Le date new-yorkais de Marie: “Il m’a donné rendez-vous dans un cimetière”

Love / flickr

Entre Marie la responsable marketing dans une grande galerie new-yorkaise et Jimmy l’écrivain maudit, tout a commencé sur Tinder. Marie, 31 ans, était une habituée de l’app et avait une dizaine de “dates” au compteur quand elle a “matché” avec lui, un soir d’hiver. Elle était loin de se douter d’où il lui donnerait rendez-vous pour leur première rencontre.

Le premier contact :

J’ai rencontré Jimmy sur Tinder. Je ne vais pas mentir. J’ai tout de suite été attirée par son physique: un brun aux yeux marron, pas très bien rasé, cheveux mi-longs légèrement bouclés. Son profil affichait “écrivain”. Ayant une fibre artistique et littéraire moi-même, j’ai été tentée. J’ai “swipé” à droite.

Le premier date:

On a commencé sur les banalités de rigueur. “Tu viens d’où”, “qu’est-ce que tu fais dans la vie”… Il habite à Brooklyn aussi, pas loin de chez moi. Il veut me connaître mais pas me rencontrer tout de suite. J’aime ça. J’étais habituée à ce que les mecs me proposent de les rencontrer après trois-quatre phrases. On parle de tout et de rien. Paris, mes voyages, mes endroits favoris à New York. Et ça me plaît. La conversation bascule sur nos goûts littéraires. Il me parle d’auteurs américains que je ne connais pas et de sa vie d’écrivain, entre petits boulots alimentaires et écriture la nuit. Je sens qu’il a de la profondeur. Serais-je tombée sur quelqu’un d’intelligent ?

Au bout de plusieurs semaines, il me demande si je veux qu’on se retrouve. J’accepte. Et là, les choses vont se corser.

Il écrit:

– Il y a un endroit que j’aimerais bien découvrir, mais je te préviens, tu n’es pas obligée d’accepter.

– ok (de quoi veut-il me parler?)

– Vraiment, tu n’es pas obligée…

– ok (mais de quoi veut-il me parler?)

– Je sais que ça va te paraître bizarre…

– … (Bon, il crache le morceau coco?)

– C’est un très bel endroit, dans Brooklyn. Je veux y aller depuis longtemps, au moment du coucher du soleil.

– Dans ma tête: Brooklyn Heights Promenade, Brooklyn Bridge Park ?

– Cet endroit, c’est Greenwood Cemetery…

A 31 piges, on m’a proposé des “dates” bizarres, mais dans un cimetière, c’était une première de chez première. Je m’attendais à beaucoup de choses , sauf à ça. Je crois que je n’ai rien écrit sur la messagerie pendant quelques secondes, partagée entre surprise et “ce-type-est-un-tueur-en-série”. Je finis par réagir, nerveusement:

– “haha, pourquoi pas”

– Vraiment, tu n’es pas obligée

Il commençait à me saouler. Je savais que je n’étais pas obligée, mais je commençais à être intriguée. Je suis toujours en train de me plaindre que mes dates américains sont ennuyant au possible. Alors quand un inconnu me propose un “date” au cimetière, pourquoi ferais-je la fine bouche ? Marie, sois cohérente avec toi même.

– Non, non, ça me fait plaisir. C’est bon pour moi

Avant de se retrouver quelques jours plus tard, un peu avant le coucher du soleil, j’ai quand même pris la précaution de prévenir deux amies. Je leur ai donné le lieu de notre rencontre et leur ai dit d’appeler la police si elles n’avaient pas de nouvelles de moi après 8pm. L’une d’elle a quand même pris le soin de me dire que j’étais folle.

Je ne connaissais pas Green-Wood mais je dois dire que j’ai été agréablement surprise. J’ai retrouvé Jimmy, qui était comme sur les photos, devant les grandes portes d’entrée de la 7ème Avenue, qui paraissent sorties tout droit d’un film de Tim Burton. Dans le même temps, une famille, revenant sans doute d’un enterrement, sortait du cimetière. Marchant entre les pierres tombales, sur un chemin sinueux, nous avons gravi une colline pour prendre de la hauteur. L’atmosphère était étrangement romantique. Le bruit de la ville était étouffé par les arbres alentours et la lumière ocre se reflétait sur les pierres tombales, étirant leur forme sur le relief vallonné. Du haut de la colline, nous avons contemplé la vue: la Statue de la Liberté au loin, Ground Zero, Staten Island et le soleil qui poursuivait inexorablement sa chute parmi les immeubles. Jimmy m’a remercié d’être venue et je l’ai remercié à mon tour. Le moment était spécial. En sortant du cimetière, j’avais du mal à mettre de l’ordre dans mes idées. Venais-je de faire un date Tinder dans un cimetière ? Venais-je de passer mon meilleur date new-yorkais au milieu de croix et de caveaux ? J’ai envoyé un texto à mes amies. Les flics ne sont pas venus.

La suite:

Après ce date de la mort, on s’est revu plusieurs fois. Il est venu chez moi, je suis allée chez lui. J’ai compris que Jimmy adorait découvrir la ville, il était curieux de tout, surtout de quartiers inexplorés. Après ce date à Greenwood, nous sommes allés manger dans un restaurant russe à Brighton Beach, fait un tour à l’hippodrome Aqueduct Racetrack près de JFK et testé des burgers coréens à Flushing. J’ai aussi compris que Jimmy faisait la même chose avec d’autres filles. Il venait de casser avec son ex et n’était pas prêt à s’engager (on connaît la chanson). Un beau jour, nous avons décidé d’arrêter.

Bilan :

Dans toutes les histoires de dating, même foireuses, il y a du bon à prendre. Grâce à lui, j’ai pu découvrir des endroits fantastiques, très new-yorkais, comme Green-Wood. C’est un lieu que je recommande vivement pour une balade. Il y a même des visites guidées. Même si j’ai été triste de ne plus le revoir, il m’a appris à partir à la découverte de la ville aussi. On a tendance à rester dans sa zone de confort dans le dating. Il m’a sorti de la mienne et je lui en suis reconnaissante.

Le dating à New York:

Depuis Jimmy, je n’ai pas eu de nouveau date au cimetière. Quand on pratique Tinder, Happn et compagnie depuis longtemps, on se rend compte que les mecs ont des idées de rencontres originales qui ne le sont pas vraiment: on “date” dans des bars et des restaurants quasiment tout le temps. C’est gonflant. Heureusement, de temps en temps, des endroits insolites font surface. Cela ne débouche pas nécessairement sur quelque chose, mais ça fait plaisir.