A New York, Fabius déjeune avec la “French Tech”

En costume-cravate, Thomas Gayno, jeune patron de start-up, reconnait que le Consulat n’est pas tout à fait un endroit “cool”. A mille lieues de son univers d’entrepreneur, de son gilet à capuche et de son espace de co-working à Williamsburg.

“Quand je vais revenir au bureau, on va me lancer des boulettes de papier”, sourit-il. “Mais j’aime beaucoup venir ici. Je trouve que c’est une très bonne idée, ces réunions entre entrepreneurs français du numérique. Chaque fois, je me fais des contacts intéressants, et c’est une bonne vitrine”, affirme le fondateur de Cord.

Depuis le mois de mai, le Consulat de France à New York organise des rencontres mensuelles entre entrepreneurs français, afin de renforcer cette communauté grandissante – ses services recensent, dans la ville, 200 Français ayant créé une start-up.

Et ce lundi 22 septembre, le “Club de la French Tech à New York” ne recevait pas n’importe qui : Laurent Fabius. Le ministre des Affaires étrangères a fait de la “diplomatie économique” sa priorité. “Tout ce qu’on peut faire pour vous appuyer, on doit le faire”, a-t-il déclaré à une quarantaine d’entrepreneurs français, à l’occasion d’un déjeuner arrosé au chablis, avec saumon et mousse au chocolat-framboise.

Face à lui, ces derniers ne tenaient pas de discours négatif sur l’hexagone. “La chance de la France, c’est la qualité de sa technologie. Les ingénieurs en France ne sont pas chers, ils sont bien formés, loyaux et créatifs. Ici, nous n’arrivons pas à recruter des ingénieurs, ou alors il faut proposer des plans de stocks-options très ambitieux”, regrette l’entrepreneur Frédéric Montagnon.

Mathieu Nouzareth, fondateur de la start-up de jeux vidéos FreshPlanet, s’est inquiété de l’image de la France auprès de ses partenaires. “Je voudrais créer une filiale en France, car les ingénieurs y sont meilleurs, et entre 30 et 50% moins chers qu’ici. Et puis, contrairement à ce qu’on peut penser, fiscalement, Paris est plus avantageux que New York. Le problème, c’est que mes investisseurs chinois et américains ont une énorme barrière psychologique vis-à-vis de la France. Le manque de flexibilité du travail est perçu comme un frein”, a-t-il lancé devant la salle.

Pour Emmanuel Schalit, le patron de Dashlane, une entreprise de gestion de mots de passe avec trois millions d’utilisateurs, ce n’est pas seulement une question d’image. “Pour rendre la France plus attractive, il faut changer la législation pour les petites entreprises. Entre le CAC 40 et les start-ups, les questions de droit du travail ne sont absolument pas les mêmes.” 

D’autres ont insisté sur les problématiques liées au capital-risque. Thomas Gayno a raconté les réticences qu’il avait rencontré lorsqu’il est allé voir des investisseurs français, afin qu’ils mettent de l’argent dans sa société, aux cotés d’Américains. “Ce serait bien de créer des relais pour les entreprises basées à l’étranger, afin qu’elles puissent lever plus facilement des fonds en France”, a-t-il proposé.

Autre sujet de débat : l’immigration. Plusieurs voix ont imploré le ministre d’œuvrer à l’assouplissement des conditions de délivrance des visas de travail pour les Français. Une source de blocages et de frustrations pour ces patrons. “Même pour faire venir des stagiaires, c’est très compliqué”, regrette Benjamin Bernet, fondateur de Doobop, une e-shop de produits de beauté.

Laurent Fabius a enfin évoqué la possibilité de monter New York un incubateur “French Tech Hub”, soutenu par l’Etat, comme à San Francisco. L’idée était soumise au débat. Mais certains sont déjà dubitatifs, comme Luc Hardy, à la tête de Sagax, un fonds d’investissement : “La problématique des entreprises, c’est de se développer et de se mélanger à leur environnement. Je ne suis pas certain qu’un building bleu-blanc-rouge soit vraiment un besoin.”