Le Français Withings attaque l’Apple watch sur son terrain

Mathieu Letombe, le CEO de Withings, connaît très bien le groupe pour avoir rejoint la start-up dès 2011. Ses deux fondateurs visionnaires, Eric Carreel et Cédric Hutchings, étaient alors parmi les premier à miser sur le potentiel de l’Internet of Things (IoT). Après avoir vendu le groupe à Nokia pour 170 millions d’euros en 2016, Eric Carreel l’a racheté au Finlandais à peine deux ans plus tard, pour moins de 30 millions d’euros. Nouveau départ pour l’entreprise et un virage stratégique majeur, sous l’impulsion de son équipe de direction. « Nous avons décidé d’accélérer vers la santé, offrir des produits connectés et des solutions qui ont pour objectif d’améliorer la santé et de la rendre plus accessible », raconte Mathieu Letombe. Un pari réussi pour Withings, qui a rapidement connu une croissance fulgurante et a décidé de se donner davantage de moyens, avec une levée de fonds de grande envergure. Annoncée fin juillet, cette collecte de 53 millions d’euros a pour objectif d’accélérer le développement aux États-Unis, pays où le groupe génère déjà 40 % de ses revenus.

« Il y a beaucoup de maladies chroniques aux États-Unis, cela est coûteux pour l’assureur public. Les acteurs de la santé essaient de plus en plus de prévenir plutôt que guérir et ont une appétence forte pour la technologie ». Withings commercialise ses balances, tensiomètres et thermomètres connectés, notamment dans les Apple Store, qui connaissent un grand succès outre-Atlantique. Mais le groupe va aussi concurrencer le géant américain sur le segment des montres connectées, et vient notamment de sortir la ScanWatch qui détecte des problèmes cardiaques et perturbations du sommeil. La différence avec une Apple Watch ? « Nous sommes moins focalisés sur des fonctionnalités extérieures à la santé comme la musique, l’AppStore etc. Cela nous permet d’offrir une batterie plus longue, un historique d’utilisation ou encore une interface entre le patient et le médecin », explique Mathieu Letombe.

Withings compte aussi accélérer sur le B-to-B, via des solutions pour les médecins, les hôpitaux, les assureurs, ou encore les programmes de prévention qui se sont largement développés dans le pays et sont remboursés par Medicare ou Medicaid. Il va recruter entre 30 et 40 personnes à son bureau de Boston, mais aussi faire grandir son équipe française pour concevoir des solutions dédiées à ces nouveaux clients depuis la France.

Des projets ambitieux, d’autant que la crise Covid-19 a sans surprise eu un effet très positif sur l’activité de Withings. Après un rapide coup d’arrêt lors de la fermeture des magasins, les ventes en ligne ont explosé, affichant une hausse de 50 % sur un an. Le groupe a aussi vu l’afflux de demandes des hôpitaux et des autres acteurs de la santé pour généraliser le suivi de patients à distance. « La pandémie nous a fait gagner deux ans dans l’évolution vers la télémédecine, mais aussi dans la volonté des individus d’être plus informés sur leur santé ». Si le marché américain est déjà mûr pour cette transition, il faudra attendre encore deux à trois ans pour la voir arriver en France.