Les Champs-Élysées, avenue américaine

Crédit: Mathieu Willcocks (The New York Times)

La France ressemble-t-elle de plus en plus aux Etats-Unis? Américanisation de la vie politique, Valérie Trierweiler en Eleanore Roosevelt française et surtout transformation des Champs-Élysées en avenue yankee : à la lecture de la presse américaine la semaine passée, on peut se poser la question.

Les Champs-Élysées, USA

C’est le New York Times qui se demande si la plus belle avenue du monde est toujours française, dans un article au titre évocateur: “Les Champs-Élysées, centre commercial d’Amérique“. Car, pour le quotidien, les mythiques Champs-Élysées sont en train de s’américaniser à vitesse grand « V ». « Banana Republic vient d’ouvrir un magasin, et Levi’s dispose d’un espace immense et flambant neuf, non loin du nouveau H&M. Ils sont en concurrence avec Gap, Nike, Tommy Hilfiger et Abercrombie & Fitch.” Le quotidien ajoute, sur un ton ironique : “Au moins Tiffany & Co vient s’installer à la place d’un fast-food.” Le journal cite le responsable de l’association des commerçants locaux, qui compare les Champs à « Fifth Avenue » car « ils sont une vitrine du commerce global ». Mais le New York Times s’empresse de rectifier. « C’est plutôt Times Square, en réalité » en évoquant les chiffres de fréquentation de la plus belle avenue du monde.

Entre les lignes transparaît un reproche qui est souvent fait au rouleau compresseur culturel américain : la peur de l’uniformisation. Les Champs-Élysées traversent le même processus. Première conséquence de cette “invasion de la consommation de masse américaine“: la disparition des Parisiens. Désertée par les habitants et adulée par les touristes, l’avenue ne serait “plus un endroit ” pour les habitants de la capitale. « Peu de Parisiens qui ne travaillent pas dans le quartier vont sur les Champs-Élysées, la considérant comme un lieu de banlieusards et de touristes. Beaucoup de ces derniers sont de riches Arabes qui cherchent les boîtes de nuit.” Autre conséquence : la montée en puissance des grandes chaînes au profit des petits commerces. Le quotidien donne la parole au propriétaire du cinéma Le Balzac, qui résiste toujours à l’envahisseur américain en servant du café de qualité et en accueillant les cinéphiles sur le pas de la porte. « Nous devons préserver la variété de cette avenue, selon Jean-Jacques Schpoliansky. C’est important pour la France. C’est ma mission de faire revenir (les clients) et faire oublier l’image d’une rue qui perd son âme.»

Valérie Trierweiler, l’Américaine

Il n’y a pas que les Champs-Élysées qui s’américanisent. Pour The Daily Beast , la vie politique française aussi. Pour l’illustrer, le site d’information ressort de son chapeau le fameux « Twittergate » de Valérie Trierweiler. “Une bombe à fragmentation multiple” qui trahit une “américanisation néfaste de la vie publique en France“. Le mélange du people et du politique ne date pourtant pas d’hier. Le quotidien en profite pour revenir sur l’ère Sarkozy, qui marque le début de cette « peoplisation », voire starification de la vie politique, très américaine, avant de basculer sur l’affaire du tweet. “Soudain, une querelle de vieux amants devient une affaire d’État. Les opposants politiques se moquent ‘Vaudeville!’ et ‘Dallas à l’Élysée’. Le premier ministre a demandé à la Première dame de faire preuve de plus de discrétion“.

Le Daily Beast ne manque pas de relever les ressemblances entre la Première dame francaise et une autre Première dame, américaine elle. “Dans sa critique de la biographie Eleanor Roosevelt: First Lady et Rebelle, Valérie Trierweiler félicite la Première dame américaine, qui ‘refuse d’être réduite au silence’, et applaudit ses qualités de journaliste. Trierweiler écrit : ‘Non seulement la presse américaine ne voit aucune raison d’en débattre, mais au contraire, Eleanor Roosevelt est devenue, grâce à la chronique qu’elle a écrit jusqu’à sa mort, très populaire.” Valérie Trierweiler est-elle en réalité américaine? Pas vraiment. A propos de sa double-casquette de First Lady et de journaliste,“Ségolène Royal le dit : ‘Aux États-Unis, cela ne se serait pas passé comme ça. Cette femme n’a aucune éthique professionnelle!“.

Cachez-moi ce sein de Kate Middleton !

Après avoir dévoilé les histoires privées de l’Élysée, la presse française s’est attaquée à la famille royale d’Angleterre. Des photos de la princesse Kate Middleton à moitié nue ont été publiées dans la version française du magazine Closer. Un comble pour CNN : “La France n’a-t-elle pas les lois les plus strictes en matière de respect de la vie privée?” s’interroge la chaîne sur son site, en rappelant que «la nation n’a appris l’existence de la seconde famille de François Mitterrand qu’après sa mort ». « Après Diana, comment des photos intimes du couple royal ont-elles pu être publiées en France? », se demande CNN. La justice française a finalement condamné le magazine et empêché la publication des clichés. Finalement, il y a bien un domaine où la France reste la France.