Pourquoi les musiques des camions de glaces sont-elles toutes les mêmes ?

Une mélodie de boite à musique envahit votre quartier (et énerve les Français). De New York à Los Angeles, vous l’avez deviné : le camion de glaces vient régaler les gourmands. Mais d’où viennent ces airs enfantins annonciateurs des glaciers et comment ont-ils conquis les Etats-Unis ? C’est la question bête de la semaine.

L’association des sons aux camions de glaces date du début du XIXe siècle, explique Daniel Neely, musicien, ethnomusicologue et auteur de l’article « Ding, Ding!: The Commodity Aesthetic of Ice Cream Truck Music » (Oxford Handbooks). « Avant l’apparition de musique mécanique sur les camions, les vendeurs poussaient leur chariot en criant, indique le spécialiste. Puis Good Humor a été la première entreprise à vendre des glaces depuis un camion ».

Harry Burt, qui l’a fondée vers 1920 à Youngstown dans l’Ohio, a commencé à installer des clochettes pour annoncer l’arrivée des vendeurs. “Le son clair et agréable des cloches qui carillonnent est devenu un moyen de dire : “Nous sommes là et nous vendons ces friandises”, précise Daniel Neely.

Il faut cependant attendre les années 1930 pour voir, ou plutôt entendre, les premières mélodies mécaniques. « Paul Hawkins, le responsable de la franchise de Good Humor à Los Angeles a eu l’idée d’utiliser un son amplifié sur les camions avec une musique traditionnelle polonaise », raconte l’expert.

« C’était un peu le roi des hommes d’affaires. Il a fait en sorte d’installer ses camions devant tous les studios de radio et de tournage de la ville pour se faire de la publicité grâce aux stars et aux personnes influentes qui fréquentaient ces lieux », observe le chercheur.

Après cette première vague d’exposition, l’utilisation de la musique sur les camions de glaces connaît un nouveau rebond après la Seconde Guerre mondiale. « Il y avait un surplus de matériel militaire comme des microphones et des systèmes d’amplification que l’on pouvait accrocher à son camion. Les gens ont commencé à faire des expériences, à bricoler », constate Daniel Neely.

Ce bricolage prend fin en 1957, lorsqu’un chauffeur-glacier de la Swelltime Ice Cream Company à Los Angeles entre en contact avec un ingénieur électrique du Minnesota, Bob Nichols, et lui demande d’améliorer son système musical en imitant le son des boites à musique auxquelles ses clients s’étaient habitués.

Quelques années plus tard, l’ingénieur fonde Nichols Electronics, toujours leader sur le marché de l’installation musicale pour les camions de glaces. Des airs comme « Turkey in the Straw », « Sailing Sailing », « Little Brown Jug » ou encore le célèbre « Mister Softee » réservé aux camions de la chaîne du même nom sont joués. « Ils proposent des formules avec 8, 16 ou même 32 morceaux, plutôt anciens pour des raisons de droits d’auteur et parce qu’ils évoquent l’enfance et la jeunesse, précise Daniel Neely. C’est pour cette raison que ce sont les mêmes à travers tous les Etats-Unis ».