Le Français derrière Wolverine

Les super héros sont parfois fatigués. Surtout un lendemain de deadline.

Richard Isanove vient tout juste d’achever le dernier volume de « Savage Wolverine » pour Marvel. Une mini-série de quatre épisodes dont il signe les dessins, les dialogues et la mise en couleurs. Ce qui revient à plusieurs nuits sans sommeil pour l’artiste. “Sachant que chaque épisode fait 20 pages… Il faut un jour par épisode pour le scénario, une page par jour pour les dessins, quatre heures par page pour la couleur et une heure pour les dialogues”.

Coloriste et dessinateur du célèbre éditeur de comics, Richard Isanove a eu carte blanche pour ce “Wolverine” (dont le troisième volet sort ce 28 mar). Et nous offre une balade dans le temps, puisque son histoire se passe à la fin de la Prohibition, en 1933, dans une période sombre de l’Amérique. “Pour trancher avec la vision futuriste des derniers épisodes, je voulais que ce soit sombre, une atmosphère à la Steinbeck, où l’on sent la pauvreté et la famine”. Pour refléter l’époque des “Raisins de la colère”, l’illustrateur s’inspire de dessinateurs américains du début du XXè. Sur une étagère de son bureau trône le modèle réduit de la voiture de l’époque, la “Ford T”.

C’est ici, dans le studio situé dans le jardin de sa maison, en bordure d’un grand centre équestre, que Richard Isanove créé toutes ses illustrations. “A partir du scénario je compose chaque case, en me servant d’images pour faire les décors. Pour les personnages, je prends en photo tous ceux que j’ai sous la main”. Sur ses esquisses, on peut reconnaitre ses enfants, sa femme, et surtout lui même, dans tous les rôles. Dans un coin de l’atelier, divers accessoires pendent d’un porte-manteau : un faux colt, un chapeau de cow boy, et des griffes de Wolverine. L’artiste se déguise en loup garou pour se servir de modèle. “Rembrandt avait des modèles qui posaient pour lui quand il a peint sa Ronde de nuit. Alors pourquoi pas moi, avec les moyens du bord“.

Ses références sont forcément du côté de la peinture, lui le diplômé de l’Ecole des Arts Décoratifs venu à Los Angeles passer une année à l’université CalArts en 1994. Passionné de comics, il apprend son métier de coloriste. “Daredevil était mon premier projet quand j’ai commencé à travailler pour Marvel. Mon personnage préféré quand j’étais enfant”.

Les super héros qui couvrent les murs de sa bibliothèque ne l’ont jamais quitté. “C’est le génie de Marvel : inventer des personnages dotés de pouvoirs mais qui ont aussi des failles. On veut toujours savoir ce qui va leur arriver, comme dans une série télé”. Et sur la dernière case, immanquablement, sera inscrit “A suivre…”.