Lu dans la presse US: “Pourquoi la France est-elle aussi corrompue ?”

Le constat du New York Magazine est clair. “Nous ne sommes pas seuls. La politique française est aussi chaotique que la nôtre“. En cause, la récente polémique française autour du “Penelopegate” qui n’a pas manqué de faire couler de l’encre aux Etats-Unis.

Penelopegate menace de réduire les ambitions d’un homme qui, il y a à peine une semaine paraissait quasiment certain de devenir le prochain Président de la République” explique le New York Times. Mais loin de débattre de la véracité ou non de l’emploi de Mme Fillon, le scandale n’est que le symptôme d’un pays à la classe politique corrompue, pour le quotidien américain. “La culture politique dorée de l’immunité et des privilèges ne peut plus être acceptée en France […] La perception d’un système politique dirigé par et pour les élites qui l’utilisent pour s’enrichir elles-mêmes – légalement ou illégalement, là n’est pas la question – fait simplement gagner du terrain à Marine Le Pen […] En France, devenir un membre éminent de la classe politique, c’est entrer dans un système euphorique où cela est acceptable de convoquer un cireur de chaussure professionnel à l’Elysée“.

Une maison corrompue jusqu’à la moelle selon le quotidien. “Ce que Penelopegate nous raconte, c’est que les décennies de non renouvèlement de la classe politique ont submergé la France d’un establishment immoral et impur, incapable de remplacer le candidat à l’élection. L’ancien Premier Ministre Alain Juppé, vaincu aux primaires de novembre, a été lui-même condamné dans une affaire d’emplois fictifs. L’ancien Président Nicolas Sarkozy, lui aussi, est l’objet de multiples enquêtes financières“.

Pour Foreign PolicyFrançois Fillon est rattrapé par le manque d’éthique” de la vie politique française. Et d’ironiser en invoquant Charles de Gaulle comme l’avait fait François Fillon durant la campagne des primaires: “le Général semble plus seul que jamais”. “La France n’est pas un pays particulièrement corrompu, mais pour un pays occidental c’est aberrant” explique alors le magazine qui cherche ouvertement à savoir “Pourquoi la France est-elle si corrompue ?

Toujours selon Foreign Policy, le cas Fillon n’est pas isolé, mais plutôt une tradition française. “Alors que le népotisme est interdit aux Etats-Unis, cela n’est pas le cas en France. Plus d’un député sur cinq emploie au moins un membre de sa famille en tant qu’assistant”. “Employer un membre de sa famille ‘témoigne de la culture de caste ou d’oligarchie qui rend absolument naturelle l’envie pour les hommes politiques de profiter au maximum de leur pouvoir’”, argue le New York Times en citant les propos de l’historien Jean Garrigues.

Leonid Bershidsky compare la situation en France et aux Etats-Unis pour Bloomberg. Son constat est simple: “La France et les Etats-Unis ont tous deux un problème avec le népotisme“. A Washington, “les lois anti-népotisme s’appliquent aussi bien aux fonctionnaires du gouvernement qu’aux législateurs : ils ne peuvent pas rémunérer un membre de leur famille avec l’argent du contribuable […] même la First Lady se voit attribuer un budget mais ne reçoit aucun de salaire“.

Mais pour le journaliste, cela n’empêche pas les Etats-Unis d’avoir “une des cultures politiques les plus en proie au népotisme […] les lois anti-népotisme sont en grande partie hypocrites […] les dynasties présidentielles en sont le meilleur exemple”. A l’inverse,Leonid Bershidsky rappelle “qu’un parlementaire français se voit attribuer 9 516 euros pour engager des assistants. La moitié peut être utilisée pour rémunérer un membre de sa famille. Beaucoup de parlementaires tirent avantage de ces règles pour augmenter leur revenus familiaux“.

Dans un cas comme dans un autre, des crispations se font ressentir et le népotisme génère “l’apparence d’un conflit“, mais le journaliste interroge : “Si ces familles pouvaient officiellement et directement travailler pour leurs pairs, il y aurait probablement moins de dissensions et de rancoeur : circonscriptions et ministères seraient dirigés comme des entreprises familiales“.