Le français Yubo, réseau social de la “Gen Z”, à la conquête des jeunes américains

Les fondateurs de Yubo. De gauche à droite: Sacha Lazimi, Jérémie Aouate et Arthur Patora. crédit Yubo

Comment un simple projet d’étudiants en année de césure est-il devenu un phénomène planétaire ? Demandez à Sasha Lazimi ce que cela fait.

L’entrepreneur français et deux de ses amis d’école d’ingénieur (Jérémie Aouate et Arthur Patora) sont à l’origine de Yubo (anciennement Yellow), une app de rencontres amicales qui s’adresse à la génération Z (née à la fin des années 1990). En cinq années d’existence, elle a amassé 40 millions de membres dans le monde entier. Et vient de boucler une coquette levée de fonds de 47,5 millions de dollars auprès de fonds prestigieux comme Alven, Gaia Capital Partner et Sweet Capital, pour se renforcer à l’international, avec l’ouverture prochaine d’un bureau à New York. “Quand on était étudiant, nous rêvions de construire une plateforme avec plus d’un million d’utilisateurs, mais on a été surpris par l’ampleur. C’est sûr“, admet Sasha Lazimi.

Yubo est le fruit de plusieurs tentatives infructueuses de la part des fondateurs de lancer des réseaux sociaux dans le passé (groupes de discussion géo-localisés, app de rencontres…). Elle repose sur des groupes thématiques limités à 10 personnes, que chaque utilisateur peut créer et rejoindre en streaming vidéo. Ils peuvent aussi rentrer en contact avec d’autres utilisateurs par un mécanisme de “swipe”. Cette fonctionnalité a valu à Yubo d’être décrit dans la presse comme un “Tinder pour ados” – surnom que les fondateurs rejettent -, mais le but affiché de l’app est bien de se faire de nouveaux amis. “On s’est rendu compte avant de créer Yubo que des millions de personnes se partageaient leur pseudo Snapshat pour se faire ajouter par des inconnus. On a voulu explorer cela, dit-il. La génération Z est née avec les réseaux sociaux. Il n’y a pas de différence pour elle entre le ‘en ligne’ et le ‘hors ligne’. Pour communiquer avec les autres, ils ont les applications de messagerie classiques ou des applications de découverte de contenus, comme Instagram, TikTok qui reposent sur du like, des vues, des comportements individualistes… Mais elles n’offrent pas les mêmes interactions humaines que si l’on rentrait dans une salle“, poursuit l’entrepreneur.

Contrairement à Facebook, Yubo n’a pas de publicité: l’app est financée par l’achat de jeux et de différentes fonctionnalités par les utilisateurs. En 2020, elle projette un chiffre d’affaires de 20 millions de dollars, le double de 2019. “Pour générer des revenus publicitaires, il faut avoir une masse d’utilisateurs, explique Sasha Lazimi. Mais on trouve que la pub n’est pas bonne pour l’expérience. On préfère utiliser les données pour améliorer l’expérience de nos utilisateurs“. Ces derniers ne peuvent pas non plus “aimer” du contenu, à la différence d’autres réseaux.

Depuis sa création, Yubo n’a cessé de croitre. Elle comptait 5 millions de membres au bout d’un an, le double au bout de deux. La Covid-19 a aidé aussi. “Nos utilisateurs étaient sur l’app après les cours ou pendant le week-end. Avec le confinement, c’était un peu tous les jours les vacances ! L’engagement a augmenté sur la plateforme“, selon Sasha Lazimi. En septembre, Yubo a ouvert un premier bureau américain à Jacksonville (Floride), où se trouvent les deux responsables de l’équipe de “safety specialists” qui veillent à la sécurité des utilisateurs en temps réel. Aux États-Unis, Yubo a fait parler d’elle après que des hommes majeurs ont utilisé l’app pour rencontrer des mineures.

Un tiers de tous nos investissements vont dans la sécurité“, explique Sasha Lazimi. La nouvelle levée de fonds, annoncée à la mi-novembre, va d’ailleurs permettre de renforcer les dispositifs d’alerte et la détection de comportements ou de contenus inappropriés, notamment par le recrutement de personnels supplémentaires et le développement d’un nouvel algorithme pour les assister. “On veut multiplier par dix nos équipes de modérateurs humains, explique-t-il. Yubo est conçue pour être sûre. On utilise l’app pour socialiser. Dans la vraie vie, on n’irait pas dans un endroit qui ne nous semble pas sûr“.

Le futur bureau de New York permettra de renforcer le développement de Yubo en Amérique du Nord. Les États-Unis et le Canada représentent à eux seuls la moitié des utilisateurs de l’app – et les US, 40%. Objectif: “continuer à se développer et se “scaler” aux États-Unis, notre premier marché“. Pour les y aider, Jerry Murdock, co-fondateur du fonds Insight Partners (investisseur dans Twitter et Snapchat) a rejoint le conseil d’administration de Yubo comme membre indépendant. “Le défi va être de continuer à grandir aussi vite que dans le passé ! observe Sasha Lazimi. Nous voulons permettre à la génération Z d’être elle-même“.