L’art contemporain pour les nuls

L’art contemporain, beaucoup abandonnent l’idée d’en découdre. Pas Frank Navarro. Ce natif de Saint-Tropez de 33 s’est mis en tête de percer le mystère. « Une frontière s’est dessinée entre l’art et le public en raison de l’accent porté sur le concept », explique-t-il lors d’une conférence donnée à Culver City. A défaut de produire une émotion immédiate, l’art est devenue une idée à comprendre, d’où le « rôle croissant de l’expert », dit-il. Lui tente à travers son projet – nommé Artgate – de démocratiser ces savoirs que possèdent les experts. Et surtout, de les décrypter de manière critique (il montre aussi comment certains collectionneurs richissimes, très influents sur le marché de l’art, ne savent en réalité pas grand-chose de l’art en tant que tel mais obéissent à des modes).

Pourquoi s’enticher d’une telle mission ? « Je suis diplômé de HEC, j’aurais pu continuer dans la voie commerciale, celle de prendre les gens pour de bêtes consommateurs. Mais un jour, un ami m’a emmené au centre Pompidou, à Paris ; j’ai été interpelé ». Ce fut une révélation. Frank bifurque alors, et cherche les clés de cette nouvelle passion à travers la philosophie, la psychanalyse. « La vie », résume-t-il. « C’est comme ca que l’on apprend, puis que l’on aime l’art ».

Frank fait d’abord un stage dans l’une des plus grandes galeries au monde, Gagosian, basée à Beverly Hills, qui expose des célébrités de l’art contemporain comme Damien Hirst. Il la quitte, ne souhaitant pas véritablement être un vendeur. C’est à ce moment qu’il décide, armé d’un savoir non académique à la croisée des disciplines, de lancer cette opération qui (comme son nom l’indique) offre une porte ouverte sur l’art, à travers un ensemble de conférences, de rencontres et de visites au cœur du système. Cette plongée dans des œuvres plus ou moins actuelles va de comprendre Yves Klein à désacraliser Andy Warhol. Déchiffrer la complexité de certains artistes et pointer les dérives d’autres.

Vaste programme, que Frank décline sous plusieurs formes, donc. Au choix, la méthode traditionnelle des conférences du soir, pour les plus pressés. Et un programme un peu plus long mêlant théorie et visite, organisé le samedi à Los Angeles. Un aperçu captivant pour mieux comprendre ce monde où, malgré les milliards de dollars qui circulent, «la majorité des artistes sont pauvres ».  Par example, le samedi 10 avril, un tour des oeuvres de la Angles Gallery, à Culver City, réalisé par l’artiste elle-même, Iva Gueorguieva, s’est prolongée par une visite chez un particulier à Beverly Hills, occasion unique d’ouvrir la porte d’une collection tenue « secrète », inconnue du public. Une façon quasi littérale de lutter contre l’« effet de seuil », cette image évoquée par le sociologue Pierre Bourdieu pour désigner les inégalités devant la culture.

Infos pratique :
Pour les prochaines séances, voir le site Internet : www.art-gate.org Email : [email protected]