Législatives 2017: la bataille pour l’Amérique du Nord est lancée

Si vous êtes électeur français aux Etats-Unis et au Canada, votre devoir civique ne s’est pas arrêté au second tour de la présidentielle. Vous êtes maintenant appelé aux urnes les 3 et 17 juin (et non les 11 et 18 juin comme en métropole) pour élire un député qui représentera les Français d’Amérique du Nord à l’Assemblée nationale pendant cinq ans.

La campagne bat déjà son plein. Tous les principaux partis représentés à la présidentielle (Les Républicains, En Marche!, Parti socialiste, Front National, France Insoumise) ont investi des candidats pour cette élection. Plusieurs candidatures “citoyennes” sont également en lice, dont celle du “premier marié gay de France” Vincent Boileau-Autin. La liste officielle doit être dévoilée dans la semaine, une fois que les dossiers de candidatures auront été validés.

En Marche! “optimiste” 

La performance du candidat d’En Marche! Roland Lescure sera scrutée de près. Investi le 11 mai par La République En Marche!, cet économiste a quitté début avril son poste lucratif de numéro 2 de la Caisse de dépôt et placement québécoise pour faire campagne pour Emmanuel Macron. Malgré les scores du nouveau président dans la circonscription (51% pour Emmanuel Macron au premier tour et 92% au second), on se garde de fanfaronner au sein de l’équipe de campagne du candidat. “On est optimiste mais pas triomphaliste, résume Christopher Weissberg, directeur de campagne de Roland Lescure. Nous sommes un nouveau parti. C’est un défi de savoir comment les Français d’ici vont réagir à cette nouvelle offre politique“.

Lefebvre au-dessus des partis

Pour sa part, le député sortant Frédéric Lefebvre (Les Républicains) poursuit sa course au centre, quitte à se mettre à dos les “fillonistes” de la circonscription. En marge du lancement de sa campagne de réélection à San Francisco, vendredi, il a rappelé qu’il était de droite mais qu’il mettrait “patrie avant parti. Ce positionnement n’est pas nouveau pour l’élu. En 2015, il avait pris le contre-pied de son camp en appelant à voter la loi Macron. Ces prises de positions, et d’autres, ont poussé Nicolas Sarkozy, alors président du parti, à geler sa ré-investiture. Depuis l’élection présidentielle, il a multiplié les signes d’ouverture. La semaine dernière, il a notamment publié une tribune dans le magazine Valeurs Actuelles appelant François Baroin et Laurent Wauquiez à ne pas être dans “l’opposition systématique“. “Je veux pour notre pays que cette présidence réussisse“, a-t-il écrit.

“La droite classique est orpheline”

Ce recentrage de Frédéric Lefebvre a libéré un espace à droite pour Damien Regnard (divers droite), qui se revendique “à 100% sur la ligne Baroin-Wauquiez“. Troisième homme de l’élection législative de 2013, cet élu à l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) et conseiller consulaire à la Nouvelle-Orléans se présente comme un homme de terrain bien implanté dans la circonscription. Il ne mâche pas ses mots contre le député sortant qu’il critique notamment pour son manque de présence et l’emploi de son épouse comme attachée parlementaire – un point que Frédéric Lefebvre assume et qu’il précise même sur son site de député. Surtout, il lui reproche d’avoir déserté sa famille politique. “La droite classique, républicaine est orpheline, lance-t-il. On mérite mieux. On mérite un député qui est un vrai Français établi hors de France, qui vote dans la circonscription”.

Il n’est pas convaincu que les Français d’Amérique du Nord tomberont pour La République en marche! “Il y a des limites au ni droite ni gauche, dit-il. Les 24 députés réinvestis par En Marche! sont tous des socialistes. À droite, la fuite qu’on nous avait prédite ne s’est pas produite. Certaines valeurs portées par En Marche! ne sont pas claires. J’attends des éclaircissements sur certains sujets comme la CSG, la protection sociale ou la sécurité“.

Le PS mouille la chemise

Tout comme Frédéric Lefebvre, le candidat investi par le PS, Yan Chantrel, prend aussi ses distances par rapport à son étiquette. Ce jeune élu à l’Assemblée des Français de l’étranger à Montréal se décrit avant tout comme un “progressiste d’Amérique du Nord” qui s’est reconnu dans les idées de Benoît Hamon et partage des points d’accords avec Emmanuel Macron.

Yan Chantrel compte tirer son épingle du jeu en rappelant qu’il est seul à défendre un programme “participatif“, nourri par les idées des électeurs de la circonscription, et qu’il fait campagne depuis “un an“, visitant des endroits reculés de la circonscription où ses adversaires n’ont pas mis les pieds. “Je suis le seul à avoir une démarche participative. Ça me donne une liberté par rapport aux autres car mon projet a été constitué en Amérique du Nord, raconte-t-il. En Amérique du Nord, les électeurs vont aller au-delà des étiquettes. Ils vont juger sur pièce, ce que nous avons dans le ventre et ce que nous faisons pour mériter leur confiance“, estime-t-il.

Ces candidats devront compter avec la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon, qui a remplacé à la dernière minute son ancienne candidate Eléonore Gachet par Clémentine Langlois, une Française d’Ottawa. Le Front National sera également présent au travers de Denis Franceskin, un proche de Marine Le Pen. Les candidats du Front National n’avaient pas fait campagne en 2012 et 2013, lors des précédents scrutins nord-américains. On verra si ce proche de Marine Le Pen parvient à améliorer les scores de sa championne, qui a recueilli un peu plus de 5% des suffrages en 2012 et 2017 au premier tour. Difficile aussi de dire quel sera l’impact des candidatures indépendantes.

Tous les candidats devront, en tout cas, composer avec deux obstacles majeurs: la durée très courte de la campagne – trois petites semaines – et l’absence de vote par internet, suspendu en raison du risque de cyber-attaque. Cette situation donnera une prime aux candidats qui auront le réseau le plus mobilisé. “On se dit que s’il y a une belle participation, on augmente nos chances, explique Christopher Weissberg, de La République En Marche!. La fin du vote par Internet nous contrarie, d’autant que la participation est historiquement faible pour ces élections“.