« Le coronavirus a ruiné mon année d’études aux Etats-Unis »

Ruben Ganansia dans le Bloomerg Auditorium de Cornell Tech.

« On n’a même pas reçu le chapeau de remise des diplômes, on n’avait rien à lancer à part une casquette », raconte Ruben Ganansia, parti à New York en août 2019 pour une année de master à Cornell Tech, de l’université Cornell. Si dans l’imaginaire collectif, faire ses études aux Etats-unis passe par le spring break et la cérémonie de graduation et son célèbre lancer de chapeau, des centaines d’étudiants français ont vu, cette année, leurs espoirs partis en fumée avec la pandémie.  

De l’université américaine à la maison

Roxanne Tsiela sur la droite, accompagnée d’amies de Cardozo.

Etudiante en droit à Paris-Sud, Roxanne Tsiela a décroché l’an dernier la bourse Georges Lurcy. En juillet, elle part pour New York à la Cardozo Law School pour étudier notamment le droit de la mode. Tout se passe bien jusqu’en mars dernier, quand la pandémie de COVID-19 explose à New York. Son alternance au sein du cabinet Gottlieb, Rackman & Reisman ainsi que ses cours prennent alors une tout autre tournure. « Quand la présence du virus s’est déclarée à New York, mon maître de stage m’a conseillé de travailler de chez moi, puis mes cours et examens sont passés sur Zoom, et ce jusqu’à fin mai », raconte-t-elle depuis la France qu’elle a regagnée fin mars.

Une situation dans laquelle Océane Felisaz s’est aussi retrouvée. La Française, partie à Seattle en septembre 2019 pour un Master 2 en littérature française et comparée à l’université de Washington, a finalement été contrainte de retourner en France. Alors qu’elle devait partir au Mexique pour sa semaine de spring break, les vols ont été annulés. Originaire de Chamonix, Océane Felisaz en profite alors pour passer ses vacances en France. « Une fois sur le tarmac, les hôtesses nous ont annoncé que Trump mettait en place le “travel ban”. Ça a été les minutes les plus longues de ma vie pour me décider soit à partir et laisser toutes mes affaires, soit rester confinée dans ma chambre de 11 mètres carrés. » Heureusement, son université avait déjà mis en place les cours sur Zoom. Océane Felisaz pourra donc finir son année de master, qui prendra fin le 12 juin. 

Océane Felisaz au Quad de l’Université de Washington, à Seattle.

Ruben Ganansia, quant à lui resté dans la Big Apple, a eu droit au même processus de cours en ligne. Quand l’université Cornell a fermé ses portes début-mars, les cours sont passés totalement en ligne et le système de notation a complètement été remanié. « Il n’y a plus de notes mais un sytème de “pass or fail”, et cela ne récompense pas ceux qui travaillent et réussissent, c’est très démotivant. »

Baptiste Péan rêvait d’aller aux Etats-Unis depuis toujours. Rêve réalisé l’été dernier, lorsqu’il débarque à l’université de Columbia à New York pour un Master of Science in Financial Engineering. Le rêve tourne court. « A ce moment là, nous avions nos examens de milieu de semestre. Nous les avons passés sur Zoom, pensant que ce ne serait que temporaire et qu’à notre retour du spring break, la semaine suivante, tout serait revenu à la normale », explique le jeune Montpelliérain. Finalement, les cours ont continué sur Zoom, et le Français n’a pas regagné les amphithéâtres de Columbia.

Lancer de chapeaux virtuel 

L’été approche et l’épidémie ne s’est pas résolue à laisser les étudiants reprendre le cours de leur année universitaire. La mythique cérémonie de remise des diplômes à l’américaine est annulée et souvent remplacée par une version en ligne.

L’université Cornell est connue pour ses nombreux événements de fin d’année, avec la grande cérémonie des diplômes et le Slope Day, un événement musical organisé au sein de l’université qui célèbre le dernier jours des cours. Drake, Kanye West, Kendrick Lamar ou encore les Pussycat Dolls s’y sont produits. « A la place, l’école a organisé un webinaire durant lequel on nous a adressé une vidéo en guise de cérémonie, présentée par Greg Morrisett, doyen de Cornell Tech, et nos noms n’ont même pas été cités », rapporte Ruben Ganansia. L’étudiant attend impatiemment l’arrivée de son diplôme par la poste. « Je suis déçu évidemment, mais ce n’est la faute de personne. »

Après avoir gardé au placard sa robe de soirée, initialement prévue pour le Barrister’s Ball, événement annuel organisé par de nombreuses facultés de droit, Roxanne Tsiela ne portera pas sa toge et son chapeau pour la tant attendue cérémonie de graduation. « J’imaginais la cérémonie comme dans les films. J’avais regardé celles des années précédentes et me voyais déjà avec la tenue et le final avec le lancer de chapeaux. » Pour Baptiste Péan, une autre chance de revêtir son chapeau se profile peut-être en fin d’année. A Columbia, plusieurs cérémonies de remise des diplômes sont organisées, même si celle de mai est la plus attendue et aurait été très spéciale pour lui. « Toute ma famille avait prévu de faire le déplacement pour assister à l’événement. Mes parents, ma tante, ma grand-mère et ses frères et soeurs et la cousine de ma mère. Tout est tombé à l’eau. » Après être rentré en France fin mars pour se confiner auprès de sa famille, Baptiste Péan compte revenir à New York dès que les frontières auront rouvert. « Mon dernier semestre commence dès septembre et pour le moment, Columbia maintient les cours en réel. » Quant à Océane Felisaz, en échange avec l’université Jean-Moulin-Lyon-III, aucune cérémonie ne lui sera accessible. La Française doit repartir bientôt aux Etats-Unis, où elle débutera début août son doctorat Ph.D. in French Studies à l’Université de l’Illinois, à Urbana-Champaign. « Je suis dans l’attente de mon rendez-vous à l’ambassade, et j’espère que l’ouverture des frontières se fera à temps pour que je puisse poursuivre mes études aux Etats-Unis », conclut-elle.