“Le parallèle entre la vieille Europe et la jeune Amérique est un enseignement quotidien”

Vous voilà honorée par le Lycée Français de New York. Pourquoi vous ont-ils choisie?

Stephan Haimo [président du board du Lycée] fait partie de l’association de développement de Sciences Po, que je préside aux Etats-Unis. Il m’a fait l’amitié de me demander de parler quelques minutes lors du dîner. Christine Lagarde m’avait précédée. Je n’avais aucune raison de ne pas accepter même si je connais mal le Lycée Français de New York car j’ai fait toutes mes études en France. Je pense qu’il voudrait entendre le point de vue d’une Française, journaliste, sur la vie américaine, la façon dont je vois la société américaine en y vivant. Je ne connaissais l’Amérique qu’en y venant de temps en temps.

En quoi votre regard a-t-il changé depuis que vous y vivez?

Ce qu’on voit outre-Altlantique du fonctionnement de la vie publique, politique et de la presse américaine n’est pas toujours exact. Je pense notamment aux pouvoirs relatifs entre le Président et le Congrès. C’est quelque chose que théoriquement, on sait difficile. A l’usage, nous voyons que c’est plus que cela : un équilibre permanent à la fois intéressant pour la démocratie et en même temps difficile pour gouverner.

Vous êtes toujours accro à l’actualité ?

Je suis journaliste dans l’âme et on ne se refait pas. Je lis les journaux français et américains tous les jours. Je suis l’actualité au plus près et j’en traite dans mon blog: la visite d’Hu Jintao à Washington, le discours sur l’Etat de l’Union… J’avais envie de créer ce blog pour des Francais intéressés par ce qui se passe aux Etats-Unis. Je l’avais commencé pendant la campagne présidentielle que j’ai suivie avec passion. Je trouve que le parallèle entre la vieille Europe et la jeune Amérique est un enseignement quotidien.

Vous contribuez à d’autres médias ?

J’ai suivi la campagne  présidentielle pour Canal Plus et Le Journal du Dimanche où je donnais les impressions d’une expatriée. Plus maintenant. Il m’est difficile d’avoir des contributions très régulières car je voyage beaucoup avec mon mari à travers la planète.  C’est pour cela que j’ai fait ce blog : pour rester en contact avec l’actualité et avec les gens. Par ailleurs, j’ai des travaux d’écriture personnels : un livre en chantier qui est un peu personnel et un livre en projet. Il correspond à ce que je suis, les rapports entre la politique et la presse,  aux Etats-Unis et en France. J’y réfléchis en ce moment, je n’en suis pas à l’écriture.

En quoi votre regard sur la politique française a-t-il changé?

Je ne m’exprime pas là-dessus.

Barack Obama a-t-il encore une marge de manœuvre ?

Il subit les  effets de la crise, du temps qui passe, de la déception forcément de l’action politique,  de l’obligation de  négocier avec le Congrès et de compromettre. Je  trouve l’atmosphère violente politiquement;  sans parler de la tuerie de  l’Arizona de l’autre jour;  la première décision  des républicains est  d’abroger la loi sur le système de santé… La popularité de Barack Obama a baissé mais il avait encore en novembre 47% d’opinion favorable, ce qui aurait fait rêver beaucoup de monde. Aujourd’hui, en ce mois de janvier, il est à 50%. Il ne se débrouille pas si mal ! Il n’a pas vraiment d’adversaire, d’autant que les républicains sont divisés notamment à cause du Tea Party. Je pense qu’il a toutes ses chances pour la prochaine échéance. J’ai été très impressionnée par ce président. Je forme des vœux pour qu’il puisse inscrire son action dans la durée.

En quoi l’atmosphère a-t-elle changé à Washington depuis son arrivée?

J’ai vu le soulagement. Washington vote à 92% pour les démocrates et il y a certainement un magnétisme qui se dégage de ce couple. Bien que les choses quotidiennes reprennent le dessus, l’atmosphère est plus légère.

Vous les avez rencontrés ?

Je les ai rencontrés de manière officielle lors du G20 qui a eu lieu à Londres il y a un an et demi mais n’ayant pas de fonction de journaliste réelle, je n’ai pas de demande d’interviews à formuler. En plus, pour connaître des anciens confrères correspondants français, je sais bien la difficulté de décrocher une interview pour une presse française qui intéresse peu ici.

Quel est votre rapport à New York ?

Je suis née à New York et je suis retournée en France à deux ans. Je suis revenue très régulièrement car mes grands-parents y vivaient. J’adore New York. Pour moi, la ville est synonyme de  fête. Enfant, j’y venais au moment de Noel  passer 15 jours. Pour une enfant dans les années 1960, c’était enchanteur : les pères Noel devant Saks, la neige à Central Park… J’ai gardé cette image très enchanteresse. En vieillissant, j’aime bien venir trois jours à New York et j’adore retrouver Washington,  qui est plus paisible et plus vivable quand on n’a plus vingt ans. Nous avons six enfants à nous deux et quatre sur six ont fait leurs études de troisième cycle à New York. Etre étudiant à New York ou à Columbia est une chance inouïe. Je les envie.

Le blog d’Anne Sinclair: Deux ou trois choses vues d’Amérique