Les Américains ont découvert le doublage de films; Charles Fathy en a fait son business

Charles Fathy, le fondateur d'Encore Voices, dans ses studios. /Photo DR

De l’acting au doublage, il n’y a qu’un pas. Surtout à Los Angeles. Comme beaucoup, Charles Fathy a quitté son pays d’origine (la France en l’occurrence en 1996), pour développer sa carrière d’acteur. Fasciné par les westerns, il choisit alors la Mecque du cinéma, Hollywood. “Mais assez rapidement, j’ai vu la difficulté pour trouver du travail dans ce domaine, et j’ai été amené à faire du doublage. Presque exclusivement pour les compagnies aériennes, au début.”

Il évolue dans ce milieu, qui était très fermé en France, voire inaccessible pour les acteurs de formation. Jusqu’en 2008 où il décide de fonder Encore Voices, sa boîte de doublage. “Il y avait de plus en plus de demandes de doublages en langue française, que ce soit pour les avions ou le marché du DVD”, se souvient-il. Pour lui, c’est une manière de “rendre la pareille” pour les acteurs fraîchement débarqués de France, et qui se retrouvent bredouilles, perdus entre les auditions et les échecs de casting.

Il démarre avec une quinzaine d’acteurs français, atteignant aujourd’hui la centaine ; et s’entoure de traducteurs-adaptateurs, de directeurs de casting et de directeurs de plateau. Et quand on lui demande du Français canadien, il agrandit son équipe et s’ouvre à ce marché. Les demandes se multiplient pour de l’italien, de l’allemand, de l’espagnol… “Et depuis trois ans, il y a une demande énorme de doublage en anglais des films étrangers, émanant des plateformes de streaming”, se réjouit celui qui a ajouté une corde à son arc.

“Le doublage en anglais était jusqu’alors très mal perçu, et associé aux films de Kung-fu. Il y avait beaucoup de levées de boucliers, on a dû montrer qu’on pouvait bien le faire.” Car, comme le rappelle Charles Fathy, l’art du doublage est né en France en même temps que le cinéma parlant, dans les années 30. Le pays a notamment inventé la technique exigeante de la “bande rythmo” – bande horizontale défilant au bas de l’écran et comportant le texte que doivent prononcer les acteurs faisant les voix des personnages ainsi que les sons qu’ils doivent reproduire – qui nécessite une bonne mémoire. Charles Fathy a alors voulu simplifier cette technique et l’adapter numériquement, développant avec la compagnie VoiceQ un software qu’il nomme “le karaoké pour les acteurs”. Une méthode qui a notamment séduit les Américains voulant faire du doublage avec Encore Voices, qui utilise des studios à Santa Monica et Burbank.

Ainsi, l’entreprise est devenue “la plus grosse boîte de doublage en anglais”, réalisant 8300 minutes de doublage en différentes langues chaque année. L’entreprise travaille aussi bien avec des producteurs indépendants, que des plateformes de streaming. Elle a ainsi participé au doublage, en collaboration avec les studios Roundabout, des films et séries tels que “I Lost My Body”, “La Vie Scolaire” et “Plan Coeur”, mais aussi des documentaires sur le flamenco, la salsa et le tango pour Redbull, ainsi que des pubs pour Gillette ou l’audio-description du dernier “Terminator”. Mais Charles Fathy l’avoue : “sur les deux dernières années, 90 % de notre production est en anglais.”

Une entreprise “hybride” depuis l’épidémie

Avec la crise sanitaire et les mesures de confinement, l’industrie du cinéma a souffert. Moins celle du doublage. Charles Fathy a ainsi décidé de trouver une alternative à distance, en proposant du doublage à domicile. C’est notamment ce qu’il a fait pour la série italienne “Curon”, où les acteurs et actrices ont enregistré de chez eux. “Techniquement, ils n’ont besoin que d’un ordinateur, un micro et un lieu sans pollution sonore (bruits de fond ou échos). On leur a notamment suggéré des petits studios maisons pour absorber les bruits”, ajoute-t-il. “J’ai voulu trouver plus qu’une solution de secours, une solution pérenne.”

Car aujourd’hui, Encore Voices se définit comme “une compagnie hybride”, qui offre du doublage à domicile et en studios. “On se prépare à un reconfinement pour les business non essentiel comme le nôtre. Ca nous offre des studios virtuels.”

Ayant survolé la crise, il n’en craint pas moins la suite. “Un arrêt de l’industrie cinématographique prolongé ne nous a pas affecté directement, mais il pourrait nous affecter dans plusieurs mois.”

Dédié au doublage et à son entreprise, l’acteur français poursuit quand il le peut la comédie, ayant notamment joué dans la pièce “A Picasso” en France et à l’international. “Un de mes projets reste de produire la version anglaise d’une pièce de théâtre française connue.”