Qu’a fait Macron pour les Français de l’étranger ?

Cela fait un an qu’Emmanuel Macron est arrivé à l’Elysée, aidé par les Français des Etats-Unis. Le candidat d’En Marche ! a recueilli 92% des suffrages au pays de l’Oncle Sam.

La lune de miel entre les Français de l’étranger et le nouveau président a été de courte durée. Dès le deuxième mois de son mandat, certains représentants des Français hors de France se sont émus des annulations de crédits affectant le Quai d’Orsay. Emmanuel Macron, en déplacement à New York, a appelé la communauté à revenir en France, suscitant quelques incompréhensions. Il y a aussi eu la hausse surprise de la CSG pour les non-résidents, qui a pris les députés de la majorité de court. Aujourd’hui, l’incertitude pèse autour de l’avenir des sénateurs et députés des Français de l’étranger dans la réforme institutionnelle voulue par le président.

En revanche, certains louent son volontarisme pour attirer les entreprises étrangères en France et promouvoir la francophonie. Un an après l’élection, French Morning donne la parole à des Français des Etats-Unis d’horizons divers pour savoir ce qu’ils pensent de l’action du président en faveur des Français de l’étranger:

Roger Pardo, président de FIPA

roger pardoL’association FIPA (French International Program Association) gère des programmes de français dans cinq écoles publiques du comté de Miami-Dade. En vertu d’un accord conclu il y a plus de 25 ans, la France envoyait des enseignants dans les classes du programme, suivi par des centaines d’élèves aujourd’hui. Cet accord a été interrompu brutalement sous François Hollande. “Au départ, j’étais très heureux quand j’ai entendu le discours d’Emmanuel Macron sur la francophonie à l’Académie française en mars. Il a notamment décrit les professeurs de français comme des héros, rappelé que le français devait raconter le monde de demain. Il a noté que partout où la France a fait le choix de se désinvestir des écoles, le français a perdu sa place…, se souvient le responsable associatif. Il y a des paroles, maintenant il faut passer aux actes. Il vient de donner 250 millions de dollars au Sénégal pour l’éducation. Je demande un millième de cela pour Miami. Ici, c’est la plaque tournante du luxe. Il y a des entreprises qui se développent. Notre programme attire des Américains, des Français et des Sud-Américains. Nous pourrions perdre notre place par rapport à l’espagnol”.

FIPA a été affectée par la suppression de la réserve parlementaire, votée en début de mandat. Heureusement, l’association touche des fonds du nouveau fonds bilingue inauguré par le président en septembre et a postulé au STAFE (Soutien au tissu associatif français à l’étranger), dispositif de remplacement de la réserve. Malgré tout, Roger Pardo est inquiet. “N’importe quelle association avec un dossier bien ficelé peut en bénéficier aussi. Si chaque association prend une part du gateau, on va être mal“.

Guillaume Serina, directeur exécutif de l’Alliance Française de Los Angeles

serinaOn discute avec nos élèves et nos membres de l’actualité, et l’on remarque que l’intérêt intellectuel envers la France a été renouvelé. Il est encore trop tôt pour connaître l’impact sur les inscriptions, mais les gens nous en parlent et ont l’impression que la France est de retour. Lors de l’une de nos conférences sur la francophonie à UCLA, en mars, on a vu de nombreuses personnes intéressées. Emmanuel Macron a replacé la francophonie dans le débat.” Les baisses de crédits alloués au Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères n’ont pas affecté l’institution. “Le gouvernement donne une enveloppe à la fondation de l’Alliance française. Mais au niveau local, on ne mesure pas le changement, comme on s’auto-finance avec les inscriptions et les levées de fonds.

Philippe Dietz, directeur de l’ISTP (International School of the Peninsula)

dietzLe directeur de cette école franco-américaine basée à Palo Alto a lui aussi apprécié le discours d’Emmanuel Macron sur la francophonie. “C’est important de positionner la langue française en dehors de la métropole, insiste-t-il, en louant l’ambition présidentielle de développer des modèles d’enseignement bilingue alternatifs aux lycées français privés. Selon lui, “l’image de la France connaît un coup de jeune“, dit-il, assurant que le nouvel élan pourrait à terme se traduire par de nouvelles inscriptions de non-Français dans les établissements français à l’étranger.

L’ISTP est un établissement homologué par l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger). Cela signifie que son programme est reconnu conforme à celui de l’Education nationale en France. L’école accueille également des professeurs détachés de France et reçoit une subvention destinée à financer les bourses scolaires accordées aux familles françaises dans le besoin. La réduction de 33 millions d’euros de crédits à l’AEFE inquiète-t-elle le directeur ? Pas vraiment car, dit-il, l’ISTP n’accorde qu’une poignée de bourses et qu’elle les finance en grande partie elle-même. En revanche, il se montre un peu plus inquiet en évoquant le dédoublement de classes de CP et CE1 engagé en France par le ministère. “Cela met une pression sur les détachements à l’étranger”, car il y aura moins de professeurs disponibles au sein de certaines académies. “C’est une inquiétude qui existe dans le réseau, mais nous n’avons pas encore été affecté au niveau du renouvellement des détachements”.

Elisabeth Gazay, présidente de la section Floride-Caraïbes des conseillers du Commerce extérieur de la France. 

gazay« Nous sommes sur une bonne dynamique car plusieurs mesures prises par Emmanuel Macron sont favorables aux entreprises et aux PME notamment, ce qui génère de l’enthousiasme et beaucoup de motivation », reconnait Élisabeth Gazay. « Que l’on soit ou non macroniste, il est difficile de ne pas reconnaitre que le président de la République est arrivé à instaurer un climat de confiance pour les entrepreneurs ».

La Française, installée depuis près de vingt ans à Miami, estime par ailleurs qu’en un an, Emmanuel Macron a réussi à projeter une nouvelle image de la France. « Il a adopté une bonne stratégie de communication à l’international avec le slogan « France is back » qui positionne notamment le pays en première ligne pour les entrepreneurs étrangers souhaitant s’implanter en Europe, indique-t-elle. Cette attractivité économique du pays, qui a été renforcée suite à l’effacement relatif du Royaume-Uni dû au Brexitdonne également un élan favorable à nos missions de promotion en tant que conseillers du Commerce extérieur ».

Alain Ouelhadj, entrepreneur, président de la Chambre de commerce franco-américaine de Floride

alain« Emmanuel Macron a redoré le blason de la France sur la scène internationale », indique le Français, qui dirige la société Alda Office Design, spécialisée dans le mobilier de bureau, à Miami. « Je remarque que nos produits qui sont fabriqués en France ont un bien meilleur accueil sur le marché américain, raconte-t-il. La France est à nouveau considérée comme un acteur économique digne de ce nom, alors que le pays a longtemps eu la réputation d’être à la traine et de ne prendre aucune mesure nécessaire pour redresser son économie ».

Il salue les mesures du gouvernement élaborés en faveur du commerce extérieur. « Les entreprises françaises exportatrices sont encore trop peu nombreuses, insiste-t-il. Nous parlons souvent des grands groupes qui exportent, mais en France nous avons tout un pan de TPE et PME qui disposent d’un savoir-faire important et qui désormais pourront également se tourner vers l’international, ce qui est essentiel pour leur développement économique ».

par Sandra Cazenave (Los Angeles), Gregory Durieu (Miami) et Alexis Buisson (New York)