La surprise Fillon vue par la presse américaine

Revue de presse. C’était la surprise du premier tour de la primaire de la droite et du centre. François Fillon est sorti vainqueur, avec 44,1% des voix. Il est ainsi qualifié pour le second jour, face à Alain Juppé. Nicolas Sarkozy est éliminé. Des résultats surprenants largement commentés par la presse américaine.

“Tout le monde pensait que les références véhémentes de Sarkozy à l’identité française et ses propos très durs sur les immigrés et le terrorisme islamique lui garantiraient une place au second tour”, note le New York Times. Mais François Fillon, ancien premier ministre sous Sarkozy, “a récupéré ces thèmes en utilisant un langage moins dur et a mis sur la touche son ancien patron”. Et face à un Parti socialiste largement décrédibilisé, le vainqueur de la primaire des Républicains sera considéré comme le favori pour l’élection présidentielle en 2017, poursuit le journal.

Toutefois, il note qu’à la sortie des urnes au premier tour, la plupart des électeurs ont affirmé que pour eux, les inquiétudes économiques restaient un thème de haute importance. Cela pourrait être un handicap pour l’ancien locataire de Matignon. “Il a promis des mesures fortes pour réduire le rôle de l’Etat dans l’économie du pays: supprimer de 500.000 à 600.000 postes de fonctionnaires, supprimer la semaine des 35 heures et la remplacer par une semaine de 39 heures dans les lieux de travail publics comme les hôpitaux. Ces types de mesures amènent généralement des dizaines de milliers de manifestants dans les rues et renversent les gouvernements”, met en garde le quotidien.

The Daily Beast partage l’étonnement du New York Times. “Les électeurs français ont défié tous les pronostics ce dimanche, en éliminant l’ancien président Nicolas Sarkozy de la course à la présidentielle des Républicains et en propulsant son ancien premier ministre François Fillon au sommet”, notent les correspondants à Paris Ingrid Melander et Michel Rose. Quant à Sarkozy, les journalistes observent que “la stratégie qu’il a adoptée, à savoir celle de surfer sur les craintes liées à l’immigration et la sécurité, a éloigné les électeurs centristes et de gauche qui ont participé à la primaire et ont massivement soutenu Alain Juppé. “

Le blog collaboratif PJ Media s’interroge sur ce que la défaite de Sarkozy pourrait changer pour Marine Le Pen. “Fillon peut bien gagner la primaire des Républicains, mais son ascension vers l’Elysée pourrait être bloquée par la candidate d’extrême-droite Marine le Pen, qui tente de surfer sur la même vague anti-establishment que celle qui a vu le Royaume-Uni sortir de l’Union européenne et Trump gâcher les fantasmes présidentiels d’Hillary Clinton, observe le journaliste Michael Walsh. Maintenant que Sarkozy est hors jeu, les intellectuels français se rendent compte qu’il y a une vraie possibilité que Le Pen batte le candidat conservateur, qu’il s’agisse de Fillon ou de Juppé, et écrase le socialiste actuellement en fonction François Hollande, s’il choisissait de se présenter à nouveau.”

Quant à Bloomberg, il n’hésite pas à qualifier l’élu de “thatchérite française”. “L’ancien premier ministre François Fillon offre aux électeurs français une révolution économique et politique inspirée de Margaret Thatcher”, écrivent Hélène Fouquet, Mark Deen et Gregory Viscusi. Et de s’empresser de citer un passage d’un livre signé de la main du député de Paris. “Thatcher a été élue après une longue et inquiétante période de déclin au Royaume-Uni. Lorsqu’elle a quitté le pouvoir, le Royaume-Uni n’était plus l’homme malade de l’Europe.”

François Fillon pourrait avoir certaines affinités avec le nouvel occupant de la Maison Blanche. “Fillon explique qu’il est prêt à travailler avec Donald Trump, et les deux hommes ont en commun une admiration pour le président russe Vladimir Poutine”, rappelle Bloomberg.

Pour les journalistes, une chose est certaine, le principal défi de Fillon sera de prouver aux électeurs français qu’il peut incarner le changement. “Il est entré au Parlement en 1981, a été ministre dans les années 1990 et premier ministre pendant cinq ans sous Sarkozy” .