’est née votre vocation d’actrice?

J’étais revenue en France pour demander des papiers, repartir à New York et essayer de faire une carrière de danseuse ici. Et puis un jour, j’ai été à un cours d’art dramatique à Paris. Je me suis tout de suite sentie dans mon élément, plus heureuse en jouant qu’en dansant.

Vous avez tourné avec Steven Spielberg dans “Catch me if you can”. Avez-vous des anecdotes sur le tournage ?

En dehors de la taille absolument  colossale de l’équipe, Spielberg adore les acteurs, il est très enthousiaste. Leonardo DiCaprio [son fils dans le film] est un partenaire formidable, très intelligent. Tom Hanks, Christopher Walken…Il y a des expériences heureuses dans la vie, ça en fait partie.

Est-ce que vous rêviez d’une carrière américaine?

J’ai fait quelques films dont un film pour HBO “And the Band played it all”. Tourner avec des réalisateurs qui sont aussi passionnants que Spielberg ou de jeunes réalisateurs, oui. Mais je suis très heureuse dans mon pays. J’ai travaillé avec de très bons réalisateurs en France.

Vous avez dit que la France est moins sévère qu’Hollywood avec les actrices, passé l’âge de 40 ans… La France est-elle plus ouverte d’esprit?

D’après ce qu’on dit, la France offre plus d’opportunités. Enfin il y a quand même Meryl Streep, Susan Sarandon, Diane Keaton qui continuent de mener une carrière fabuleuse. Il y a quelques années, on avait discuté avec Meryl Streep. Elle était dans une période qui était un peu moins riche que maintenant. Elle disait que c’était difficile. Mais dans ce métier, il y a des périodes plus riches que d’autres. Ce qu’il faut c’est savoir, c’est traverser ces périodes où il y a moins de propositions sans se décourager.  En France, on râle tout le temps, on trouve que c’est toujours mieux ailleurs mais il y a une fidélité aux acteurs et aux actrices qui est très grande, même passé la quarantaine…

Vous n’avez pas arrêté de travailler…

J’ai beaucoup travaillé ces dernières années. J’ai eu besoin de faire une petite pause ces derniers mois. J’ai tout de même dit oui à Xavier Dolan, ce jeune réalisateur québecois, le petit prodige de 21 ans qui a fait J’ai tué ma mère et Les Amours imaginaires, deux films merveilleux. Il y a deux acteurs français Louis Garel et moi. On va tourner à Montréal cet hiver.

Quels sont les prochaines sorties?

De vrais mensonges de Pierre Salvadori avec Audrey Tautou et qui sortira en décembre en France. Je suis une femme qui est en perte de vitesse. Sa fille [Audrey Tautou] s’inquiète et essaie de s’occuper de sa vie. Ca peut déboucher sur des catastrophes quand on veut s’occuper de la vie de sa mère. [Rires] C’est une comédie pleine d’émotion. Je suis très contente de ce film. J’ai aussi une participation dans Small World de Bruno Chiche avec Gerard Depardieu.

Souhaitez-vous passer un jour de l’autre côté de la caméra?

Peut-être mais je commencerai de manière très prudente, par un court-métrage pour voir si je suis à la hauteur. Si c’est un désastre, je préfère que ce soit un petit désastre.

Allez-vous souvent à Los Angeles?

J’y vais de temps en temps. Je me sens mieux à New York, en tous cas pour me balader.  A Los Angeles, c’est quasiment louche de marcher dans la rue. Mais pour travailler à Los Angeles, je trouve ça assez agréable. En même temps, il y a des choses qui sont terribles : toutes les personnes qui travaillent dans  les restaurants, dans les boutiques, tous veulent être acteurs, tous veulent être rich and famous.

Vous n’avez jamais rercherché les paillettes et la  gloire?

Mon rêve quand j’étais très jeune ; c’était de faire quelque chose que j’aime et d’en vivre, être indépendante, c’était la liberté.

Qu’est ce que vous attendez de cette édition de “Spotlight”?

J’aime assez me laisser surprendre par les choses. De vouloir tout maîtriser, c’est comme ça qu’on se prend les pieds dans le tapis. Il ne faut pas avoir peur de se laisser surprendre dans la vie.