La presse américaine s’interroge: pourquoi ces Français qui ont tout sont-ils tellement en colère?

Des Français qui font grève ou manifestent? Pas vraiment de quoi s’étonner, dit en substance la presse américaine alors que la France est à l’arrêt depuis le 5 décembre dernier. Mais pour beaucoup, c’est l’occasion de s’interroger sur un mystère français: Pourquoi les Français, qui ont tant, sont-ils si prompts à protester ?” demande par exemple Kim Willsher du Los Angeles Times.Dans un pays qui semble tout avoir – les grands crus, la gastronomie, la haute couture et environ 1000 sortes de fromage-, les Français se la jouent ‘Les Misérables’ “.

Kim Willsher cite l’écrivain et voyageur Sylvain Tesson: “La France est un paradis habité par des gens qui se croient en enfer.” De son côté, James McAuley pour le Washington Post, souligne que “presque aucun autre pays occidental ne redistribue autant de richesses que la France (…), les propositions de retraite de Macron ne paraîtront pas aux observateurs étrangers, notamment aux États-Unis, particulièrement extrêmes”. Et pourtant, la colère française est profonde. Dans le New York Times, Adam Nossiter et Mélissa Godin mettent en évidence ce paradoxe lui aussi très français: les citoyens de l’Hexagone souffrent des grèves, qui paralysent Paris et pourtant, le soutien à la grève dans l’opinion augmente, atteignant 62% dans un sondage publié mardi.

Ce vote de confiance pour les grévistes va bien au-delà de la réforme des retraites, notent en substance les correspondants du quotidien New-Yorkais à Paris. “Ce mouvement touche à deux aspects fondamentaux de la vie contemporaine française: méfiance envers l’avenir et croyance profonde dans le pouvoir de la rue sur la politique”. Et de citer une multitude de passagers du RER coincés sur des quais bondés pendant des heures et qui pourtant disent leur soutien aux grévistes “pour que ça change”…

 Et pour les journaux américains, le mystère s’épaissit quand on considère qu’une large majorité de Français, selon les sondages, sont favorables à une réforme des régimes spéciaux de retraites. Simplement, note “ils ne font pas confiance à M. Macron pour mettre en œuvre les réformes”. Combiné avec ce que le Washington Post appelle “la très haute tolérance des Français pour les voitures en feu et les vitres brisées”, ceci créé un mélange particulièrement instable pour le président français Emmanuel Macron qui, paradoxe encore, se retrouve en position de réformateur accusé de ne pas savoir réformer, pour avoir tenté de réformer…   

Un avertissement“, c’est ce que sont les grèves françaises pour le Président de la République selon Adam Nossiter pour le NYTimes, un président qui “fait face à son plus grand test depuis le soulèvement des gilets jaunes”, conclut le journaliste.