Pourquoi les Américains fument-ils moins que les Français ?

Vous avez l’impression qu’on fume moins aux Etats-Unis qu’en France? Normal, c’est le cas: 18% de la population américaine fume contre 30% de la population française (chiffres de 2012), selon l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME), qui signe l’étude comparative la plus récente sur le sujet. Pourquoi un tel écart ? C’est la question bête de la semaine.

La première raison est historique. Si Christophe Colomb a découvert le tabac en Amérique en 1492, c’est en Europe que son industrie se développe. L’Etat français établit au début du XIIe siècle un premier impôt sur l’exportation du tabac et, en 1811, Napoléon 1er  rétablit un monopole d’Etat sur le tabac pour en contrôler la production et la vente.

Aux Etats-Unis comme en France, l’apogée de la cigarette a lieu pendant les deux guerres mondiales et se poursuit jusqu’à la fin des années cinquante. Les militaires sur le front constituaient en effet un coeur de cible idéal pour le marché du tabac. La cigarette était alors associée à des valeurs de liberté et de courage. Selon l’AFP, 42% des Américains fumaient il y a 50 ans, et les cigarettes, elles, étaient autorisées partout. Il suffit de regarder une série comme “Mad Men” pour s’en rendre compte. Les médecins et même le Père Noël revendiquaient les bienfaits du tabac à coup de “Camel”, “Lucky Strike”, “Chesterfield”, “Philip Morris”…

Si les Américains fument moins, c’est aussi parce que les lois anti-tabac sont beaucoup plus restrictives, et plus anciennes. Des grandes campagnes des années 60 à la loi anti-tabac de 2009 de Barack Obama, la bataille fait rage ici. Cette dernière loi fut perçue à l’époque comme la loi la plus restrictive jamais adoptée aux Etats-Unis. Elle avait pour but d’abaisser le taux de nicotine dans les cigarettes, d’interdire les parfums sucrés à destination des jeunes, et de bannir des termes comme “light” (légère) pouvant induire les consommateurs en erreur.

Ces lois ont eu pour effet de rendre la clope quasiment amorale. Pour Phil, New-Yorkais de 29 ans, la société américaine se montre “oppressive” envers les fumeurs. “C’est très mal vu aujourd’hui.” Comme en témoigne, par ailleurs, le nombre de sites et magazines people américains qui se plaisent à conspuer les célébrités qui fument.

Ajoutez à cela le caractère frondeur des Gaulois… Dans un article du Christian Science Monitor, le journaliste américain se demande pourquoi les Français n’arrêtent pas de fumer. Il cite alors Yves Martinet, président du Comité national contre le tabagisme (CNTC) :”Les Français sont bons pour créer des lois, mais pas pour les suivre.” Si la future loi de santé, annoncée le 19 juin dernier par Marisol Touraine, prévoit la vente de paquets de cigarettes neutres (sans couleur ni logo), le Français, lui, s’affiche toujours résolument la clope au bec…