La skieuse française Tess Ledeux remporte l’or en big air aux X Games d’Aspen

Tess Ledeux, médaillée d'or en big air aux X Games d'Aspen (Gabriel Christus/ESPN Images)

La skieuse acrobatique Tess Ledeux est montée sur la plus haute marche du podium ce week-end à Aspen, dans le Colorado. Elle représentait la France aux États-Unis à l’occasion de la 24ème édition des X Games (jeux extrêmes) d’hiver, et a remporté l’or en big air (figure acrobatique sur tremplin). A seulement 18 ans, Tess Ledeux a déjà un palmarès impressionnant : la jeune Plagnarde est quintuple championne du monde de slopestyle (descente acrobatique), mais aussi championne du monde de big air.

Elle a remporté l’or vendredi soir, devant les Suissesses Mathilde Gremaud et Sarah Höfflin, dont elle a salué la performance : « Ça fait plaisir de voir qu’elles font de très belles choses aussi. Le niveau était très élevé, elles ont très bien skié et n’ont pas démérité. » Gréogry Guenet, son entraîneur, explique que « Tess ne redoutait personne à part elle-même. Ce qui compte, c’est surtout d’être en forme, de bien faire ses sauts. Nous sommes restés concentrés sur ce que nous avions à faire ».

Les figures qui lui ont valu la victoire ? « Un double cork 1260 et un switch 1080 », répond-t-elle fièrement. Explications : trois rotations et demi sur deux axes différents ; et trois rotations avec un décollage et un atterrissage en arrière. « C’est la première fois que je posais ces tricks. J’ai essayé la veille aux entraînements, sans succès. Pendant l’épreuve, je me suis dit : c’est l’or ou rien. Et ça a marché, c’est incroyable ! »

« Sur un nuage »

Tess se remémore ses premiers X Games : « C’était il y a quatre saisons. Je me souviens ne pas m’être sentie prête, être beaucoup tombée aux entraînements et avoir fini la semaine complètement cassée, mais j’avais aussi gagné ma première médaille d’argent. »

Remporter l’or en big air, « c’est un rêve qui se réalise. Je regarde les X Games à la télé depuis que je suis toute petite, et pour moi, ces jeux passent au dessus de toutes les autres compétitions. Il y a vraiment à Aspen une ambiance particulière que l’on ne retrouve pas ailleurs. Une médaille d’or ici a encore plus de valeur que n’importe quelle médaille d’or des X Games. Ce qui vient de se passer est un peu fou, je suis sur un nuage. C’est ma première médaille d’or à Aspen, l’endroit mythique des X Games. » La skieuse a désormais cinq médailles au compteur pour six participations aux jeux extrêmes, toutes éditions confondues.

Son entraîneur renchérit : « L’origine des X Games est ici, à Aspen. Ça n’a pas la même aura que quand on va faire des X Games ailleurs. D’ailleurs, briller à Aspen pour ces athlètes, c’est aussi un rêve de gosse. Faire une médaille d’or ici a une autre saveur, mais également un autre impact : dans notre sport, ça donne à la fois un peu plus de crédibilité et ça a aussi du bon pour la carrière sportive médiatique. »

Cette victoire du vendredi 24 janvier coïncidait avec la Journée Internationale du Sport Féminin, dont l’objectif est de permettre au sport féminin de gagner en visibilité. « C’est toujours une fierté de représenter mon pays à l’international, mais la médiatisation des disciplines freestyle reste faible, en particulier pour les filles », reconnaît Tess Ledeux.

Tess Ledeux pendant l’épreuve de big air aux X Games d’Aspen (Matt Morning/ESPN Images)

Un entraînement de championne

La skieuse a décliné plusieurs compétitions depuis l’automne dernier pour se concentrer sur la préparation des X Games. Grégory Guenet revient sur le parcours de la championne : « Tess s’est blessée en septembre, au moment d’une période de préparation assez importante. Nous avons fait le choix de ne pas participer à deux compétitions et de reprendre à Font-Romeu pour la Coupe du Monde en janvier, où elle a été médaillée. Les résultats nous donnent raison. Pourvu que ça dure ! » 

Les clés du succès, ajoute-t-il, c’est d’« être constant, de se donner des objectifs, et d’essayer de ne pas trop se satisfaire pour pouvoir toujours élever son niveau d’exigence. Il y a aussi une petite part de don et de talent. » Il précise : « Ce qui change des sports traditionnels quand on pratique un sport considéré comme extrême, c’est que les athlètes mettent en jeu leur santé. Ce qui fait la différence, c’est la force mentale et la confiance entre l’entraîneur et l’athlète ».

La compétition a changé depuis l’an dernier. « Le nouveau format est particulier : avant, les juges prenaient en compte le meilleur de deux ou trois runs, donc on avait le droit à l’erreur. On a plus de tentatives maintenant, mais la chute est lourdement sanctionnée. Il faut faire quatre runs sans tomber, en proposant un maximum de variété et de difficulté. Ça change la manière d’aborder la compétition », explique Grégory Guenet. « La force de Tess, ici, a été de ne pas tomber. Sur cinq runs proposés, elle n’en a pas raté un, alors que ses concurrentes directes, qui ont remporté l’argent et le bronze, sont tombées sur l’une de leurs tentatives. Elle a ajouté à cela la difficulté et le style. »

Dimanche, elle est passée à côté de la victoire en slopestyle. Après trois chutes et une légère blessure, elle décide de ne pas effectuer de quatrième passage. Grégory Guenet explique : « Quand tu tombes deux fois, c’est compliqué de garder foi en la compétition. Tess est tombée sur son troisième run et s’est fait un peu mal, et nous avons décidé qu’il ne servait à rien de faire le quatrième run et de courir le risque de se faire encore plus mal. » Il précise toutefois que la championne va bien et qu’elle est ravie de sa performance en big air. Et c’est tant mieux, car son parcours américain ne s’arrête pas à Aspen : elle participe cette semaine au Grand Prix américain de freeski et de snowboard à Mammoth, en Californie ; et est également attendue début février sur le Winter Dew Tour à Copper Mountain, dans le Colorado.