Le New York de Catherine Malandrino

L’éclatante boutique de Catherine Malandrino dans le dernier quartier à la mode de Manhattan est à la hauteur du rêve éveillé de la créatrice française. Dans ce jardin d’Eden, une promenade épouse la forme d’un vallon, croise le reflet d’un lac et passe sous une vague de pluie où

chacune des gouttes de verre de la taille d’une ampoule a été soufflée à la bouche. Au centre de la jungle urbaine de New York, la créatrice française d’origine italienne s’amuse à coudre ensemble plusieurs horizons. Elle crée ses collections comme une superposition d’influences et de cultures différentes, destinée à «des clientes féminines et urbaines, cosmopolites et citoyennes du monde», explique-t-elle. Ce n’est donc pas un hasard si l’énergie new-yorkaise a stimulé sa sensibilité humaniste et universelle et si la capitale du monde lui a offert en retour la reconnaissance méritée. «C’est la curiosité m’a poussée à New York, liée à deux coups de foudre successifs, l’un pour un homme, Bernard Aidan, qui est devenu mon partenaire et mon mari, et le deuxième pour New York, la ville du futur, où les gens et les genres se mélangent. C’est cette ville qui m’a nourrie de toute son énergie et que j’ai retraduit à travers mon premier médium, les vêtements.»

Après avoir signé les silhouettes de la marque « Et Vous » en France, Catherine Malandrino a connu une ascension fulgurante aux Etats-Unis. New York lui a ouvert ses bras en 1997, quand, enceinte de son fils, elle débarque avec pour tout bagage sa passion et son instinct. « Dès mon arrivée, j’ai eu l’impression de faire partie de la ville. L’alchimie s’est opérée au cours des tous premiers jours. Par goût, par passion, par choix, c’est à Manhattan que tout a débuté », évoque-t-elle avec satisfaction. Par amour du travail aussi.
A ses débuts, elle collabore de jour avec Diane Von Furstenberg et travaille de nuit à sa propre ligne, dans son studio de Midtown.Sa première collection, Collages, en 1998, est repérée par la presse, puis par le grand magasin de luxe Bergdorff Goodman qui lui offre ses vitrines pendant la semaine de la mode de New York. C’est l’effet boule de neige: les autres adresses du luxe new-yorkais la réclament : Neiman Marcus, Bendell lui ouvrent leurs portes. « A New York, il y a très vite un engouement, un enthousiasme».

Neuf ans plus tard, ses tenues fraîches et sensuelles font des ravages parmi les célébrités d’Hollywood et sont vendues dans 250 points de vente dans le monde.Son enseigne compte sept boutiques, dont quatre à New York et dans ses environs, une à Los Angeles, deux en Italie, à Milan et Florence, et depuis le printemps 2006, une adresse parisienne. Assise sur le divan en arc-en-ciel vert acidulé de sa vaste boutique new-yorkaise ultra contemporaine, sa longue chevelure noire lui effleurant le dos comme un voile de Madone, celle qui est aujourd’hui à la tête d’une entreprise de 70 personnes vous explique, ses grands yeux droits dans les vôtres, qu’elle n’est pas surprise de se retrouver là. «J’ai voulu apporter une nouvelle proposition à une femme, qui soit à la fois ultra féminine mais urbaine, très raffinée mais avec un côté brut. Cette femme-là, avec sa garde-robe et son lifestyle, je l’aurais exprimée un jour ou l’autre, que ce soit à Paris ou à New York. Très forte de cette proposition, j’avance», confie-t-elle avec aplomb.

Confiante en sa bonne étoile, qui pourrait être une de celles du drapeau américain, la petite « Frenchie » a conquis le cœur de l’Amérique sans trahir son premier amour, le Vieux continent. « Je n’ai pas vécu le dépaysement comme une rupture. J’ai toujours une double vie avec Paris, en aller-retour. Je vis à New York huit mois par an, mais le reste de l’année, je suis en Europe.» En osmose avec le flux de vie de la métropole géante symbole de liberté, elle puise son inspiration dans cette ville frénétique et attachante, dans son architecture écrasante et éblouissante, dans les milliers de regards du melting-pot, dans le déroulement de ce film en continu qu’est l’histoire de New York. «Certaines icônes de la cité ont défini mon travail» dit-elle avec enthousiasme. En premier lieu, il y a le drapeau américain, ce « flag » qui a inspiré sa collection de l’été 2000. « Le drapeau aux Etats-Unis n’a pas la même symbolique qu’en France, où il a un petit côté patriotique désuet. Ici, il fait partie de l’identité américaine. L’« American flag » unit les Etats, mais aussi les états d’esprit.» Cette collection hommage à l’Amérique d’une petite française va propulser sa carrière. Son T-Shirt frappé de la bannière étoilée est adopté par une autre icône, Madonna en personne, qui le porte lors de sa tournée mondiale, imité ensuite par Julia roberts, Sharon Stone et Halle Berry.

Après ce baptême du feu réussi, Catherine Malandrino explore l’univers bouillonnant de Harlem et s’inspire notamment de l’Apollo Theater, la salle de concert mythique qui a lancé les géants du jazz et du bebop. Son voyage baigné de gospels dans ce Harlem coloré et populaire engendre « Halleluya », sa ligne de vêtements de l’hiver 2001. La même année, Catherine signe une garde-robe pour son amie la chanteuse hip-hop Mary J. Blige. Puis c’est le grand choc du 11 septembre, qu’elle vivra à Manhattan. «J’ai découvert une nation extraordinaire, qui, malgré l’émotion, renaissait de ses cendres après deux semaines, avec l’idée qu’il fallait continuer à aller de l’avant», relate celle qui porte une part de cet héritage douloureux commun aux New-yorkais. «J’ai approché la saison suivante d’une façon très inhabituelle pour moi. “Slam Princess”, dessinée après les attaques, était une collection très noire avec des silhouettes représentant des armures, une collection plus agressive et plus protectrice qu’à l’habitude».
Comme un rite de passage symbolique, respirer les cendres ardentes des tours jumelles a sans doute transformé Catherine Malandrino en vraie new-yorkaise. Depuis, elle s’est parfaitement lovée dans la peau de cette princesse des villes. Elle a réaménagé un appartement en loft lumineux le long de l’East River, « pour ne pas oublier que New York est une île mais qu’on y ressent un sentiment d’espace et de liberté.» Elle sillonne l’immense échiquier dans une Jaguar vieux modèle, entre ses bureaux de Midtown et ses boutiques de Downtown. «Ainsi, j’ai l’impression de voyager sur l’île, de vivre tout Manhattan,» explique cette âme nomade.

Adoptant les us et coutumes de la Jet-set américaine, elle aime prendre l’air dès les beaux jours avec son époux Bernard et leur fils sur les plages des Hamptons, ce paradis sablonneux à deux heures de New York, où elle possède deux boutiques. Celle qui avait l’habitude de s’évader à cheval dans Central Park monte maintenant dans ce bijou de nature, où Steven Spielberg possède un haras. L’été, elle part se reposer une semaine au soleil de Saint Paul de Vence, dans le sud de la France. Mais elle peut aussi s’envoler à destination des Bahamas pour le week-end, même si elle se décrit avant tout comme urbaine. « Ce sont les villes qui m’animent. Je me ressource à travers mes voyages, de Tokyo à Pékin, de New York à Paris ou Milan» .

De retour à Manhattan, elle reprend son souffle au célèbre club privé Soho House, son « cocon », situé à deux pas de sa boutique dans le très branché Meatpacking District. Elle organise ses rendez-vous,et tient ses déjeuners d’affaires à cette adresse très sélecte, où ont été tournés des épisodes de Sex in the City. Mais la créatrice en vogue y vient aussi en famille, pour passer un moment au bord de la piscine ou dans les espaces de relaxation, comme la bibliothèque ou la salle de projection privée. Elle retrouve alors ses clientes et amies comme Sarah Jessica Parker, Uma Thurman ou Mary J. Blige, membres comme elle de ce club VIP. « La Soho House est un lieu de rencontres et d’échanges qui illustre bien New York, avec son grand toit terrasse qui donne une vue sur Downtown».


Touchée par la grâce outre-Atlantique, Catherine n’a jamais renié pour autant ses racines françaises.Celle qui définit son style comme un mélange de tradition et d’innovation est aussi sensible à la romance de Paris qu’aux pulsations new-yorkaises. L’élégance française des actrices comme Catherine Deneuve dans « Belle de Jour » et Romy Schneider dans « La Piscine » est resté pour elle une référence immuable.Il était donc naturel que l’artiste métisse ait eu envie de se rapprocher de sa clientèle parisienne et européenne. « La femme que j’habille est autant à Paris, qu’à New York, à Tokyo ou à Bruxelles.C’est une femme qui voyage, qui est curieuse». Le style sans frontières de Catherine Malandrino fait escale à Paris, dans sa nouvelle boutique de la rue de Grenelle, au cœur du quartier Saint Germain, inaugurée au printemps 2006.

Dans les valises de cette créatrice voyageuse infatigable et exaltée, une première collection d’accessoires, avec une ligne de chaussures pour l’été et des sacs qui suivront à l’automne. Inlassable et toujours prête à se jeter dans des nouveaux projets créatifs, cette artiste polyvalente mute dans la peau de l’architecte d’intérieur pour transformer un palais renaissance italien du Quattrocento en hôtel de luxe. Une étape nouvelle qu’elle considère comme une extension naturelle à son travail de création. «J’imagine toujours la femme que j’habille dans son environnement, ce qu’elle vit, par qui elle est accompagnée, comment elle respire, les draps dans lesquels elle se couche, la façon dont elle dresse sa table». Pour ce somptueux projet hôtelier, Catherine Malandrino met tous ses sens en éveil pour penser l’aménagement d’intérieur des parties communes, bar, restaurant, entrée, ainsi que des suites de cette adresse exclusive, située entre le Dôme et la Chapelle Médicis de Florence. « Je reste très concentrée sur ma mission qui est celle de rendre la vie des femmes plus belle encore. C’est autour de ce dessein-là que je travaille, dans ma vie professionnelle comme dans ma vie privée».

Quel regard cette artiste complète et apparemment comblée porte-t-elle sur sa réussite? «Je considère ma vie comme passionnante et aussi en progression, « a work in progress». J’ai l’impression de dessiner ma vie comme je dessine mes robes, jour après jour. Ma vie professionnelle et ma vie privée sont imbriquées, c’est une vie à trois qui me ressemble et qui est notre plus belle œuvre».

Les Bonnes adresses new-yorkaises de Catherine Malandrino

Soho House
29-35 9th Ave. (at 13th street), Meatpacking district
212 627 9800/4766
« Ce club privé est ma deuxième maison »

Matsuri (Restaurant japonais)
363 W. 16th street (at 9th ave.), Chelsea
212 242 4300
Plats japonais délicieux dans une atmosphère « cool »

Pastis (Restaurant Franças)
9 9th Ave. (corner of little W. 12th street, Meatpacking
NY, NY 10014
212 929 4844
Pour un superbe brunch à la française

Florent (Restaurant français)
69 Gansevoort St. (between Greenwich and Washington Sts., 2 blocks south of 14th St.), Meatpacking.
212 989 5779
Pour les dîners tard dans la nuit et pour prendre un verre

PM (club)
50 Gansevoort St. (at Greenwich Street), Meatpacking
212 255 6676
Un club fréquenté par une foule intéressante et internationale

Pace Wildenstein Gallery
534 w.25th st. (between 10th and 11th avenues), Chelsea
212 929 7000 (Tues- Sat, 10am -6pm)
Pour de superbes expos photos

FIT Museum
FIT, 7th Ave., between 27th and 28th streets
212 217 5800 (Tues-Fri, 12pm -8pm, Sat 10am -5pm)
Pour des expos sur la mode

American Folk Art Museum
45 West 53rd St, (between 5th and 6th Avenues) Midtown
212 265 1040 (Tues – Sun, 10.30am – 5.30pm, Fri 10.30am – 7.30pm, closed Mondays)
Pour découvrir l’Amérique

Hell’s Kitchen Flea Market
West 39th Street from 9th – 10th Avenues, NY
212 243 5343 (Sat and Sun, 10am -6pm)
Pour des bonnes affaires vintage

Resurrection (Boutique vintage)
217 Mott Street (at Spring Street), Nolita
212 625 1374
Vintage des années 60-70

Marmalade (Boutique vintage)
172 Ludlow Street (near Houston Street), Lower East Side
212 473 8070 (open 1pm -9pm daily)
Vintage des années 50.

Screaming Mimis (Boutique vintage)
382 Lafayette Street (between E. 4th and Great Jones Street)
212 677 6464
Vintage des années 80.

Balduccis (Marché)
81 8th Avenue (at 14th street)
212 741 3700 (daily 9am -10pm)
Marché international où je trouve les meilleures délicatesses françaises

Abyssinian Baptist Church
132 Odell Clark Place (formerly w. 138th St.), between Adam Clayton Powell and Malcolm X Blvds, also known as 7th and Lenox Avenues, Harlem
212 862 7474
Pour de somptueux gospels

Apollo Theater
253 W. 125th St, Harlem
212 531 5300
Pour des concerts dans un cadre historique

Central Park – Ecole d’équitation
Claremont Stables, 175 W. 89th Street, Upper West Side
212 724 5100
Pour monter à cheval en plein Manhattan

Kiehl’s flagship store
109 3rd Avenue (between 13th and 14th Streets), Union Square
NY, NY 10003
212 677 3171
Où trouver mes produits de beauté favoris

Taxiboats (autour de Manhattan)
212 742 1969
La meilleure vue sur la ville