Mon problème? Je suis heureux nulle part…

A propos de l'auteur

Nicolas Serres-Cousiné est life coach. Tous les mois, il partage ses expériences de coaching avec les lecteurs de French Morning. Les noms qui apparaissent dans ses chroniques ne sont pas ceux de ses clients.


Pour en savoir plus sur ce qu’est le coaching avec Nicolas Serres-Cousiné, visitez www.monlifecoach.com

« 23 ans. Ouah, cela va faire 23 ans que je vis à New York », me dit Bertrand, aussi fier et épaté qu’abattu par sa performance.

Je suis venu le voir en urgence, recommandé par une de mes clientes qui habitent Londres. Affalé sur un fauteuil, il me raconte sa vie à cent à l’heure, se lève précipitamment, fait le tour de son salon en gesticulant et se rassoit avant de s’enfouir la tête sous un oreiller. Cet homme à la cinquantaine flamboyante est aux abois. Pourtant, tout lui a réussi depuis qu’il est arrivé à Manhattan. Le but de son exil était de découvrir sa passion et de mener une existence libre, loin des carcans de la Vieille Europe. À peine débarqué, il a ouvert sa première boîte de nuit coincée entre deux boucheries en gros du Meatpacking District. Puis, le succès aidant, il s’est associé à des investisseurs américains et a lancé d’autres bars et night-clubs. Il est aujourd’hui le CEO d’une grosse machine employant plus d’une centaine de salariés. « Je suis allé constamment de l’avant, sans jamais me plaindre, mais ces deux dernières années n’ont pas la même saveur que les précédentes ». Il allume une cigarette, tire une longue taffe en fixant le plafond et, perdu au milieu de la fumée qui enveloppe son visage accablé, il m’avoue le dilemme qui l’empêche de dormir, « avec l’âge, mes priorités ont changé. New York ne m’amuse plus, le reste des États-Unis me dégoute et ma famille et mes amis d’enfance me manquent ». Et alors ? « Tout m’indique que je devrais finir mes jours en France, mais après quelques semaines passées là-bas, je n’ai qu’un désir, m’enfuir pour ne plus jamais revenir ». Bertrand n’est heureux nulle part, sans port d’attache, « je ne sais plus où est chez moi, help ! ».

Le prince des nuits new-yorkaises a besoin de se calmer. Il est victime de ce qui lui a surement beaucoup servi pour réussir professionnellement: trouver une réponse rapide et logique à un problème qui se met en travers de sa route. Pour l’aider à résoudre son dilemme, je vais devoir le sortir de sa zone de confort et lui apprendre une autre façon d’aborder ce qui le retient d’avancer. À force de tourner en rond, il a non seulement oublié qui il est, mais après quoi il court. Répondre brièvement à mes questions simples n’est pas aussi facile que cela. Bertrand en est l’exemple parfait. Où auriez-vous envie de vivre ? S’adressant à moi comme un patron sûr de son fait, il oppose le calme de la forêt landaise dont il est originaire à la « détestable » mentalité d’assistés des Français. Il assassine ensuite les New-Yorkais mal élevés, mais porte aux nues les ciels bleus sur l’Hudson River et les milliers d’opportunités que la ville offre aux plus méritants. Oh la la, Bertrand, arrêtez de me servir la soupe que vous servez autour de vous, vous me fatiguez ! D’abord étonné, un coach doit faire preuve de bienveillance mais pas de complaisance, il me sourit puis confesse qu’il n’a, en fin de compte, aucune idée à quoi sa prochaine vie ressemblera. Son honnêteté et sa vulnérabilité sont rafraîchissantes, nous pouvons commencer à travailler.

Si un coach a pour mission d’écouter ce que son client dit, il doit surtout avoir la capacité d’écouter ce que son client ne dit pas. C’est entre les lignes et derrière les mots que se cachent les raisons, et donc les clés, de la perte d’identité de Bertrand. Je le fais parler de ce qu’il aime en France. Se redressant dans son fauteuil, il me lance « la culture, la douceur de vivre, l’humour, ma famille, mes amis et la loyauté et l’entraide qui existent entre nous ». Et qu’aimez-vous à New York ? Tout aussi excité, il enchaîne sur ce qui semble avoir été son cri de ralliement ces années durant, « le loisir de faire ce que je veux, quand je veux, sans être jugé par des binoclards fonctionnaires. Ici, je suis un homme libre ». Construire sur le positif est la base du coaching. Confronté à un sévère problème, nous faisons tous la même erreur, à savoir insister sur ce qui nous empêche d’avancer en espérant qu’un miracle vienne le débloquer. J’insiste pour que Bertrand se concentre sur ce qui fonctionne dans sa vie et sur ce qui le fait rayonner. L’idée est de s’en servir comme tremplin vers son objectif. Bertrand s’est déjà apaisé. Il ne cherche plus à remplir nos silences de blah blah blah ennuyeux. Il réfléchit et s’offre le temps de se redécouvrir.”C’est marrant Nicolas, lorsque je pense à la personne que je suis aujourd’hui, l’image qui me vient à l’esprit est celle d’une pièce de monnaie. Le profil de Marianne est gravé sur le côté pile et celui de George Washington sur le côté face“. C’est à mon tour de lui sourire. Son horizon s’éclaircit. Je le vois à ses yeux qui brillent de mille feux. J’en profite alors pour lui demander d’être plus spécifique. « Je suis né Français et j’ai grandi aux États-Unis. Je ne suis pas l’un ou l’autre, mais l’un et l’autre. C’est ainsi que je dois aborder la prochaine étape de ma vie».

Parvenant enfin à s’accepter sa double et complexe identité, il lui est subitement plus facile de répondre à ma question de tout à l’heure : où auriez-vous envie de vivre ? Il écrase sa cigarette. « Le New-Yorkais en moi en a marre de travailler non stop. À part mon boulot, je n’ai rien qui me retient ici, il faut que je m’en aille ». Et de quelle façon ? « En paix avec cette ville qui m’a tant donné. C’est la fin d’une histoire d’amour, mais quelle histoire d’amour ! Je suis prêt pour de nouvelles aventures ». Je ne prononce que quelques mots ci et là. Mon rôle est dorénavant de l’accompagner dans sa découverte et de l’assurer qu’il se dirige dans la direction qu’il a choisie. Quoi d’autre Bertrand ? « Le Français s’imagine à la retraite les pieds dans l’eau, la glandouille totale, ce que je n’ai jamais fait ». Il est à deux doigts de résoudre ce qui lui semblait impossible à résoudre en début de séance. Il n’a plus qu’à associer les souhaits du New-Yorkais à ceux du Français et trouver le compromis idéal.

Il lui a fallu un peu plus de temps, et de séances, qu’il ne le pensait pour déterminer ce qu’il le rendra heureux et épanoui. Eh oui, s’accepter est une chose mais oser faire le saut « ailleurs » en est une autre. Il faut faire face à des peurs que l’on n’avait jamais connues. Bertrand s’est parfaitement débrouillé pour les vaincre. Il a décidé de déménager au Canada, plus précisément à Vancouver, une ville dynamique et au grand air qu’il connaît bien, bordée par l’Océan Pacifique et surplombée de montagnes enneigées. Il va se lancer dans l’immobilier, un job en solo qui l’a toujours amusé et qui lui permettra d’aller en France quatre mois d’affilée et ainsi profiter à fond de sa famille et de ses amis. « Depuis notre travail de coaching, je ne joue plus ma vie à pile ou face, mais à pile et face. Et je gagne à tous les coups ! ».

 

A propos de l'auteur

Nicolas Serres-Cousiné est life coach. Tous les mois, il partage ses expériences de coaching avec les lecteurs de French Morning. Les noms qui apparaissent dans ses chroniques ne sont pas ceux de ses clients.


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