À New York, Emmanuel Macron ne marche pas derrière Donald Trump

Regroupés lundi dans une minuscule salle du Kimmel Center à NYU pour une conférence de presse, les journalistes avaient beaucoup de questions à poser à Emmanuel Macron. Mais l’intéressé avait choisi de ne pas donner dans la petite phrase.

La déclaration de candidature de Manuel Valls ? “Je ne vais pas ici faire de commentaire de politique nationale.” Une femme premier ministre ? “Il ne m’appartient pas de rentrer dans ce débat” . Son fundraising new-yorkais ?  “J’ai crée un mouvement politique. La seule façon que j’ai (de faire campagne, ndr), en respectant les lois françaises et le Code électoral, c’est de lever de l’argent auprès de particuliers. Il n’y a rien de problématique dans cela” .

Pour son premier déplacement aux Etats-Unis en tant que candidat à la présidentielle, l’ex-ministre de l’Economie avait une mission affichée: “réaffirmer la nécessité de maintenir un dialogue transatlantique vivace” à l’heure où l’Europe et les Etats-Unis font face à des défis communs – lutte contre le réchauffement climatique, contre l’extrémisme islamiste ou maîtrise des transformations liées à l’économie numérique… Un message qu’il a martelé lors d’une conférence à Columbia intitulée “Reforger le lien transatlantique” puis, pendant plus d’une heure, lors d’une rencontre avec la communauté française de New Y0rk à NYU.

Le choix qui nous est posé à l’Europe comme aux Etats-Unis est de savoir si nous voulons continuer à travailler ensemble ou pas. Le choix qui sera le mien est de continuer à travailler ensemble et de développer les liens sur le plan stratégique, sur le plan de notre politique aux Nations Unies, du digital, de l’environnement, des valeurs que nous avons en commun et évidemment de la bataille climatique, a-t-il dit lors d’une conférence de presse à NYU. Si les Etats-Unis devaient décider de mener une autre politique internationale, l’Europe se retrouverait en quelque sorte la seule dans le camp occidental, ce qui est à mes yeux une vraie préoccupation” .

Cette visite, la première du fondateur d’En Marche! sur le sol américain depuis l’élection surprise de Donald Trump, intervient dans un climat d’incertitude des Européens face au futur locataire de la Maison blanche. Pendant la campagne, ce dernier a taxé l’OTAN d’ “obsolète” , conditionné le soutien militaire américain aux autres Etats membres à leur contribution financière, et dit qu’il reviendrait sur l’accord de Paris sur le climat – il a depuis laissé entendre qu’il serait “ouvert d’esprit” sur ce dossier brûlant.

Donald Trump a suivi Emmanuel Macron pendant toute la journée de lundi. Dès le matin, en visite à la charter school bilingue NYFACS à Harlem, il a demandé aux élèves rassemblés au sous-sol, africains et afro-américains pour la majorité, ce qu’ils changeraient en France. Une jeune fille lui a répondu, au milieu de la centaine d’enfants surexcités: “pouvez-vous construire une grand avion pour qu’on puisse tous aller en France en janvier quand Donald Trump deviendra notre président ?” Sourires dans l’assemblée.

Lors de sa conférence devant les étudiants de Columbia, après une petite marche dans Morningside Park avec une ribambelle de journalistes, il a dit son “inquiétude” de ne pas voir les Etats-Unis respecter l’Accord de Paris et a rappelé que “le combat pour la liberté est l’ADN des relations entre l’Europe et les États-Unis” . “La nouvelle administration américaine devra décider si elle veut continuer à partager ces valeurs” , a-t-il mis en garde.

Un peu plus tard, devant les 400 Français réunis au Kimmel Center, il est allé plus loin sur l’éventualité d’un retrait américain sur la COP 21, estimant que “M. Trump va à l’envers de l’Histoire”. “Il y a une course entre l’Europe et la Chine (dans le domaine de la lutte contre le changement climatique, ndr). Celui qui sera le leader sur les technologies et la lutte contre ce changement sera un leader économique et moral. 

S’il était élu à l’Elysée, quelle approche aurait-il vis-à-vis de Donald Trump ? “La première chose que je proposerai à M. Trump, répond-t-il, c’est de poursuivre dans le dialogue et les relations historiques qui existent entre la France et les Etats-Unis” .

Des contacts ont été établis” avec la nouvelle administration, précise Emmanuel Macron, qui promet qu’il aura les relations “qu’il convient d’avoir avec l’équipe établie de M. Trump” , une fois que la période de transition sera achevée.

Candice Manto (à Columbia) et Alexis Buisson