“Les Adieux à la reine”, plongée dans la fin d’un règne

Oubliée l’image de Marie-Antoinette, capricieuse et excentrique, que l’on retrouve dans le film de Sofia Coppola. Dans Les Adieux à la reine, Marie-Antoinette, interprétée par Diane Kruger, fait froid dans le dos. Le film de Benoît Jacquot raconte les quatre derniers jours de la cour, à Versailles, avant la prise de la Bastille en juillet 1789. Quatre jours où un monde de désinvolture et d’insouciance sombre dans la panique, rattrapé par les tumultes de Paris. Le film est raconté du point de vue de Léa Seydoux, envoutante dans le rôle de Sidonie Laborde, lectrice de la reine. Prise dans le tourment de cette période charnière, la jeune femme se retrouve happée par sa dévotion pour Marie-Antoinette.

Une dévotion difficile à définir, même pour son réalisateur, Benoît Jacquot. « Je parle souvent de servitude volontaire, définie par Etienne de La Boétie, explique le réalisateur, mais ce terme lui même est ambigu, c’est un comportement proche de l’idolâtrie, de la passion, souvent aliénante ».

Benoît Jacquot s’est inspiré du livre éponyme de Chantal Thomas (Prix Fémina 2002). Mais a donné à la quinquagénaire du roman, les traits candides de Léa Seydoux. « Je voulais une Sidonie jeune, vulnérable et influençable, justifie le réalisateur. Elle passe dans le film de l’adolescence à un monde adulte, à sa dureté ».

Regard féminin, temps concentré, unité de lieu. On retrouve dans ce huis clos trois éléments caractéristiques des films de Benoît Jacquot. « Tout s’accélère dans un espace-temps condensé, explique le réalisateur. Cette histoire me fait penser à des situations de naufrage ou à l’insurrection en Tunisie. La famille Ben Ali amise à la porte en quelques mois, après des dizaines d’années au pouvoir. On retrouve dans le film cette panique qui s’est emparée d’eux au point de foutre le camp. Les Tunisiens appelaient d’ailleurs Madame Ben Ali, Marie-Antoinette. »

Le film maintient le spectateur sous tension. Entre drame intime et affaires publiques. Il se rapproche davantage du reportage que de la carte postale d’époque. La caméra, souvent portée à l’épaule, devient très présente. « C’est presque un personnage à part entière », pointe Benoît Jacquot. Avec elle, le spectateur vibre dans ce film réussit, haletant et sensuel. Sortie le 13 juillet, à temps pour la fête nationale. Un hasard du calendrier?

Infos pratiques : 

“Les Adieux à la reine”, au Lincoln Plaza Cinema, à New York. Sortie vendredi 13 juillet. 1886 Broadway. Tickets 12$. Plus d’informations ici