New York Times: Houellebecq et Zemmour “méritent d’être lus”

Revue de presse. A force d’analyses, la France et ses angoisses existentielles finiraient presque par devenir un cas d’école pour la presse anglo-saxonne.

Dans son article “Probing The Heart of French Malaise”, paru ce lundi 13 avril, le New York Times part chercher les origines du “malaise français” . Chercheur au sein du groupe conservateur Ethics and Public Policy Center, Pascal-Emmanuel Gobry partage son diagnostic dans une tribune à travers les livres controversés d’Eric Zemmour et Michel Houellebecq, qui selon lui “méritent d’être lus”.

“La France est au cœur d’un moment culturel  unique” analyse l’auteur, pour qui “une angoisse collective s’est cristallisée après que deux des écrivains les plus controversés du moment ont tiré la sonnette d’alarme sur une islamisation montante de la France, au moment même où les attentats de Charlie Hebdo anéantissaient la nation tout entière”.

Si les deux auteurs entrevoient dans un futur proche – Michel Houellebecq dans Soumission et Eric Zemmour dans Suicide français – une France victime de l’islamisme militant, il ne s’agirait là que d’un “subterfuge” pour évoquer un mal plus profond. Pour l’auteur, si “Zemmour est souvent à côté de la plaque dans son rôle de provocateur et pugiliste public”, le diagnostic de ces deux  “trublions intellectuels” vaut le coup d’œil.

Celui d’Eric Zemmour, pour sa perspective historique. L’auteur de Mélancolie française observe ce malaise national à travers le prisme de l’héritage romain, et ce rêve impérialiste très français d’étendre son hégémonie au monde entier. Rappelant les dégâts causés par plusieurs années de guerre après la Révolution française, et le “coup final” porté par la Seconde guerre mondiale, le journaliste conclut, sur les explications de Zemmour, qu’ “aujourd’hui, la sphère anglophone est le nouvel Empire Romain”. Et si “les Français se rassurent en pensant pouvoir être une capitale culturelle et intellectuelle, comme l’était Athènes pour Rome, ajoute-t-il, ce n’était pas ce dont ils rêvaient. D’où la mélancolie française”.

Houellebecq, “plus psychologue”, entrevoit dans Soumission une France perdue dans la “libération post-moderne” des moeurs , et qui, par manque de repères et de normes, plie sous le poids de l’islamisme.

 “C’est uniquement dans ce contexte (…) de perte de confiance et d’identité qu’il faut comprendre leurs avertissements sur l’islamisation de la France” conclut le chercheur, pour qui “le vrai point commun entre Zemmour et Houellebecq n’est pas la critique de l’Islam, qui n’est qu’un souci secondaire, mais de mettre le doigt sur les vraies blessures de l’âme française, trop souvent omises, et pour lesquelles, ils admettent ne pas avoir de remède”.

“Un pays qui marche, à sa manière”

Une déclaration à laquelle l’éditorialiste du New York Times et spécialiste des relations internationales Roger Cohen, n’a pas tardé à répondre, dans sa tribune “Confession of a francophile”, parue ce mardi 14 avril. “Comme je l’ai déjà dit, le ‘malaise’ est à la France ce que la famille royale est à l’Angleterre : une condition pérenne dont chacun s’accommode” , rétorque-t-il, visiblement remonté par cet “énième article sur le déclin et le malaise français” . 

Et au-delà de la beauté romanesque de sa capitale, où les matins calmes “laissent entendre les talons des femmes claquer sur les trottoirs”, la France reste, pour lui, “un pays qui marche, à sa manière. Et s’il fonctionnait mieux, selon les standards du monde anglo-saxon, sa particularité perdrait de son essence”. 

Arguments à l’appui, il insiste : “Peu de pays auraient géré le crash de Germanwings avec autant de rigueur, de transparence et de rapidité (…). Cela m’a rappelé que les services publics continuent d’attirer les plus grands esprits du pays“.