L’épopée des Amérindiens du World Trade Center

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Ciel d’acier, de Michel Moutot, éditions Arléa, 522 p., 22 €

Journaliste à l’AFP et ancien correspondant à New York, Michel Moutot a publié Ciel d’acier, un roman sur l’épopée de la tribu Mohawk, ces Amérindiens réputés pour ne pas avoir le vertige et qui ont contribué à la construction des gratte-ciels new-yorkais.

Émouvant, réaliste, prenant… un documentaire-fiction de 500 pages qui se dévore. A l’occasion du 14ème anniversaire du 11 septembre, Michel Moutot revient pour French Morning sur les Mohawks et leur rôle dans la construction du World Trade Center.

French Morning: Comment vous est venue l’idée d’écrire sur les Mohawks?

Michel Moutot: J’étais correspondant à New York au moment du 11 septembre. Tous les matins pendant deux mois, j’allais à Ground Zéro pour faire un papier ou un reportage. Tous les jours il fallait trouver le moyen de raconter un peu la même histoire mais différemment, avec des interlocuteurs nouveaux. Sauveteurs, pompiers, secouristes…. tous y sont passés. Et alors que je parlais avec un pompier, je vois passer deux gars dont un avec une grande tresse dans le dos : manifestement des Indiens. C’était environ une semaine après les attentats. Je me dis, eux, je ne les ai pas encore interviewés. Donc je vais voir le gars, qui refuse absolument de me parler. Il n’en a rien à faire, il n’a pas besoin de pub. Du coup je trouve un autre type, ancien ironworker dont le frère est toujours en activité. Je commence à faire mon premier papier là-dessus, à me renseigner, je lis beaucoup sur le sujet. Ce sont des Indiens du Canada. Ce sont eux qui ont construit New York, ils ont construit l’Amérique. J’ai tout de suite adoré leur histoire. Petit garçon, j’aimais les indiens d’Amérique, je jouais aux cowboys et aux indiens.

Je suis rentré à Paris en 2003 avec dans un coin de ma tête, l’idée que l’histoire de ces ironworkers était tellement romanesque qu’il fallait en faire un roman.

Comment se sont passées vos recherches?

Les semaines qui ont suivi 9/11 étaient compliquées pour moi car en tant que journaliste je n’avais pas le droit d’approcher les lieux de l’accident. A l’époque, cela m’énervait mais je m’aperçois que cela m’a sauvé la vie, parce que si j’avais respiré ce qu’ils ont respiré… aujourd’hui j’aurais un cancer. J’avais donc installé mon QG près d’un semi-remorque Mac Donald’s qui servait des hamburgers gratuitement à tous ceux qui travaillaient dans la zone. Les gars s’arrêtaient pour manger, boire un café en sortant de Ground Zéro. Je passais mes journées là et c’est comme cela que j’ai fini par trouver un Mohawk. Plus tard, je suis monté à la réserve de Kahnawake où j’ai rencontré trois anciens ironworkers du World Trade Center. Il y en a un qui m’a servi de modèle pour un personnage. Aujourd’hui ils sont à la retraite, il m’ont raconté leur histoire et moi j’ai romancé tout ça.

C’est donc en partie de la fiction ?

Tout ce qui se passe à propos de 9/11 est absolument vrai, en revanche, les personnages je les ai inventés… j’ai pris plusieurs personnages réels et j’ai créé un personnage avec.

Pourquoi cette tribu reste méconnue ?

D’abord parce que ce sont des gens discrets. C’est aussi ce que j’ai aimé chez eux, ils sont extrêmement fiers de ce qu’ils font mais ne cherchent pas la publicité. Dans un monde de communication c’est assez rafraîchissant. Ils ont toujours été très bien payés. On dit souvent que ce sont les cols bleus les mieux payés d’Amérique… C’est vrai : 100 dollars de l’heure. Leur savoir-faire remonte à six générations. Donc ils sont toujours demandés dans tout le pays et même bien au delà de New York. Il n’y a pas eu un seul gratte-ciel construit sans au moins une équipe de Mohawk.

N’ont-ils réellement pas peur du vide?

Pourquoi voudriez-vous qu’ils n’aient pas le vertige? D’une certaine façon cette légende ne les dérange pas et ça les rend un peu à part, un peu spéciaux.

C’est un moment particulier pour vous le 11 septembre?

Bien sûr ! J’ai couvert pas mal de conflits pour l’AFP mais c’est la plus grosse et incroyable histoire que j’ai jamais couverte.

 

 

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Ciel d’acier, de Michel Moutot, éditions Arléa, 522 p., 22 €