Marco Senghor: “Je peux maintenant relever la tête”

Marco Senghor

Je ne pouvais espérer meilleur verdict!” Attablé dans un café de la Mission, sa maison depuis plusieurs décennies, Marco Senghor est tout sourire, quelques jours après la décision rendue par la justice américaine sur l’obtention irrégulière de sa citoyenneté américaine. Condamné à un an de sursis, Marco Senghor assume. “Je me sens désormais en paix avec ma conscience. J’ai toujours cru dans la justice de ce pays, et j’ai eu raison: elle sait qui je suis, ce que j’ai apporté à ce quartier depuis plus de 20 ans. Je peux maintenant relever la tête et y croire encore.

Contraint de vendre le Bissap Baobab, son restaurant et club sénégalais ouvert en 1999, afin de payer ses frais d’avocats, Marco Senghor réfléchit déjà à sa prochaine aventure san franciscaine: “Il faut se relever vite dans ce pays qui applique la loi du plus fort”, prévient-il. En mai, il a réouvert le Bissap Baobab d’Oakland, qu’il avait fermé il y a quelques années, mais n’envisage pas d’y recréer l’ambiance de celui de San Francisco. “J’aurais l’impression de revenir 20 ans en arrière, et j’ai plutôt envie de tenter quelque chose de nouveau, à San Francisco. Le business ne va pas me changer, c’est a moi d’adapter mon business pour ne pas en être esclave”, affirme-t-il.

A deux pas de feu Bissap Baobab, Little Baobab est toujours debout, mais sans la capacité d’accueillir les foules qui se pressaient jadis chez son voisin: “C’est une perte incroyable”, regrette Marco Senghor. “Chaque soir, près de 1 000 personnes venaient à Bissap Baobab: la cuisine n’était pas chère, les cocktails au tamarin et à l’hibiscus étaient reputés, les gens venaient de loin pour manger et danser.” Little Baobab ne peut accueillir qu’une poignée de clients, et Marco Senghor sait qu’il ne peut s’en contenter: “Avec un petit resto ethnique qui ne propose que quatre plats, je suis voué à l’échec. Parfois, je ressens un peu de pitié de la part de clients, et ce n’est pas un sentiment que j’aime.

Né d’un père sénégalais, neveu du président Léopold Sedar Senghor, et d’une mère nîmoise, Marc-Olivier (son vrai nom) Senghor s’est affranchi du poids de son nom en débarquant à San Francisco en 1989, et en répondant à ses aspirations entrepreneuriales dans la restauration. “Il y a vingt ans, personne ne venait ici, le quartier était aux mains de gangs. On m’a même donné six mois de loyer gratuit en pensant que je n’y arriverai pas. J’ai retiré des balles des murs du restaurant pour ne pas effrayer la clientèle…” La liste des anecdotes est longue, et Marco Senghor s’étonne encore sans fausse modestie du succès de ses entreprises.

Désormais confiant quant à son avenir, Marco Senghor ne manque pas d’idées ni d’énergie pour écrire le nouveau chapitre de son aventure américaine: “Jus de fruits, glaces, restaurant multi-ethnique, salle de spectacles….ma décision n’est pas encore prise. Une chose est sûre: j’ai encore beaucoup à donner.