‘Moi, Française et électrice américaine’: Aux Etats-Unis participer c’est -aussi- donner de l’argent

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Série "Moi Français et électeur américain"

Dans la dernière ligne droite des élections, French Morning fait un tour d'horizon  des lieux et des enjeux qui feront cette élection 2020, guidé par des franco-américains, qui s'apprêtent à voter aux Etats-Unis.

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French Morning continue sa série pré-electorale “Moi, Français et électeur américain”. Nous partons à la rencontre de bi-nationaux à travers le pays qui nous font découvrir les enjeux de l’élection, et les spécificités du système.

Arrivée aux Etats-Unis en 2004, et devenue américaine en 2014, Sarah Lechevalier aura attendu cette élection 2020 pour s’investir dans une élection. En 2008, installée alors à Philadelphie, elle avait suivi avec enthousiasme l’élection de Barack Obama mais elle n’était pas encore citoyenne. « Nous avions tous l’impression de vivre un moment historique, en particulier dans une ville avec une part importante d’Afro-Américains ». En 2014, elle obtient la nationalité américaine, mais lors de l’échéance électorale suivante deux ans plus tard, elle n’est pas séduite par la candidature d’Hillary Clinton. Élire une femme à la Maison Blanche est certes très tentant, mais elle est moins emballée à l’idée de faire revenir un membre de la dynastie Clinton au pouvoir. Elle finit par voter pour la démocrate par défaut.

Cette fois, tout a changé. Depuis deux ans, la jeune femme, désormais new-yorkaise, s’intéresse de plus près à la politique. « J’ai réalisé à quel point la démocratie est menacée dans ce pays, et j’ai décidé de m’investir ». Et parce que l’Amérique est ainsi, cet “investissement” est largement financier: depuis plusieurs mois, elle fait des dons hebdomadaires à la campagne de Joe Biden et de Kamala Harris. « Pour moi, les levées de fonds sont une condition indispensable – mais pas suffisante – pour gagner », souligne-t-elle. Elle n’est pas la seule à le penser: le candidat démocrate a battu des records de levée de fonds ces derniers mois, principalement grâce aux petites donations faites en ligne. Joe Biden a réussi à lever un montant record en septembre, soit 386 millions de dollars, contre 248 millions de dollars pour Donald Trump. Surtout, il a levé cet argent auprès d’un grand nombre de petits donateurs, 5,5 millions au total soit une contribution moyenne de 44 dollars par don. « Cela montre un grand élan populaire pour le candidat, juge Sarah. C’est indispensable car l’Amérique est si divisée que Joe Biden, s’il est élu, va devoir cautériser les plaies, résoudre la crise identitaire du pays ».

Mais Joe Biden ne s’en est pas seulement remis aux petits donateurs comme Sarah. Le camp démocrate insiste nettement moins sur ce fait, mais il lève également des sommes considérables auprès des plus riches. Plus de 200 millions de dollars ont ainsi été levés ces six derniers mois auprès de donateurs qui ont contribué chacun plus de 100.000 dollars, d’après un décompte du New York Times, soit deux fois plus que Donald Trump.

Les “gros” donateurs passent notamment par le système dit des “Super PAC”, ces comités qui peuvent lever des sommes illimitées et faire ensuite campagne pour le candidat de leur choix, officiellement sans se coordonner avec eux. « Je trouve dommage que les super-PAC soient des structures très opaques, qui ont énormément d’argent et par conséquent beaucoup de pouvoirs », regrette Sarah. S’ils sont censés ne recevoir que de structures américaines, ce critère ne suffit pas à empêcher l’ingérence d’un gouvernement étranger dans une campagne, selon elle. Enfin, les super-PAC financent massivement la diffusion de leur campagne sur leurs médias favoris, si bien que les citoyens qui regardent ces chaînes n’ont qu’une information biaisée.

Outre son argent, Sarah Lechevalier va aussi donner de son temps en se portant volontaire dans un bureau de vote dès le 24 octobre, date d’ouverture des bureaux de vote pour le “early voting” à New York. Si elle avoue n’avoir pas eu de coup de coeur pour Joe Biden, le candidat démocrate lui semble quelqu’un de mesuré, dont l’expérience rassure. Mais elle est surtout séduite par le choix de la vice-présidente, Kamala Harris. Un choix qui a d’ailleurs eu un effet sonnant et trébuchant pour la campagne de Biden: dès le lendemain de cette annonce en juillet, les donations ont explosé, confirmant qu’argent et politique font décidément la paire dans la politique américaine.

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