L’Observer explique la “Frenchrification” de Brooklyn

Pour le New York Observer, Brooklyn connait une « invasion française ».

Le journaliste Matthew Kassel a suivi Elise Goujon à Williamsburg. Elle est la fondatrice de New York Off Road, une agence spécialisée dans des visites guidées originales de New York en français. Il a ainsi pu constater la fascination gauloise pour la Grosse Pomme. « Les Français ont toujours aimé Manhattan, son énergie reflétée dans les films et séries, mais au cours des dernières années, le tourisme français à Brooklyn a grimpé en flèche. »

Selon lui, ces touristes « sont intrépides et aiment voyager hors des sentiers battus (…) la ville a accueilli 734.000 touristes français en 2014, soit une hausse de 200% depuis 2005 ». Il remarque également la présence de Brooklyn dans la vie parisienne, avec l’apparition de food trucks ou encore l’accroissement des bars et cafés à l’effigie du quartier. Dans le sens inverse, les fromageries, boulangeries ou autres magasins français fleurissent dans des lieux comme Williamsburg ou Bushwick.

Selon lui, même si les programmes publics français-anglais attirent beaucoup de Français à Brooklyn, ce phénomène parait bizarre. Malgré leur intérêt pour les Etats-Unis, “les Français n’avaient pas le désir de tenter l’aventure au Nouveau Monde, à la différence des cohortes d’expatriés américains qui ont, presque de manière continue, colonisé les arrondissements les plus trendy de Paris et au-delà depuis le début du siècle.”

En fait, poursuit-il, “les Français ont toujours été sédentaires au point d’être têtus quand il s’agit de se déplacer dans le monde, malgré leur passé colonial” .

“Frenchrification”

Cela serait donc en train de changer, si l’on en croit l’auteur, qui parle de “Frenchrification” de Brooklyn, combinaison de “French” et “Gentrification”. A Brooklyn, “ils recherchent une sorte d’esthétique artisanale, une ambiance moquée à l’excès mais mise en avant sans ironie par la presse française qui, récemment, s’est mise à couvrir Brooklyn avec une rigueur fétichiste” .

Ce qui rend la fascination française pour Brooklyn curieuse est que les Français sont censés avoir le savoir-faire, la sophistication pour laquelle nous les avons toujours admirés – et ils sont censés en être fiers au point d’être embêtants, prenant les pauvres Américains, nos pizzas et nos Cheez Whiz de haut (…) Mais apparemment, ce n’est plus le cas, si cela l’a jamais été” . 

Matthew Kassel se montre un brin critique envers les Français. Ils sont, selon lui, “responsables d’avoir transformé Brooklyn en un bastion de bobos, ou en tout cas d’avoir modelé les quartiers gentrifiés de Brooklyn selon leur propre image” . Les Français seraient donc amoureux de Brooklyn parce que cela revient “à se regarder vainement dans un miroir” .