Luchini dans la Ville debout

“Vous allez écrire que j’ai fait mon show, les journalistes écrivent toujours ça”. Donc Luchini nous a fait son show. Les citations, l’érudition, les digressions, l’amour de la langue française. Puis il s’en est allé, répérer la salle où il jouera, mercredi et jeudi, “Le Point sur Robert”. Le spectacle est presque sold-out (mardi après-midi il restait quelques places). Ca ne l’impressionne guère: “c’est une petite salle, de 400 personnes. Au Québec, j’ai joué dans des salles de 2000 personnes. C’est formidable, le Québec”. (article à suivre sous la vidéo)

Fabrice Luchini à Manhattan, balade sur les traces de Céline:

On comprend que les Etats-Unis sont moins son truc. Du coup, aux Français de New York il épargne le discours de toutes les vedettes françaises de passage ici, immanquablement “fascinées par la grosse pomme”. Franchement, New York, il s’en fout. C’est d’ailleurs la première fois, à 58 ans, qu’il y met les pieds. Il y a d’abord “ce truc avec les voyages”:il n’aime pas ça, explique sa fille Emma, qui l’accompagne dans sa tournée américaine, caméra au poing pour un documentaire consacré à son père. Il est casanier, et puis il déteste l’avion”.

L’avion, il l’a tout de même pris pour traverser l’Atlantique, mais il a fait le voyage depuis le Québec jusqu’à New York en voiture. “J’ai été bloqué à la douane pendant trois heures. J’étais venu une fois en Floride en 1992 pour un festival et apparemment ils n’avaient jamais enregistré mon départ. Le douanier m’expliquait que j’avais vécu clandestinement aux US depuis 1992…”

Si l’Amérique trouve grâce, tout de même, aux yeux du comédien, c’est grâce à son cher Céline. Ici, il marche sur les traces de l’écrivain. Cite, bien sûr, la célèbre arrivée à New York du Voyage au bout de la nuit: «Figurez-vous qu’elle était debout leur ville, absolument droite. New York c’est une ville debout. On en avait déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameux mêmes. Mais chez nous, n’est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s’allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là l’Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur.»

Et puis, comme il nous sent bien un peu déçus de son peu d’intérêt pour l’Amérique, il lance subitement : “j’ai l’impression qu’ici tout est ouvert, alors qu’en France tout est fermé”. Il raconte sa rencontre avec “des restaurateurs français” qui lui ont raconté leur succès américain. Il cite aussi Paul Valéry (un des auteurs dont il dit les textes dans son spectacle; raconte subitement la passion des Québecois pour la vasectomie (“les femmes ont gagné là-bas”); cite Céline; explique qu’il quittera la France dans les 10 jours si Mélanchon est élu; re-cite Céline; dit qu’il n’aime pas la politique. Puis cite Roland Barthes, un autre héros de son spectacle, qui lui dit un jour que le jeune Luchini le harcelait de questions: “accordez-moi Fabrice de ne pas avoir d’opinion”.