Les start-up françaises qui rêvent de conquérir la Silicon Valley

“Vous avez intérêt à me reveiller. Il faut me faire rêver” martèle Erica Lee, coach en communication face à une trentaine de jeunes entrepreneurs français. Dans les locaux d’UbiFrance, à San Francisco, ces créateurs de start-up peaufinent une dernière fois leur “pitch” comme on dit ici: 5 minutes et une présentation power point pour vendre leur produit et leur entreprise.
“On s’en prend plein la tête mais ça nous met dans le bain” assure Clément Moreau, le CEO de Sculptéo, une start-up basée en région parisienne qui propose un service d’impression 3D. Entre l’anglais qu’il faut maîtriser et les codes culturels qui sont différents, cela fait beaucoup de choses à intégrer. “En France, on nous demande comment on pense gagner de l’argent, quelle est notre stratégie d’accès au marché” explique Maxime Berthelot, 30 ans et fondateur de Neiio (en photo ci-contre avec Pierre Lafon, responsable commercial et Mehdi Yousfi Monod, responsable R&D). “Ici, on s’en fiche totalement, c’est le produit qui compte et la présentation a beaucoup d’importance” ajoute enthousiaste, le jeune entrepreneur. Sa société, créée il y a à peine un an à Montpellier, développe des applications pour la gestion de contacts.
Tous deux font partie des 15 start-up françaises, sélectionnées par UbiFrance et ses partenaires locaux, Ebay, Google, Microsoft, IBM ou Cisco, pour participer au 6ème French Tech Tour. “On fait venir ce qu’il y a de mieux en matière d’innovation technologique française et notre rôle est d’acccélerer leur immersion dans la Silicone Valley” explique Stéphane Alisse, directeur du bureau UbiFrance à San Francisco. Au programme donc, coaching, cessions de formation au marché américain, rendez-vous avec des clients et des partenaires potentiels et surtout networking.
L’aventure californienne fait rêver nombre d’entre eux. Certains sont venus préparer une implantion, d’autres chercher des clients ou même des investisseurs. “80% de notre marché est ici, aux Etats-Unis” affirme Clément Moreau de Sculptéo qui, après une dizaine de rendez-vous, espère bien conclure des ventes dans les semaines ou les mois qui viennent. Sofiane Elkaroui, co-fondateur d’Atonis, un moteur de recherche visuel et spatial, lui est venu tester le marché américain “les Français sont trop frileux, ils ne voient pas l’avantage des innovations. En 3 jours, ici on a dejà Sprint et AT&T qui sont intéressés par notre produit”.
Tout va vite, très vite dans la Silicone Valley s’accordent à dire ces entrepreneurs. “C’est plus facile pour une start-up comme la nôtre de débuter ici” confie Maxime Berthelot. Le jeune patron est venu avec deux de ses premiers salariés, car il envisage d’ouvir un bureau dans la région de San Francisco. Cette semaine, ils ont rencontré un investisseur qui pourrait être intéressé, “c’est un fond d’investissement “early stage”, mais ici on parle quand même de 3 millions de dollars” indique Maxime.

La techno française plaît

Point d’orgue de cette semaine en immersion californienne : le SF New Tech. Chaque mois, dans un bar branché de SOMA, à San Francisco, des créateurs de start-up viennent “pitcher” devant des développeurs, investisseurs et journalistes spécialisés. Ce soir, six des start-up françaises font une “démo” de leur produit. “Ca se passe dans une ambiance décontractée mais en même temps, il y a tous les passionnés de technologie de la ville” explique Stéphane Alisse. Le responsable d’UbiFrance se souvient même d’une jeune start-up française qui avait été repéré par Singtel, l’opérateur téléphonique de Singapour lors d’une telle soirée. “La technologie française n’est pas toujours packagée pour le marché américain mais souvent elle sort des labos, et elle est à l’avant-garde de l’innovation. C’est pour cela que les start-up françaises plaisent ici” ajoute Stéphane.

Tous ne repartiront pas avec plusieurs millions de dollars en poche mais l’aventure californienne ne s’arrêtera pas forcément à la fin de la semaine. La moitié des entreprises qui avaient participé à l’édition précédente du French Tech Tour ont depuis ouvert une filiale aux Etats-Unis.