Marie Douat, l’artiste de la chemise pour femme à New York

Marie Douat, tailleuse et fondatrice de Dou.K. Crédit : Dou.K

Marie Douat aime prendre son temps. Ce qui n’empêche pas cette trentenaire originaire de Mont-de-Marsan d’avoir des dizaines de projets dans la manche.

Son dernier en date : la chemise Elia, une longue pièce voilée en hommage à l’océan – dont elle confie être passionnée depuis l’enfance – dévoilée en édition très limitée samedi 22 juin dans la boutique Matriark à Sag Harbor. Et comme pour Marie Douat, tout doit avoir du sens, une partie des revenus récoltés sera reversée à l’association Shelltone Whale Project, dédiée à la préservation des baleines à bosse en Guadeloupe.

Si cette chemise, qui a demandé 2h30 de broderie par pièce et une couture main pour chaque bouton, est conçue en une dizaine d’exemplaires, Marie Douat a l’habitude de travailler sur des chemises uniques et sur-mesure avec son atelier, Dou.K (à lire « Dou-ké »), qu’elle a fondé en octobre 2017 à New York. « Dou.K, c’est la haute couture de la chemise, résume l’entrepreneure. Faire une chemise, c’est écrire une histoire, l’histoire de mon client », ajoute-t-elle de sa voix calme.

Pour elle, l’aventure de la mesure a commencé à Paris, lorsqu’elle a quitté son ancienne vie d’experte en art pour rejoindre l’un de ses clients, Bruno Rubinski, le « maestro parisien de la chemise, dit-elle avec affection. Il m’a tout appris sur la chemise. Il m’a appris à regarder le corps différemment, à mesurer, à analyser les comportements ».

C’est auprès de ce mentor, dont les clients très exclusifs sont principalement des responsables politiques et des hommes d’affaires haut-placés, que Marie Douat se lance dans la chemise pour femme. « J’ai commencé à créer des chemises pour moi, puis pour les femmes de nos clients », se souvient-elle.

En juillet 2016, elle s’envole pour ouvrir une filiale à New York. Mais un mois plus tard, la jeune femme apprend avec douleur le décès de Bruno Rubinski. Passionnée par le savoir-faire que ce dernier lui a transmis et déçue par le manque d’éthique du milieu de la mode, elle décide de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale, en misant cette fois sur les femmes – qui représentent aujourd’hui près de 60% de sa clientèle new-yorkaise.

« Pour une femme, c’est très compliqué de trouver une chemise blanche toute simple et bien faite, déplore l’experte. Une chemise pour une femme est beaucoup plus ajustée, son corps peut changer en fonction de la journée ou en fonction de la période du mois. Et puis il y a ce fameux bouton au niveau de la poitrine qui est toujours mal positionné et trop serré, observe la créatrice. Il fallait vraiment que ça vienne d’une femme. »

Car lorsqu’il s’agit de concevoir une chemise, chaque détail compte. Pour une première pièce, Marie Douat passe « entre une heure et une heure et demi » avec son client pour lui poser des questions sur sa vie quotidienne. « Je demande quel type de travail la personne exerce, si elle porte des montres, des bracelets. Si elle fait du sport, si elle porte des cravates… ».

Il faut ensuite près de quatre semaines pour concevoir une pièce qui peut coûter de 300 dollars à plus de 1.000 dollars, en fonction du tissu. La chemise Elia sera quant à elle vendue à près de 600 dollars. Pour Marie Douat, c’est un investissement, non seulement dans le savoir-faire, mais aussi dans la durabilité du vêtement : « C’est un peu comme s’acheter un bijou ».