L’islam a-t-il sa place en France?

L’islam a-t-il sa place en France? C’est en substance la question posée par le New York Times. Le quotidien raconte, dans un article daté du 2 février, le débat “crispant mais potentiellement décisif” qui s’est engagé en France sur la compatibilité de l’islam avec la tradition républicaine de laïcité après les attentats de janvier.

Au cœur du débat, écrit le correspondant du Times à Paris Steven Erlanger, il y a l’idée que le sens français de l’identité est devenu tellement entremêlé au sécularisme que le pays manque à ses idéaux, alors qu’elle devient une société multiculturelle dans laquelle l’islam prend une place plus importante” .

Les valeurs françaises se sont-elles retournées contre l’islam? Pour les musulmans de France “marginalisés” ,”qui voient peu de distinction entre la vie publique et la religion” , la devise “Liberté, Egalite, Fraternité” de la république française serait “distante” et “vide” , poursuit Erlanger. “Ils pensent que les valeurs de l’Etat sont souvent vues comme étrangères, blasphématoires même, imposées comme une forme de colonialisme culturel et parfois utilisées comme un prétexte pour la discrimination raciale et religieuse” .

Le journaliste s’est rendu dans la ville de Clichy-sous-Bois, “40% de chômage“, “l’une des communes les plus pauvres de France“, pour prendre le pouls au sein de la communauté musulmane. Le décor brossé par Steven Erlanger se veut dramatique: depuis les émeutes en banlieue de 2005, dont Clichy était l’épicentre, il y a “plus de criminalité, plus de chômage, plus de pauvreté, plus d’aliénation et maintenant, encore plus de radicalisation au sein de la jeunesse musulmane” .

Plus fondamentalement, l’article laisse entrevoir une société qui “du mal à changer” comme le dit l’un des interviewés, peinant à “reconnaitre son cosmopolitisme” . Citant le spécialiste français de l’islam, Gilles Kepel, il suggère que la “blessure non soignée” de la guerre d’Algérie se fait encore sentir.

L’auteur ne donne pas de solutions, mais choisit de terminer l’article en citant la maire-adjointe de Clichy-sous-Bois, qui souligne que les “mêmes problèmes de 2005” , année des émeutes, continueront en 2015 si les questions sensibles de l’immigration et de l’intégration ne sont pas soulevées.