Manifestation franco-américaine contre Mitt Romney

Au coin de la 57e rue et Madison Avenue, au pied du bâtiment d’IBM qui abrite les bureaux new-yorkais de Bain Capital, Brigitte Petit se présente devant une centaine de manifestants arborant des pancartes anti-Romney. Elle s’interrompt, la gorge un peu sèche. Pas facile de couvrir le bruit des sirènes et des klaxons, malgré le micro. Mais son message se veut fort.

Brigitte Petit fait partie des quinze ex-employés de Samsonite venus manifester, lundi, contre la « Romney economy ». A leurs côtés, des salariés de grandes entreprises, des militants associatifs et des syndicats. Leur cible : Bain Capital, le fonds d’investissement que Mitt Romney a dirigé, et qu’ils accusent de casse sociale. « Je ne comprends pas tout ce qu’ils disent, mais c’est pas grave », s’amuse Lucien Gaillard, un ex-Samsonite reconverti dans les transports, en entendant les chants des syndicalistes en anglais et en espagnol.

Les ex-Samsonite accusent Bain Capital d’avoir précipité, en 2007, la faillite de leur usine à Hénin- Beaumont (Pas de Calais). Quatre-vingts pourcent de la main d’œuvre n’a pas pu être reclassée. Emmenés par l’avocat de la CGT Fiodor Rilov, le contingent était samedi à Freeport (Illinois) pour soutenir les salariés de l’usine Sensata, fabricant d’outils de contrôle pour l’industrie automobile et aérienne. Engagés depuis 2009 dans un bras de fer avec le fonds d’investissements, ils protestent contre la délocalisation annoncée de leur activité en Chine. « Les gros patrons ne s’attendent pas à ce que les petits ouvriers se défendent. J’espère qu’on leur a montré qu’ils pouvaient le faire », s’exclame Brigitte Petit.

Pour certains de nos Français, ce déplacement américain était une grande première. A New York, point de drapeaux CGT ni de longs cortèges. Seuls quelques drapeaux français miniatures étaient de rigueur dans l’enclos dressé par la police pour contenir les manifestants. A Freeport, ils ont pu constater la difficulté de mener une action collective à la française aux Etats-Unis. « Nous, on a occupé le site à Hénin-Beaumont. Ici, ils se font licencier quand ils vont manifester. Et quand ils manifestent, ils le font hors de leurs heures de travail, raconte Laurence Maréchal, une ex-Samsonite reconvertie dans l’aide aux travailleurs handicapés. On est venu pour dire ici qu’il y en a marre que les gros se fassent de l’argent sur le dos des plus petits. »

Me Fiodor Rilov espère lui que la présence des ex-salariés aux côtés d’autres anti-Bain lui permettra de recueillir des « informations utiles » pour nourrir la plainte qu’il a déposée contre Bain auprès de la cour fédérale du Massachusetts. « On a besoin de charpenter notre argumentation, de recuperer des éléments pour éclairer l’intervention de Bain Capital dans les sociétés dont il prend le contrôle, précise-t-il. Et puis, il y a évidemment la solidarité entre des salariés qui sont dans des luttes similaires. »

« C’est important d’avoir les Français », souligne Cara Noel, porte-parole de United New York, l’organisme de défense des travailleurs précaires et chômeurs qui a coordonné la manifestation. « Car cela permet de montrer que la lutte est mondiale ».

« Les Français ont une forte tradition de lutte contre l’injustice, de se battre pour le peuple et pour les travailleurs, estime Gina Bull, ex-étudiante en échange à Sciences Po Paris et membre de New York Communities for Change, l’une des associations impliquées dans l’action anti-Bain. J’apprécie de les voir apporter leur solidarité. »

Propos recueillis par Matthias Keil et Alexis Buisson / Photos: Matthias Keil

- Services -
PARTAGER
Photo du profil de Alexis Buisson
Arrivé à New York en 2006 après un an à Boston, Alexis Buisson est rédacteur-en-chef de French Morning depuis 2011. Il est aussi le correspondant du journal La Croix à New York.
  • Pingback: Manifestation franco-américaine contre Mitt Romney | Du bout du monde au coin de la rue | Scoop.it()

  • Jean-Pierre Mercier

    Voilà encore quelque chose de brillant de la part de la CGT, qui va peut-être faire monter Romney dans les sondages mais aussi un sentiment anti français de la part de certains. Ils n’ont rien à faire là-bas, pas plus que des américains en France pour attaquer tel ou tel candidat à la présidence. C’est d’autant plus stupide que les républicains sont moins protectionistes que les démocrates. Nous sommes bien placés pour le savoir au Canada, la politique “buy american”  d’Obama  joue contre notre économie

  • Jean-Pierre Mercier

    Question aux éditeurs de Frenchmorning. Etes-vous franchement cons pour présenter de telles âneries sans une mise en contexte éditorial ? sérieusement.

  • LILO

    comme d’habitude les syndicat pensent a l ‘envers romney doit etre content de voir des francais qui viennent a ny pour manifester contre lui

Article précédentLe jazz de Nice fait danser la French Week
Article suivantAux États-Unis, moins de religion mais toujours plus qu’en France