“Les Misérables” made in the Bronx

« Les Misérables auront été une leçon de vie. Cela m’a appris à quel point il faut être déterminé pour faire entendre sa voix et pour réaliser des choses », résume Joy, 17 ans, les yeux pétillants, paquet de chips à la main. Il est 17 heures. La répétition quotidienne de « The Mis » a commencé depuis une heure. Nous sommes dans les couloirs de la Bronx Preparatory School, une charter school du South Bronx qui a mis en place un programme de théâtre des plus ambitieux. L’école réussit, chaque année, à monter une comédie musicale digne d’un show professionnel de Broadway. « Cette école n’a rien à voir avec une école publique, elle s’occupe vraiment de nous, elle nous pousse à sortir du lot », juge Nikisha, 15 ans, qui incarne la mère Thénardier et rêve d’être « comptable ou actrice, selon les jours ».  Joy et Nikisha ont grandi dans le Bronx,  le quartier le plus pauvre de New York, celui qui ne se défait pas de son image violente. « C’est un quartier qu’ils ont l’air d’oublier… Je ne sais pas qui est ‘ils’, mais ils n’y accordent pas la même attention qu’à Manhattan, c’est dommage. Nous méritons mieux », note Joy, songeuse.

Derrière elles, sur le mur, une carte de France a été punaisée. Les élèves y ont noté les lieux phares des Misérables. Ils se demandent à quoi ça ressemble, « en vrai ». Le travail reprend, les élèves ont leur livret en main, ils sont concentrés sur les partitions écrites dans les années 80 par Claude-Michel Schönberg, faisant du texte humaniste de Victor Hugo une comédie musicale. Les voix s’échauffent tandis que certains testent les techniques de relaxation enseignées par « Miss. Q ». Kate Quarfordt est leur professeur de théâtre. Cette jeune new-yorkaise à l’énergie spectaculaire transforme ces projets scolaires en des shows permettant aux élèves de postuler à des écoles d’art dramatiques ou de design réputées. Elle encadre 80 élèves de 10 à 18 ans dont une trentaine sur scène tandis que le reste s’occupe des décors et des costumes. « L’énorme différence avec les spectacles précédents, c’est la résonance de cette comédie musicale parmi les élèves », explique Kate Quarfordt, qui n’en revient toujours pas de l’implication des étudiants, leur motivation à aller se documenter sur le Paris du XIXème siècle dans lequel se déroule le roman de Victor Hugo. « Cette histoire d’injustice et de lutte centrée sur les gens de peu les a fait réfléchir à la réalité du Bronx aujourd’hui », constate-t-elle.

Un dimanche, les familles ont été conviées aux répétitions afin de comprendre ce que leurs enfants fabriquent dans cette classe de théâtre. Kate Quarfordt invite les élèves à prendre la parole. Miguel se lève : « Je joue plusieurs petits rôles et je m’occupe des chorégraphies de luttes, commence le jeune homme d’origine portoricaine. Je n’avais pas envie de m’impliquer au début, je suis tellement timide que je ne pensais pas y arriver », raconte-t-il en baissant les yeux. « Puis j’ai commencé à découvrir la pièce et ce fut une leçon d’histoire, une leçon d’espoir aussi. L’histoire de Jean Valjean, c’est celle de mon frère, il a été emprisonné pour quelque chose de vraiment pas grave. Quand il est sorti, personne n’a voulu lui donner de travail, comme Valjean. Puis un organisme de charité lui a redonné sa chance. Voilà… On doit avoir du cœur, on doit s’entraider », termine-t-il, sous les applaudissements et les « Amen » des familles.

George, jouant Jean Valjean, prend le relais. « Mon personnage incarne l’espoir. Son histoire signifie qu’on peut toujours se lever pour défendre ses droits », explique-t-il à l’assemblée. Il lève son verre de coca, « Au courage ! ». La répétition reprend. Hakeem, incarnant le père Thénardier enfile son costume et garde ses Nike. De sa voix grave, sur un ton doux, il explique qu’il veut être chanteur. « Mais pas de hip hop ! On ne fait pas tous du hip hop ici. J’ai fondé un groupe de punk rock et j’y crois beaucoup. » Il conclut, « il faut retenir la dernière phrase de la comédie musicale, elle éclaire tout le reste. Cette phrase dit : Aimer quelqu’un, c’est voir le visage de dieu. Si nous tenons à quelque chose ou à quelqu’un, battons-nous. »

Informations pratiques :

Les  Misérables : les 21, 22 et 23 mai, à 19 heures, sur la scène de la Bronx Preparatory School située au : 3872, Third Avenue. Bronx, NY – 10457. Tickets disponibles en ligne, en cliquant ici