Oscars: à l’after-party française, on trinque malgré tout

La nuit aura été courte mais l’occasion de refaire la fête était bien trop tentante. Au lendemain de la cérémonie des Oscars, une centaine de “happy few” triés sur le volet, étaient invités lundi, à l’after-party du consulat français, organisée en l’honneur des nominés, dans les jardins ensoleillés de la Résidence de France.

L’un des héros du jour, en costume bleu marine et lunettes noires, vient d’arriver. Il tente discrètement de se frayer un passage au milieu des convives. Il s’agit d’Alexandre Desplat, le compositeur de la musique du film “The Grand Budapest Hotel”, récompensé dimanche soir pour la meilleure bande originale.

“Je suis très heureux : c’est la première fois que je reçois un Oscar. C’est une récompense tellement rare et exceptionnelle, si difficile à obtenir ! Une vraie reconnaissance de vos pairs !” explique à French Morning le musicien, déjà nommé sept fois aux Academy Awards. Compositeur fétiche d’Audiard, également très demandé par Hollywood, c’est à lui que l’on doit, entre autre, les musiques de “Godzilla”, “The Tree of Life” ou encore “De battre mon cœur s’est arrêté”. 

Mis à part Alexandre Desplat, la monteuse Mathilde Bonnefoy (récompensée pour le documentaire “Citizenfour” sur Edward Snowden) et le réalisateur américain d’origine française Damien Chazelle (dont le film “Whiplash” a remporté 3 Oscars), le cru 2015 des Academy Awards n’aura pas été très favorable aux français. La grande absente de l’après-midi, l’actrice Marion Cotillard est, elle aussi repartie bredouille, dimanche soir.

Ils étaient pourtant nombreux à être nominés cette année. Hu Wei, le réalisateur chinois de “La lampe au beurre de yak” (une co-production sino-française en compétition pour le meilleur court-métrage), fait patiemment la queue devant un buffet chargé de fromages français et de macarons colorés. “Je suis déçu” confie-t-il tristement, d’une voix timide.

Ce jeune trentenaire talentueux, pensionnaire de la Villa Médicis de Rome, ne compte pas pour autant se laisser abattre. “Je travaille déjà à un nouveau court-métrage, encore un film franco-chinois. Quelque chose d’assez expérimental, avec un seul personnage, que nous comptons tourner dans une forêt du Canada ou des Etats-Unis” explique-t-il, un brin mystérieux.

Derrière-lui, David Rosier, le producteur du documentaire franco-italo-brésilien, “Le sel de la terre” de Wim Wenders, discute, tout sourire, avec une actrice américaine. “Je jouais la jeune femme, Ika, dans La Guerre du Feu”, explique fièrement Rae Dawn Chong. “Pas possible ? C’était vous ? J’adore Jean-Jacques Annaud !”

On sent que pour certains, la nuit a été longue. “Allez, cette fête-là, je crois bien que c’est la dernière ! Après, j’entre en hibernation, jusqu’aux prochains Oscars”, s’esclaffe Jon Bloom, l’un des gouverneurs des Academy Awards, qui arbore fièrement son pin’s distinctif à la boutonnière.

Parmi les français, j’aurais bien aimé voir gagner La lampe au beurre de yak ou Le chant de la mer, un très beau dessin animé ” confie-t-il à voix basse, alors que le Consul de France à Los Angeles Axel Cruau, s’apprête à prendre la parole. 

Une grande année pour le cinéma français 

“L’année 2014 a été une grande année pour le cinéma français dans le monde ! 13 films ou co-productions ont été présentées pour l’Oscar du meilleur film étranger”, rappelle le Consul devant une foule de journalistes et de professionnels du cinéma, avant de saluer, un à un, les nominés, et de trinquer avec eux au champagne. 

Le réalisateur du film franco-mauritanien “Timbuktu”, Abderrahmane Sissako, qui a triomphé vendredi aux Césars, est invité à s’exprimer.

“Nous avons été honorés il y a quelques jours par sept Césars. Nous étions déjà si heureux en arrivant ici, que nous ne pouvons que le rester ! ” explique le cinéaste, dont le film évoque la résistance des habitants du nord du Mali face à la violence des djihadistes. 

“Il n’y a pas de chocs des civilisations”, ajoute Sissako en terminant sur une note plus politique. “Timbuktu le prouve. Le monde est magnifique. Croyons au monde et dressons-nous contre la peur.”