Sortir de l’ombre du Lycée français

Demandez à Laurent Bonardi d’où il vient, il vous répondra « vaste question ». Né en France, où il passé les trois premiers mois de sa vie, le proviseur du Lyceum Kennedy a fait, élève, la tournée des lycées français de l’étranger. Il énumère ses maisons successives : « Argentine », « Italie », « Espagne », « Russie », « Etats-Unis ».

Plus tard, pour ses expériences universitaires et professionnelles, ça sera le sud de la France, Tours (ville du français sans accent), la Polynésie et la côte Est des Etats-Unis, à Harvard, dont il a conservé un « mug », placé sur son nouveau bureau à côté d’un bonzaï. « C’est un circuit un peu itinérant » concède-t-il.

Pour son premier poste de chef d’établissement, le jeune proviseur a l’enthousiasme des débuts. L’ancien directeur du secondaire au lycée français de Washington trouve dans le Lyceum un établissement en pleine mutation. Le campus de Manhattan – l’école en compte un autre à Ardsley dans le Westchester – est en cours de rénovation. Cette année, les classes sont « presque pleines » et le nombre d’inscriptions n’aurait jamais été aussi élevé depuis la création de l’école. De bons chiffres que Laurent Bonardi explique par « une appétence pour les programmes français » à New York et sa région mais aussi  « un travail quantificatif et qualitatif qui est fait dans l’établissement ». « Il y a un dynamisme structurel qui fait que les parents trouvent leur compte » dit-il.

Créé en 1964 par un professeur de français du nom d’Eliane Dumas, le Lyceum Kennedy a été repris en 1986 par un linguiste japonais francophile. L’établissement se compose d’un programme japonais et d’une école franco-américaine, qui représente « 90% des effectifs de l’école ». Homologuée par le ministère de l’éducation nationale français, cette école bilingue et biculturelle offre un programme scolaire à cheval entre celui des écoles françaises et new yorkaises.

Malgré ses presque quatre décennies d’existence, le Lyceum reste aux yeux de beaucoup de parents expatriés un “Lycée français bis”. « C’est quelque chose qu’on entend assez souvent. On va travailler pour l’entendre moins souvent » assure Mr. Bonardi, un ancien du LFNY. « L’identité du Lyceum tourne autour du bilinguisme. Nous essayons de prendre le meilleur des deux curriculums (français et américains, ndlr) en respectant l’homologation française jusqu’en troisième et en y joingnant les programmes américains à partir de la maternelle (…)»

« Mais nous rejoignons le LFNY dans la volonté d’apporter le meilleur à nos élèves et de ne pas être figé. »

« Un 12th Grade »

Parmi les chantiers que le nouveau directeur souhaite ouvrir, il évoque la création d’un 12th Grade – pour l’heure, les cours proposés vont du Kindergarten au 11th Grade (Première) – auquel il veut y adjoindre un diplôme, un baccalauréat français voire international (IB).

Mais si l’ouverture d’un nouveau « grade » peut se faire dans l’année, il faudra attendre plus longtemps pour que le diplôme soit proposé, indique Mr. Bonardi, au moins trois ans pour le International Baccalaureate (IB). Ce nouveau grade « ne serait pas un 12th Grade en stand by en attendant l’IB, insiste-t-il. On peut l’ouvrir avec des AP et desseniors projects’ affûtés. Ce serait une sorte de sas extrêmement ‘challenging’ autour du bilinguisme et du biculturel pour préparer les élèves à postuler dans les meilleures conditions à NYU, Georgetown et Sciences po.»

« Des parents dont l’enfant est en kindergarten nous posent déjà des questions sur le secondaire. Quand ils nous confient leur enfant, il y a un pacte de confiance. Il faut s’en montrer digne. »

Photo: Laurent Bonardi, nouveau proviseur du Lyceum Kennedy, devant les drapeaux francais, américain et japonais dans l’entrée de l’etablissement.