“Make our Planet Great Again”: les Américains ont-ils répondu à l’appel de Macron ?

Mis à jour avec la liste des chercheurs sélectionnés (en-dessous de l’article)

On fonctionne un peu à flux tendus“, reconnaît Minh-Hà Pham, responsable du Service pour la Science et la Technologie de l’Ambassade de France aux Etats-Unis. Son bureau fait partie des entités qui participent au traitement des dossiers de chercheurs et d’étudiants qui ont répondu au médiatique appel d’Emmanuel Macron “Make The Planet Great Again”, lancé le 1er juin pour faire venir en France les scientifiques travaillant sur l’environnement et le climat.

Aux Etats-Unis, premier pays visé par l’appel présidentiel, l’administration française a dû se retrousser les manches pour examiner les dossiers, recontacter les candidats pour demander des précisions et les orienter. “On a redistribué les tâches, mobilisé un volontaire international sur la question. Avec les forces que nous avons, 5-6 personnes ont pris sur leur temps pour travailler sur cette question“, souligne Minh-Hà Pham, qui précise que son service a traité 400 dossiers à lui-seul. 

Le Service scientifique de l’Ambassade n’est qu’un des acteurs impliqués dans le processus de traitement des candidatures. Alors qu’il s’est chargé des projets de “séjours courts” (un an maximum) comme les doctorants ou les post-doc, les équipes des Services culturels de l’Ambassade de France, basés à New York, se sont occupés, elles, des candidatures d’étudiants en premier cycle. 

En France, le CNRS s’est chargé lui des dossiers de chercheurs intéressés par un “séjour long”, soit plus de trois ans. Au total, “on a reçu 1.020 candidatures formelles” de chercheurs et d’étudiants aux Etats-Unis, précise Bénédicte de Montlaur, la conseillère culturelle de l’Ambassade de France. 

L’appel d’Emmanuel Macron est intervenu après l’annonce du retrait américain de l’Accord de Paris sur le climat par le président Donald Trump, dont c’était une promesse de campagne. Il a généré un “buzz” important, mais a été vu avec un certain scepticisme par plusieurs scientifiques qui jugeaient qu’il attirerait surtout des chercheurs “junior”, plus flexibles et moins regardants sur les conditions salariales. L’appel a été accompagné de la création d’une enveloppe de 60 millions d’euros provenant à parts égales de l’Etat et des institutions de recherche accueillant ces chercheurs.

Les chercheurs désireux de mener un séjour de recherche de long terme forment le coeur de cible de l’appel d’Emmanuel Macron. Au total, le CNRS a reçu 255 candidatures éligibles. 45% sont venues d’Américains, et 55% de personnes travaillant aux Etats-Unis. Une première sélection a permis de retenir 90 chercheurs, dont 62% travaillent actuellement aux Etats-Unis (15% sont des Français travaillant aux Etats-Unis). Quarante candidats ont une expérience “junior” inférieure à 12 ans après la thèse, cinquante ont une expérience supérieure à 12 ans et 19% sont des femmes.

Ces sélectionnés ont été invités à participer à une nouvelle phase de sélection basée sur une proposition de projet à monter dans un laboratoire français. Les 18 premiers lauréats des bourses, annoncés lundi 11 décembre à Paris avant le sommet sur le climat rassemblant les Etats signataires de l’Accord de Paris, sont issus de cette sélection. Treize d’entre eux travaillent aux Etats-Unis. « Nous avons été surpris du fort taux de citoyens américains et de résidents américains qui ont candidaté, indique Anne Peyroche, présidente du CNRS. Le seul critère retenu pour la sélection des 90 retenus par le CNRS était l’excellence scientifique du parcours académique», et non leur résidence ou nationalité, poursuit-elle.

Quant aux Services culturels, ils ont traité “près de 500 candidatures” émanant notamment de lycéens et d’étudiants voulant venir en France, ajoute Bénédicte de Montlaur. Les candidatures les plus solides ont été orientées vers Campus France USA, organisme chargé de la promotion de l’enseignement supérieur français.

Renforcement des programmes existants

Aux Etats-Unis, l’appel du pied pour attirer les scientifiques en France ne s’arrête pas à “Make Our Planet Great Again”. Plus d’un million d’euros supplémentaires ont été alloués par Paris pour étoffer les nombreux programmes de coopération scientifique existants entre la France et les Etats-Unis, notamment en matière de climat et d’environnement.

L’une des initiatives à profiter de ce coup de pouce est le Thomas Jefferson Fund, qui permet de financer des collaborations entre jeunes chercheurs français et américains, notamment dans le domaine environnemental. “L’an dernier, nous avions attribué neuf bourses sur 170 demandes, précise Bénédicte de Montlaur. Nous allons pouvoir attribuer plus de bourses maintenant”.

Minh-Hà Pham, responsable du Service pour la Science et la Technologie, indique par ailleurs que davantage de bourses Chateaubriand seront mises à disposition de postulants dans les domaines de la transition énergétique, des sciences de la terre et du changement climatique. Ces bourses s’adressent à des doctorants inscrits dans une université américaine qui s’engagent dans un projet de recherche avec un laboratoire français.

La liste des 18 chercheurs :

– Pr Venkatramani Balaji, Senior Researcher
Université d’origine : États-Unis, Princeton
Projet : Amélioration de la prise en compte des nuages dans la modélisation climatique
Laboratoires français : Saclay, CEA/CNRS/UVSQ, Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement

– Dr Frédéric Bouchard, Junior Researcher
Laboratoire d’origine : Canada, Institut national de la recherche scientifique
Projet : Dynamique du permafrost et des gaz à effets de serre en Sibérie
Laboratoires français : Saclay, Université Paris-Sud/CNRS, Laboratoire géosciences Paris-Sud

– Pr Julien Boucharel, Junior Researcher
Université d’origine : États-Unis, University of Hawaii
Projet : Lien entre activité des cyclones et dynamique océanique
Laboratoires français : Toulouse, Cnes/CNRS/IRD/Université Paul-Sabatier, Laboratoire d’études en géophysique et océanographie spatiales

– Dr Virginie Guemas, Junior Researcher
Laboratoire d’origine : Espagne, Barcelona supercomputing center
Projet : Développement d’un modèle de paramétrisation des flux de chaleur pour l’interface glace-atmosphère aux pôles
Laboratoire français : Toulouse, MétéoFrance/CNRS, Centre national de recherches météorologiques

– Dr Nuria Teixido, Senior Researcher
Université d’origine : États-Unis, Stanford University
Projet : Compréhension des évolutions des écosystèmes marins
Laboratoires français : Villefranche-sur-Mer, Université Pierre-et-Marie-Curie/CNRS, Laboratoire d’océanographie de Villefranche

– Pr Louis Derry, Senior Researcher
Université d’origine : États-Unis, Cornell University
Projet : Compréhension de la zone critique face au changement climatique
Laboratoire français : Paris, Institut de physique du globe de Paris

– Dr Barbara Ervens, Senior Researcher
Université d’origine : États-Unis, NOAA Boulder
Projet : Modélisation des processus biologiques dans les nuages
Laboratoires français : Clermont-Ferrand, CNRS/Université Clermont-Auvergne, Institut de chimie de Clermont-Ferrand

– Pr Joost de Gouw, Senior Researcher
Université d’origine : États-Unis, University of Colorado Boulder
Projet : Analyse des composés volatils organiques et de leurs effets sur le climat
Laboratoire français : Lyon, Université de Lyon/CNRS IrceLyon

– Dr Delphine Renard, Junior Researcher
Université d’origine : États-Unis, University of California Santa Barbara
Projet : Utiliser l’agrobiodiversité pour sécuriser une fourniture stable de nourriture en contexte de variabilité climatique
Laboratoire français : Montpellier, CNRS/Université Montpellier/Université Paul-Valéry/EPHE/SupAgro/Inra/IRD, Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive

– Pr Alessandra Giannini, Senior Researcher
Université d’origine : États-Unis, Columbia University
Projet : Amélioration de la prévision des pluies en zone tropicale
Laboratoire français : Paris, CNRS/ENS/École polytechnique/Université Pierre-et-Marie-Curie, Laboratoire de météorologie dynamique

– Pr Thomas Lauvaux, Junior Researcher
Université d’origine : États-Unis, PennState
Projet : Quantification des gaz à effet de serre d’origine urbaine
Laboratoires français : Saclay, CEA/CNRS/UVSQ, Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement

– Dr Vincent Vadez, Senior Researcher
Laboratoire d’origine : Inde, CGIAR
Projet : Amélioration de semences pour les régions arides et les climats du futur
Laboratoire français : Montpellier, IRD/Université de Montpellier/Cirad/CNRS, Laboratoire Diversité – adaptation – développement

– Pr Christopher Cantrell, Senior Researcher
Université d’origine : États-Unis, University of Colorado Boulder
Projet : Impacts climatique et sanitaire à grande échelle de la pollution urbaine
Laboratoire français : Créteil, Université Paris-Est Créteil/CNRS, Laboratoire interuniversitaire des systèmes atmosphériques

– Pr Camille Parmesan, Senior Researcher
Université d’origine : États-Unis, University of Texas at Austin
Projet : Impact du changement climatique sur les espèces
Laboratoire français : Moulis, CNRS/Université Paul-Sabatier, Station d’écologie théorique et expérimentale

– Dr Benjamin Sanderson, Junior Researcher
Université d’origine : États-Unis, NCAR Boulder
Projet : Risques et incertitudes liés au changement climatique
Laboratoire français : Toulouse, Cerfacs/CNRS, Laboratoire Climat, environnement, couplage et incertitudes

– Dr Philip Schulz, Junior Researcher
Laboratoire d’origine : États-Unis, National Renewable Energy Laboratory
Projet : Matériaux et interfaces hybrides pour le photovoltaïque
Laboratoire français : Paris, EDF/CNRS/Chimie-ParisTech, Institut de recherche et développement sur l’énergie photovoltaïque

– Dr Lorie Hamelin, Junior Researcher
Laboratoire d’origine : Pologne, Institute of Soil Science and Plant Cultivation
Projet : Développement de la biomasse et gestion circulaire du carbone associé
Laboratoire français : Toulouse, Insa/Inra/CNRS, Laboratoire d’ingénierie des systèmes biologiques et des procédés

– Dr Giuliano Giambastiani, Senior Researcher
Laboratoire d’origine : Italie, INRS
Projet : Développement de catalyseurs durables pour les énergies renouvelables
Laboratoire français : Strasbourg, CNRS/Université de Strasbourg, Institut de chimie et procédés pour l’énergie, l’environnement et la santé