L’euro est mort, vive l’Euro de foot !

Ce week-end avait lieu le premier tour de la législative française en Amérique du Nord. Pas de quoi passionner la presse américaine. Pas plus que le politique française en général, si ce n’est quelques dossiers économiques, jugés risqués par le Chicago Tribune. “Le nouveau gouvernement socialiste français compte redonner de la crédibilité à sa politique budgétaire”, raconte le journal, reprenant des propos du ministre des finances Pierre Moscovici. Le titre considère comme délicat le projet français de réduire le déficit public de 4,5 % du PIB en 2012 à 3 % en 2013 (comme demandé par l’Union européenne). “De nombreux économistes pensent que ce sera difficile sans coupe budgétaire,” peut-on lire. De même, le Chicago Tribune estime que revoir la réforme des retraites, “l’un des points clés du programme électoral de Nicolas Sarkozy” en 2007, est un pari risqué d’un point de vue économique. “Le gouvernement français (…) revient sur une réforme qui avait été bien accueillie par les marchés financiers“.

L’Euro de foot surveillé de près

Si la presse américaine parle timidement de politique française, elle préfère – et de loin – le foot. Plusieurs titres s’intéressent, en effet, à l’Euro de foot, dont le coup d’envoi aura lieu ce vendredi. “L’équipe de France a été transformée ces deux dernières années par Laurent Blanc”, estime le Boston Herald. À quelques jours du lancement de l’Euro 2012, les Américains s’intéressent aux enjeux du tournoi, à commencer par le premier match de l’équipe de France, le 11 juin contre l’Angleterre. Roy Hodgson, le sélectionneur des Anglais, a publiquement exprimé son inquiétude de jouer une équipe de France en forme. Des propos approuvés par le Boston Herald, qui en rajoute une couche : “Un match nul contre la France serait une réussite pour l’Angleterre”. Car les Bleus ont clairement tapé dans l’oeil du titre bostonien, qui considère que “le milieu défensif Yann M’Vila est le seul problème majeur de Laurent Blanc”. Blessé à la cheville lors du match de l’équipe contre la Serbie, le joueur de 21 ans suscite l’attention, voire l’inquiétude. Le New York Daily News va jusqu’à consacrer un article à son bilan médical. Mais d’ici l’Euro, les Bleus auront affronté l’Estonie, le 5 juin. L’occasion pour l’Associated Press, dans un article repris par le site Fox Sports, de passer en revue l’équipe-type française. “La France devrait aligner sa meilleure équipe contre l’Estonie”. Et à en croire l’agence de presse, “Patrice Evra, Philippe Mexès et dans une moindre mesure Samir Nasri” ont des soucis à se faire. Le New York Times revient, quant à lui, sur la polémique des quotas, dont Laurent Blanc a souffert il y a un an. Le sélectionneur de l’équipe de France et son directeur sportif avaient alors été accusés par le site Médiapart de vouloir limiter le nombre de noirs et d’arabes dans les centres de formation. En avait suivi une longue polémique, de laquelle les deux hommes sont sortis indemnes. “Il est incroyable de penser qu’un homme qui a tenu sa défense avec Lilian Thuram et Marcel Desailly, dans la même équipe que Thierry Henry et Zinedine Zidane, puisse ne serait-ce qu’être soupçonné d’un quelconque quota ethnique”, défend le journal, encore indigné un an après les faits. Sur le plan sportif, le New York Times reste alerte, offrant un éclairage tactique et stratégique de l’équipe, de ses joueurs et secteurs de jeux. Et le quotidien conclut son analyse en redonnant son importance à l’aspect sportif : “Le pays qui a dirigé le football mondial il y a une douzaine d’années, et qui était près de recommencer en 2006, est le dernier endroit sur terre pour des débats sur des quotas raciaux”.

Avec un illustre voisin de Roland Garros

A côté du football, c’est le tennis, avec Roland Garros, qui remplit les pages « sport » américaines. Voulant s’éloigner des successions d’analyses de matches, le New York Times s’est intéressé au cas d’Édouard Roger-Vasselin, tennisman français de 28 ans et 82eme joueur mondial qui vit à quelques mètres de Roland. “Il quitte son appartement à 13h51, répond à une brève interview, s’arrête pour quelques photos, se fait klaxonner et salue en retour, échange quelques plaisanteries avec un voisin et passe les portes de Roland Garros à 14h03”. Le quotidien new-yorkais s’amuse de la vie du joueur français pendant le tournoi. Il adopte un mode de vie simple et local, et s’y rend à pieds. “Je me sens chez moi quand je participe à ce tournoi”, confesse Roger-Vasselin. En plein tournoi, la simplicité de ce joueur professionnel surprend la presse américaine. Alors même que la normalité devient à la mode dans l’Hexagone… “Ce mois de mai, des joueurs de tennis arrivent à l’open français des quatre coins du monde. (…) Pas Édouard Roger-Vasselin. Il arrive par les rues, d’une courte marche des terrains de Roland Garros.”

Des « food-trucks » à l’assaut de Paris

Mais un aspect de la culture française manque encore de simplicité, selon Katherine Krauss, dans le Huffington Post : la cuisine. “(Les Français) prennent leur temps pour manger, n’accordant jamais moins d’une heure au déjeuner”, écrit cette lycéenne de 18 ans, qui a vécu en France, dans un billet consacré à la culture française. Katherine Krauss décrit les Français comme un peuple tourné vers le passé, “le symptôme, selon elle, d’une nation dont la culture n’est plus trop synchro avec la culture dominante de notre ère, même si la France apparaît comme ‘moderne’”. Cette culture dominante, insufflée par l’expansion de la démocratie dans le monde, entraîne la valorisation de formes d’art et d’expressions intellectuelles « plus simplistiques », « ce qui vaut à la France d’être vue comme élitiste et passéiste », juge Katherine Krauss. Cela se ressent entre autres dans la cuisine, où “les plus fines facettes de la gastronomie française sont dépassées par le nombre de personnes dans le monde préférant un repas rapide dans un fast-food”. Alors en France aussi, “les méthodes plus lentes et raffinées de la cuisine traditionnelle sont considérées comme désuètes et inefficaces”.

Cela se vérifie sur le terrain: cette semaine, le New York Times consacre un article sur deux food trucks partis à la conquête de Paris. “La cuisine américaine séduit les esprits ouverts, et les bouches”, remarque le quotidien. Une journaliste américaine a ainsi suivi la Cantine California et Le Camion qui Fume, qui proposent, dans les rues de la capitale, des repas cuisinés dans leur camion. Les patrons de ces restos roulants, des Américains, témoignent s’être battus contre les habitudes françaises. “Les Français ne mangeront jamais dans la rue”, leur disait-on. Pourtant, leur succès est indéniable et ces camions fast-food ont tenu leur pari, notamment grâce aux jeunes Parisiens, qui sont “vraiment branchés bouffe à la new-yorkaise et mode de vie californien”. Pour le New York Times, cette nouvelle version du “street food”, une nouveauté en France, est bien partie pour faire ses preuves. Mais dans son enthousiasme, la journaliste oublie que la France ne se résume pas  aux quartiers du Louvre, du Canal Saint-Martin ou du Marché Saint-Honoré.