Maurice Taylor n’aime pas non plus les syndicalistes américains, mais il les paie bien

Dale Sandell dirige le syndicat de l’usine Titan International de Freeport (Illinois) et le moins qu’on puisse dire est qu’il n’a pas été surpris pas le scandale causé par son patron, Maurice Taylor, en France. “C’est la norme ici, Taylor est comme ça! C’est comme ça qu’il voit la vie, qu’il voit les syndicats et le gouvernement”.

Tout le monde, à Freeport, connait Maurice “le Grizzly”, surnom dont il est assez fier pour l’afficher sur le site web de sa compagnie. “On ne peut pas dire qu’il perde beaucoup de temps à écouter, dit Dale Sandell, qui a rencontré plusieurs fois le patron lors de ses visites à l’usine, ou au cours de négociations. Si vous arrivez à en placer une, ça sert surtout à le relancer pour sa diatribe suivante.”

L’usine Titan International de Freeport, qui fabrique des pneus de tracteurs et d’engins de construction, a été rachetée par Maurice Taylor à Goodyear en 2005. Et depuis, les quelque 500 ouvriers ont appris à vivre avec un patron à poigne. Si ses sorties n’ont pas toutes la virulence de son attaque contre la CGT d’Amiens, l’USW, le syndicat local, n’a pas à être jaloux. “Comme patron de l’entreprise, je passe plus de temps sur les lignes de production que lui”, écrivait Maurice Taylor dans un journal local en 2009 à l’encontre du prédécesseur de Dale Sandell, qu’il qualifiait de “blague” et  accusait aussi d’avoir coûté “1.000 emplois”.

Malgré l’aversion déclarée de Maurice Taylor pour les syndicats, l’usine de Freeport est  “unionized”, c’est à dire qu’un contrat entre le syndicat et la compagnie gère les conditions de travail, et d’embauche. Le patron de Titan n’avait pas le choix: l’usine lui a été vendue en 2005 à condition qu’il conserve le contrat avec le syndicat pour une durée de cinq ans. Mais dès cette période expirée, l’inflexible patron a tenté de revenir sur les avantages des ex-Goodyear. Au terme d’un bras de fer avec les syndicats, il a imposé fin 2010 un nouveau contrat de travail. Les congés payés sont passés de 6 semaines à 4, la participation de l’entreprise au plan de pension a été diminuée d’un tiers, et les salaires ont été gelés pour deux ans.

Ce n’est pourtant pas une guerre ouverte que décrit Dale Sandell. “Il faut aussi reconnaître qu’alors que Goodyear avait enlevé beaucoup d’équipements de l’usine, Titan en a ramené, ils ont investi, dit-il. Au bout du compte, la sécurité de l’emploi est sans doute meilleure que ce qu’elle n’était”. Surtout, malgré les rotomontades de Maurice “The Grizz” Taylor, “on arrive à travailler avec les dirigeants de cette entreprise”. Des négociations pour un nouveau contrat sont d’ailleurs en cours entre Titan et le syndicat pour les trois usines syndiquées du groupe (Freeport, Bryan dans l’Ohio et Des Moines dans l’Iowa).

Et le salaire moyen pour l’usine est de 24 dollars de l’heure, un salaire comparable à ce qui se fait dans le reste de l’industrie automobile américaine. Quant au temps de travail, il est de 40h/semaine, mais peut aller jusqu’à 60 h/semaine, sans possibilité de refuser pour les ouvriers. Les heures supplémentaires sont alors payées 1,5 fois, 2 fois le dimanche. “Et en ce moment, on fait beaucoup d’heures supplémentaires dit Dale Sandell. L’usine tourne à fond, on est sorti du trou d’il y a deux ans”.