Lili Chopra: la culture française hors les clichés

En 1997, une Lili Chopra un peu déboussolée arrive à New York pour un programme d’échange à la Tisch School of the Arts de NYU. «Oh là là là, se disait-elle à l’époque face à la profusion de shows et d’expositions à New York. Par où vais-je commencer? “. Aujourd’hui, elle a plus que trouvé ses marques sur la scène culturelle new-yorkaise. Elle en fait partie. En bousculant les clichés, elle a propulsé le Fiaf (French Institute Alliance Française) dans les pages du New Yorker plus souvent qu’à son tour. Suprême consécration!

Depuis son arrivée il y a quatre ans comme programmatrice du Fiaf, Lili Chopra a conçu deux festivals de spectacle vivantavant-gardistes (Crossing the Line à l’automne et World Nomads au printemps) aujourd’hui  bien installés; permis à des artistes français et européens de renom  (Arthur Nauzyciel, Raimund Hoghe…) ou méconnus du grand public (comme le compositeur de la musique de films Alexandre Desplat…) de venir présenter leur travaux à New York ; lancé des projets de commission pour stimuler la production artistique; et noué des partenariats avec des grands noms du monde de la création à New York, comme Dance Theater Workshop (DTW), The Joyce Theater et le Baryshnikov Arts Center pour ne citer qu’eux.

« Elle a donné corps à l’ambition du FIAF d’être une vraie destination culturelle à New York », souligne Marie-Monique Steckel, directrice générale du FIAF, à l’égard de sa protégée.

Lili Chopra n’a jamais voulu être artiste, admet l’intéressée. En revanche, plongée dans l’univers anarchique de la création new-yorkaise,  cette descendante d’une longue lignée de créateurs qui fait ses armes au studio de Julia Mandle à Brooklyn, puis à DTW et chez Diane Von Fürstenberg veut faire du discours artistique une voix qui compte. Selon elle, cela passe par des espaces de création « passeurs entre artistes, public et media », qui non seulement exposent mais soutiennent la création.

Changer l’image de la culture française

Lorsque Marie-Monique Steckel lui propose en 2006 de prendre les rênes de la programmation culturelle de l’institut dont elle pilote la revitalisation, Lili Chopra y voit l’opportunité de mettre ses idées en pratique. La saison suivante, le festival de création contemporaine pluridisciplinaire, Crossing the Line, qui présente le travail d’artistes français et américains aux avant-postes de la création dans leur domaine, chamboule l’image traditionnelle de la culture française. Lors de l’édition inaugurale en septembre 2007, les New Yorkais découvrent notamment une version modernisée du Petit Chaperon Rouge par le metteur en scène Joël Pommerat ou encore les acrobaties de la compagnie Käfig, dont le travail se situe à la confluence des arts du cirque et de la danse. Quelque mois plus tard, elle transforme le FIAF en forum des cultures lors du deuxième temps fort de la saison: Chaque année, World Nomads explore la thématique du transculturalisme à travers le travail d’artistes francophones. La critique applaudit. Lili Chopra imprime sa marque.

« On s’attend des instituts culturels français qu’ils fassent la promotion d’une image finalement assez “cliché” de la culture. Mais quand on réfléchit à la définition même de la culture française, on voit qu’elle est le fruit d’influences internationales, que les artistes s’influencent les uns les autres, affirme-t-elle. La question de la nationalité n’est plus pertinente. »

Aujourd’hui, Lili Chopra doit concilier le lancement de projets novateurs avec le contexte de crise qui rend les financements encore plus difficiles à décrocher. En effet, le FIAF, une « non-profit », n’est financé qu’à hauteur de 2% par le gouvernement français, rappelle Marie-Monique Steckel, le reste provenant de donateurs privés. Mais « c’est une visionnaire qui a une idée très claire de la stratégie à adopter pour atteindre ses buts, indique Simon Dove, directeur de l’école de danse du Herberger Institute for Design and the Arts à Arizona State University et « co-curator » de Crossing The Line, en parlant de Lili Chopra. Le FIAF n’est plus un lieu où l’on vient déguster le Beaujolais, mais un lieu où l’on vient découvrir des idées novatrices. »

Trophée des arts Gala –  Jeudi 9 décembre 2010 à 19h au Plaza Hotel (Fifth Avenue et Central Park South). Pour tickets et infos, contacter Isabelle Lefebvre-Vary au 646 388 6604 ou [email protected] – Site internet : http://www.fiaf.org/

(Photo: Jacqueline Chambord).