L’interdiction du ketchup ou l’expression du chauvinisme français

La décision française qui étonne les Américains cette semaine, c’est l’interdiction du ketchup à la cantine pour des raisons de santé. La presse outre-Atlantique ne comprend pas le bien-fondé de ce reglèment et s’en moque allègrement. Le Los Angeles Times est particulièrement féroce: “la nouvelle menace de la culture française est maintenant le ketchup”, ironise dès le début de l’article la journaliste Kim Willshers. Elle explique que ce condiment n’est autorisé qu’une fois par semaine, avec des frites accompagnées d’un hamburger. “On ne comprend pas bien si la police de la nourriture enverra les étudiants en détention s’ils trempent leur hamburger dans le ketchup qui accompagne leurs frites” se moque-t-elle.

Kim Willshers explique que les étudiants français ne pourront plus mettre de ketchup sur leur blanquette de veau “même si elle est pleine d’os”, ni sur leur boeuf bourguignon, et ce “quelle que soit la quantité de gras qu’il contienne”. On le comprend entre les lignes, pour le Los Angeles Times, l’interdiction du ketchup, c’est la fin du libre arbitre pour les écoliers français. Kim Willshers rappelle que du temps de Ronald Reagan, la maison blanche “considérait le ketchup comme un légume”. Ce n’est pas le cas de la France, qui voit ce condiment “avec le même dédain que les séries américaines, les mots anglais et les Mac Donalds”: tous sont considérés comme “des imposteurs culturels” et sont “tout sauf bienvenus”. Pour le Los Angeles Times, “ces règles ne laissent pas de choix aux jeunes amateurs de ketchup”, car ceux-ci ne sont même pas autorisés à apporter leur déjeuner à l’école: ils doivent manger à la cantine ou rentrer chez eux. La journaliste ajoute que pour Christophe Herbert, président de l’assemblée nationale des directeurs de restaurants collectifs, le chauvinisme français joue un rôle dans cette décision. Pas besoin de réfléchir bien longtemps pour comprendre que la journaliste pense la même chose.

Pour le Huffington Post aussi, cette nouvelle règle est incompréhensible: “la mayonnaise est toujours au menu, mais c’est la fin du ketchup” commence la journaliste Tara Kelly, insinuant ainsi que ce ne sont pas forcément que des raisons de santé qui ont motivé cette décision. D’autant que les cantines doivent proposer “quatre ou cinq plats par jour” et “une quantité illimitée de pain”. La journaliste note que la France est le plus grand marché européen de Mac Donald’s, avec l’Angleterre et l’Allemagne. “C’est peut-être justement la raison qui explique des règles si étranges” analyse la journaliste. Qui conclut, un brin dubitative: “nous verrons bien si la police de la nourriture arrive à les faire respecter”.

Enfin, le magazine hebdomadaire Time plaint les pauvres enfants français. Le titre -ironique- de l’article, “Les écoles françaises rationnent le ketchup pour que leurs écoliers restent français”, montre à quel point le Time trouve la mesure ridicule. Le journaliste Megan Gibson cite Christophe Herbert, qui affirme que les enfants utilisent le ketchup pour masquer le goût des aliments. “Christophe Herbert a raison sur un point”, écrit le journaliste: “les enfants mettent du ketchup sur leurs aliments pour en masquer le goût“. Mais le Time suggère alors que Christophe Herbert a “oublié le goût des repas qu’on sert dans les cantines françaises”, et c’est pourquoi le journal plaint “les pauvres enfants qui doivent manger tout leurs repas sans avoir un peu de ketchup pour éviter de sentir ce goût de carton”.

Marine Le Pen, une extrême droite qui se camoufle

Le journal The Nation s’intéresse cette semaine à Marine Le Pen, et c’est la journaliste Catherine Poirier qui dresse son portrait. Elle commence par une description physique du leader du front national: “poignée de main ferme, regard franc, voix forte”. Pour la journaliste, il n’y a pas de doute, Marine Le Pen est bien la fille de son père. “La blonde aux yeux bleus est aussi grande que large: c’est une force de la nature”, écrit-elle. Pour Catherine Poirier, la question que tout le monde se pose, en France, c’est de savoir si Marine a les mêmes opinions que son père. En apparence, non: elle s’est éloignée de la “rhétorique raciste” de Jean-Marie Le Pen et a sermonné un militant qui faisait un statut hitlérien. Pour la journaliste, “Marine Le Pen est différente de l’extrême-droite classique”: elle est divorcée, en faveur de l’avortement et des droits pour les homosexuels. “Le catholicisme fondamentaliste n’est clairement pas sa tasse de thé” analyse ainsi The Nation. D’après le journal, beaucoup ne sont pas convaincus des changements de Marine Le Pen: elle cherche simplement à cacher les idées les plus extrêmes de son parti pour se donner une véritable légitimité.

Marine Le Pen refuse l’étiquette d’extrême droite: dans toutes ses interviews, elle défend des valeurs de gauche, comme la laïcité, les services publics et l’intervention de l’Etat pour protéger les faibles. “En l’écoutant, on pourrait la confondre avec l’homme politique de gauche Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la défense”, assure la journaliste, pour qui ce n’est d’ailleurs pas une coïncidence, puisque Marine Le Pen a déclaré qu’elle serait prête à coopérer avec Jean-Pierre Chevènement. Lequel a répondu qu’ils n’avaient rien en commun. Pour The Nation, c’est le signe que “les hommes politiques français ne sont pas dupes de la métamorphose de Marine Le Pen”.

Le leader du front national ne croit pas à l’Euro: “il va s’effondrer, c’est inévitable”, assure-t-elle à la journaliste. La militante du Front National veut sortir de la zone euro. “Au fur et à mesure que la crise s’intensifie, ses propos semblent de plus en plus visionnaires”, analyse The Nation. D’après Catherine Poirier, le refus de l’étiquette “extrême droite” brouille les pistes: “la mission de Marine Le Pen est d’instiller le doute là où il n’y en avait pas-personne ne doutait auparavant que le front national était d’extrême droite- et de rendre les choses plus subtiles-auparavant, le front national aimait être caricaturé”, écrit la journaliste. A la question: “auriez vous tué le roi en 1793?”, Marine Le Pen répond que non, car elle est une femme de conciliation. “L’est-elle vraiment?” se demande la journaliste dubitative, qui conclut son article de cette manière.

De la difficulté d’être noble

Le Wall Street Journal révèle à un phénomène social dont on parle peu: la difficulté d’être un noble aujourd’hui dans la société française. Le journaliste Max Colchester porte un regard ironique et désabusé sur une population  qui se plaint de ne pas pouvoir entretenir son château ou d’être obligée de travailler. Le journaliste commence par citer “l’association d’entraide de la noblesse française”, (l’ANF). Pour son vice-président, le comte de Raffin, “le problème de la France est qu’il n’y a pas de roi”. Max Colchester fait une parenthèse pour expliquer qu’en France, on n’utilise pas le prénom des premiers-nés des familles nobles : “ceux qui me connaissent me reconnaîtront” affirme ainsi le comte de Raffin. Max Colchester ajoute quand même que le prénom du comte est Pierre. Travailler n’étant pas considéré comme une activité digne, “les nobles français doivent faire face à des situations très difficiles. Aujourd’hui, certains ont tout simplement hérité du fardeau financier de s’occuper d’un vieux château” raille le journaliste.

Max Colchester narre la naissance de l’ANF: en 1932, des nobles attendant un train à Paris s’aperçoivent soudain que celui qui portait leurs bagages était un noble comme eux. “Ils étaient choqués” commente le comte de Raffin, ce qu’on peut aisément comprendre. L’ANF était donc née. Cette association pourvoit chaque année près de 200.000 euros aux familles nobles et leur offre un soutien moral. D’après le Comte de Causans, qui est à la tête de la section auvergnate de l’ANF, 55% de la noblesse française trouve difficile d’être noble dans la société actuelle -c’est sûr, mieux vaut être un roturier pauvre qu’un noble désargenté- et 87% d’entre eux ont le sentiment d’avoir un rôle dans la société.

L’ANF a beaucoup de mal à trouver de nouvelles recrues. Comme l’explique Max Colchester, c’est une association extrêmement sélective: pour en faire partie, il faut prouver que son titre a été donné par un roi ou un empereur et que l’on descend de nobles héritiers mâles qui ont fait un mariage chrétien. Pas évident. Le Wall street Journal explique que les nobles ont parfois des contacts avec les roturiers à travers l’association “les amis de l’ANF”, dans laquelle des gens non-nobles peuvent participer à des activités avec eux. Mais, comme le précise le journaliste, “plus de la moitié des membres de l’ANF ont hué la proposition”. Les nobles, bien conscients de leur différence, ne sont pas encore prêts à frayer avec la masse, même pour rire.

Le G20 de Cannes, seul espoir pour Sarkozy

Pour le blog The Source, hebergé par le Wall Street Journal, Nicolas Sarkozy mise beaucoup sur le G20 qui se déroulera à Cannes les 3 et 4 novembre prochain. “Dans ce sommet, il met en jeu non seulement le destin du monde de l’économie, mais également son avenir politique en France”, écrit le journaliste William Horobin. Il explique que Sarkozy a fait le pari que la crise grecque serait endiguée d’ici la fin du sommet de Cannes. “Nicolas Sarkozy a désespérément besoin de traduire cette victoire potentielle en capital politique dans son pays”, écrit William Horobin. D’après lui, Nicolas Sarkozy peut difficilement espérer gagner la présidentielle en 2012 sans cette victoire. “Un succès au G20 pourrait aider M. Sarkozy à remonter dans les sondages” analyse le journaliste. Même si les élections ne sont pas gagnées à travers des problèmes internationaux, de bonnes performances financières pourraient séduire les hauts revenus français. “Avec une situation intérieure qui ne joue pas en sa faveur, M. Sarkozy a besoin de décrocher le jackpot à Cannes”, conclut le journaliste.

Le potin de la semaine vient du New Yorker. La journaliste Rebecca Mead y dresse un portrait de Daphné Guinness, l’héritière de la marque de bière, célèbre personnalité connue pour son physique avantageux et ses tenues à la mode. La journaliste écrit que Daphné Guinness “fréquente Bernard Henri-Levy depuis 5 ans”. Notre fameux BHL est décrit comme “un philosophe français, héritier d’une compagnie spécialisée dans le commerce du bois“. Ainsi, pour le New Yorker, Daphné Guinness et BHL sont bel et bien amants, ce n’est pas une rumeur. Et depuis 5 ans qui plus est. Rebecca Mead fait même une petite allusion à Arielle Dombasle, indiquant que cette “chanteuse et actrice” est mariée à BHL. Le lecteur comprend ainsi que la liaison BHL-Daphné Guinness n’est pas vraiment légitime.