Législatives 2017: le gouvernement enterre le vote par internet

Les Français de l’étranger n’auront pas la possibilité de voter par internet lors des élections législatives de 2017. C’est Matthias Fekl, secrétaire d’Etat aux Français établis hors de France, qui l’a déclaré lundi matin devant les élus de l’Assemblée des Français de l’Etranger (AFE) réunis à Paris.

Dans un communiqué, le gouvernement cite des raisons de sécurité pour motiver sa décision. “Cette décision a été prise sur la base des recommandations des experts de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes informatiques et en tenant compte du niveau de menace extrêmement élevé de cyberattaques qui pourrait affecter le déroulement du vote électronique, explique le Quai d’Orsay. En raison de ce contexte, il a été jugé préférable de ne prendre aucun risque de nature à compromettre le scrutin législatif pour les Français de l’étranger”. 

La décision porte sur l’ensemble des onze circonscriptions des Français établis hors de France, des territoires parfois énormes où le vote par internet permettait à des électeurs éloignés des bureaux de vote de participer.

La décision a été critiquée par plusieurs élus. “Hallucinant” s’est exclamé Thierry Mariani, député LR des Français hors de France dans un tweet, tandis que l’ancienne secrétaire d’Etat chargée du Numérique Axelle Lemaire parle de “déni démocratique”. Pierre-Yves Le Borgn’, député PS des Français de l’étranger, évoque une “catastrophe“. Député des Français d’Amérique du Nord, Frédéric Lefebvre a, quant à lui, mis en ligne une pétition et envoyé une lettre au président de la république pour solliciter un entretien visant à “étudier les solutions à même d’empêcher ce recul démocratique.

C’est une catastrophe, reprend en choeur Damien Regnard, élu AFE aux Etats-Unis et ancien candidat à l’élection législative de 2013. Aux Etats-Unis, lors de la législative de 2013, 60% des votes sont venus d’internet!“. Selon l’élu, qui a assisté au discours du secrétaire d’Etat, celui-ci a cité le “hacking” de plusieurs e-mails de responsables du parti démocrate lors de la campagne présidentielle de 2016 ainsi que la cyber-attaque contre TV5 Monde en 2015 pour justifier sa décision. “C’est effarant“, dit-il, très remonté.

Plus conciliant, Yan Chantrel, candidat du PS pour la législative en Amérique du nord, a souligné dans une newsletter envoyée lundi que les deux tests réalisés sur le vote électronique il y a quelques mois, “ont révélé des difficultés à garantir l’intégrité du scrutin face aux risques de cyberattaques“. Et de plaider pour trouver des “solutions qui préservent la démocratie, sans pour autant ignorer le contexte délicat en terme de cybersécurité auquel nous devons faire face“.

Le Ministère des Affaires Etrangères promet que les électeurs français à l’étranger pourront “exercer leur droit de vote à l’urne dans les mêmes conditions que lors de l’élection présidentielle” et “les votes par correspondance et par procuration seront facilités et encouragés“. La date butoir pour s’inscrire au vote par procuration a été étendue au 31 mars.