L’Amérique dit “Yes we Cannes”

Le festival de Cannes n’a décidemment pas perdu de son prestige auprès des Américains. Jim Lawless de l’Associated Press est formel : “Avoir un de ses films en compétition à Cannes est un privilège”.

Cannes, son tapis rouge, sa croisette, ses stars et ses « after-parties » étaient au centre de l’actu la semaine dernière.  L’édition 2012 du festival s’est refermée dimanche avec la consécration de “Amour” de Michael Haneke, lauréat de la Palme d’Or. Le LA Times parle avec enthousiasme de la sélection de films. Si, pour le quotidien, “aucun film ne fit exception comme le fit The Artist” aux Oscars, le bijou de Michel Hazanavicius « était partout », note le journaliste Steven Zeitchik. « L’esprit enjoué et anti-conformiste du film muet imprégnait le festival. Quel que soit l’endroit où l’on posait son regard, on avait l’impression d’assister à une autre expérience audacieuse, une expérience qui délectait les audiences et les polarisait ». Autre son de cloche au Ventura County Star qui décrit le festival comme « teinté d’anxiété » et conclut qu’il “ne serait pas ce qu’il est sans quelques moments de controverses et de folie”, faisant notamment allusion la manifestation du collectif féministe La Barbe contre l’absence de femmes réalisatrices primées.

Et on reparle du racisme d’« Intouchables »…

Toujours dans le domaine du cinéma, le film “Les Intouchables” s’exporte aux Etats-Unis, et la presse locale s’y intéresse. Le Wall Street Journal s’interroge : “Omar Sy serait-il la nouvelle étoile montante du cinéma français ? », en pensant bien sûr à son illustre prédécesseur, l’acteur français récemment découvert par le public américain, Jean Dujardin. Dans un autre registre, Slate se demande : “Les Intouchables est-il raciste ?”, remettant au goût du jour un refrain entonné par la presse américaine au moment de la sortie du film en France. Selon le site d’information, le film communique l’image d’ « une France blanche paralysée, et [d’]une France immigrée devenue ses bras et ses jambes ». Le New York Times profite de la sortie américaine du film pour analyser la question des races en France – un mot tabou dans notre plat pays. « Il y a longtemps, les Français abordaient le “problème des races aux Etats-Unis” (comme ils l’appelaient) avec pitié et arrogance ». De nombreux artistes afro-américains – Joséphine Baker, Richard Wright, James Baldwin et de nombreux jazzmen – immigrèrent à Paris en leur temps pour y trouver le respect et fuir l’intolérance des Etats-Unis, note le quotidien. “Plus récemment, avec la lutte française contre l’immigration et l’évolution de son identité en une société multi-culturelle, cette complaisance a disparu. Et les dernières créations littéraires et cinématographiques abordent cette nouvelle situation avec sérieux.” Et d’ajouter: “La race, en France comme aux Etats-Unis, est une source permanente de confusion et d’inconfort. En un sens, en parler, c’est toujours passer à côté de sa réalité”.

Remplacer Sarko l’Américain

François Hollande demeure très présent dans la presse américaine. Le Republican Herald souligne que “pour le moment [François Hollande] s’emploie à démontrer aux 52% des électeurs qui l’ont soutenu et aux 48% qui n’ont pas voté pour lui qu’il est l’homme de la situation”. “Jusqu’ici, tout va bien”, juge le site qui décrit le Président comme “énergique et dévoué à la République française”. Il semble que l’ancien Premier Secrétaire du Parti Socialiste ait enfin réussi à se débarrasser de son image de Flamby, du moins outre-Atlantique. Il a placé sa présidence sous le signe du “labeur et de la sobriété”, juge le journal. Ce dernier rappelle que le jour de l’investiture de François Hollande, “sa compagne (non, pas son épouse), était à ses côtés”. Vraisemblablement, les Américains ne s’en remettent pas ! Dans un article de l’Associated Press repris par le Huffington Post, Hollande est décrit comme un « illustre inconnu qui a bénéficié du fait qu’il suscitait relativement peu d’attentes ». Il a donc agréablement surpris. Le journal revient sur sa première semaine en tant que Président de la République, qu’il qualifie de “tornade”. “Après avoir rencontré la Chancelière allemande, il a minutieusement formé son gouvernement. Il s’est ensuite envolé pour Washington, où il a médité sur son cheeseburger fétiche dans le Bureau ovale lors d’une première rencontre avec Barack Obama, pour effacer le souvenir de son prédécesseur, très America-friendly.” En effet, succéder à “Sarko l’Américain” n’est pas chose aisée selon le Washington Post: “Jusqu’ici, la forme a pris le pas sur le fond. Hollande n’a donné que peu de détail sur les aspects pratiques” de ses projets politiques. Le Sacramento Bee qualifie de “controversée” la décision du Président de la République d’anticiper le retrait des troupes de combat françaises en Afghanistan, décision qu’il a annoncée lors de sa visite surprise à Kaboul le 25 mai.

Hollande fait fuir les riches français

La santé de l’économie française et européenne est également discutée dans la presse. Les Français en ont assez de l’austérité, nous dit le New York Times. Selon eux, “l’élection de François Hollande ne représente pas seulement le rejet de la personnalité de Sarkozy, mais également le refus de la notion d’une infaillibilité allemande, ainsi que la condamnation de la réticence allemande vis-à-vis des mesures de croissance, ou bien du refus de remédier au problème de la dette via la création d’Euro-bonds”. Hollande est dépeint comme « un résistant à l’austérité et un avocat de la croissance ». Dans un autre article, le New York Times décrit les “Euro-bonds” comme “une noble expression de la solidarité européenne et un instrument crucial pour préserver la monnaie commune” mais s’interroge : “François Hollande semble vouloir accélérer la cadence, même si il n’a pas le moins du monde exprimé comment cette idée pourrait fonctionner”. Le Washington Post n’y va pas par quatre chemins et questionne : “L’Union européenne se serait-elle trop agrandie pour fournir à la France un véhicule pour satisfaire ses propres ambitions en matière de politique étrangère, par ailleurs irréalistes ? Ou bien parce que des pays européens plus pauvres cherchaient à avoir accès à la fortune allemande ?” Aujourd’hui, le problème n’est plus là, et l’Union dans son ensemble doit faire face à la crise.

L’élection de François Hollande a des effets inattendus sur l’immobilier new-yorkais. En effet, le New York Times revient sur les questions d’imposition en France. La victoire du Parti Socialiste aux élections présidentielles a suscité un mouvement d’évasion parmi les classes les plus fortunées. Celles-ci, effrayées par la promesse d’une imposition marginale à 75% sur les revenus de plus d’un million d’euros, tentent de s’expatrier, et beaucoup ont choisi New York. Selon Benoît Pous-Bertran de Balanda, un courtier qui aide des Français à investir dans l’immobilier à Manhattan, “la perte française pourrait bien profiter à New York”.