La France, c’était pas mieux avant

(Revue de presse) La France vit-elle en 2013… ou 1930? Le New York Times consacre un long article sur les ressemblances entre la France d’aujourd’hui et celle de la Troisième République.

« Les parallèles historiques sont dangereux mais il est toutefois alarmant de voir la France d’aujourd’hui faire écho à la Troisième République, avance le quotidien avant d’énumérer une série d’arguments. « Le vrai problème de la France est interne, selon l’article. Et l’un des principaux problèmes est la peur du changement. Ce n’est pas une peur nouvelle ».

Après avoir rappelé la popularité en baisse de François Hollande, le New York Times indique qu’il « n’a pas choisi ses batailles judicieusement. Bien que le mariage homosexuel ait été récemment légalisé avec le soutien de la majorité de la population, il a réveillé une opposition catholique et conservatrice massive (…). Ce n’était pas seulement une opposition au mariage homosexuel et à l’adoption, mais aussi un effort non déguisé pour saper le gouvernement ». Un épisode qui rappelle les tensions entre la gauche et les partis politiques de la droite catholique dans l’entre-deux-guerres. « L’idée selon laquelle les nationalistes catholiques identifient les Francs-Maçons, piliers de la gauche, comme ennemis, rappelle la bipolarisation profonde qui caractérisait la vie politique française dans les années 1930 ».

Et le quotidien de poursuivre : « Le désert politique se remplit de colère et de frustration. A l’extrême droite, le Front national de Marine Le Pen (…) sème tranquillement les troubles. A l’extrême gauche, le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon est davantage un problème pour François Hollande puisqu’il s’est déjà préparé à descendre dans la rue pour bloquer toute tentative de réforme sociale cet automne ».

Il enfonce le clou : « Des forces plus noires se réveillent aussi. La mort récente d’un étudiant dans une rue parisienne a mis les projecteurs sur des groupes extrémistes de gauche et de droite moins visibles », un écho aux ligues des années 1930. « De façon inquiétante, le mot utilisé pour décrire ces gangs était celui de « ligue », le même mot adopté par des groupes fascistes et pronazis tentant de renverser la Troisième République dans les années 1930 ».

La lettre de Lagarde à Sarko

La presse américaine s’interroge aussi sur la signification de la lettre d’allégeance retrouvée dans l’appartement de Christine Lagarde et destinée à Nicolas Sarkozy. La lettre a été prélevée lors d’une perquisition dans le cadre de l’affaire Tapie et prend la forme d’un serment envers l’ancien locataire de l’Elysée. Pour le Washington Times, cette lettre « déconcerte la France ». La lettre « a laissé les Français perplexes, et accroît les suspicions concernant la fraude aux plus hauts niveaux du gouvernement », indique l’article.

La lettre « ravive le cycle savoureux des scandales sous l’ère Sarkozy », titre de son côté le New York Times. « Les Français aiment leurs scandales politiques, surtout lorsqu’il y a un changement de pouvoir au palais présidentiel de L’Elysée, continue l’article. La France est au milieu d’un autre cycle de scandales, la plupart d’entre eux concernant les personnalités clefs de la présidence de Nicolas Sarkozy. Presque chaque semaine, il y a de nouvelles révélations sur M. Sarkozy et ses anciens lieutenants, incluant ses bons amis, ses conseillers, son ancien ministre de l’Intérieur Claude Guéant et maintenant Christine Lagarde, l’ancienne ministre des Finances ».

« La lettre est, pour le moins, une indication de la flatterie entourant l’imperium républicain de la présidence française, particulièrement sous M. Sarkozy ».

Entre Claude Guéant et Christine Lagarde, en passant par l’affaire Bettencourt et le financement de la campagne de 2007, le quotidien énumère les affaires liées à la présidence Sarkozy. Le parti socialiste ne s’en sort pas mieux : « L’enquête continue concernant le compte bancaire étranger illégal de l’ancien ministre du budget Jérôme Cahuzac (…) Même l’affaire Strauss-Kahn n’est pas encore limpide », conclut l’article. La vie politique française n’est décidément pas un long fleuve tranquille.

Le baccalauréat pointé du doigt

Si en France, ce sont les tricheries et autres bourdes qui sont relatées le plus souvent dans les médias quand on parle du bac, aux Etats-Unis, c’est l’examen en lui-même qui est critiqué. «Le Baccalauréat n’en vaut pas la peine, titre Bloomberg Business WeekJe ne suis pas souvent désolé pour mon fils lycéen. Mais cette semaine, il a ma totale compassion alors qu’il travaille dur pour ce tristement célèbre Bac Français », raconte le journaliste.

« S’ajoutant à la pression (des examens), les élèves savent qu’ils ne seront pas admis au sein des meilleures universités françaises et britanniques à moins qu’ils ne cartonnent aux épreuves, peu importe leur note pendant l’année au lycée ».

Pour le Miami Herald, le baccalauréat est l’exemple même de ce qu’il ne faut pas faire aux Etats-Unis. « Certainement, les produits les plus intelligents du système scolaire français ont souvent une palette de connaissances impressionnantes, une approche analytique structurée qui les font paraître plus sages que leur âge et sont classés parmi les meilleurs au monde en mathématiques. Pourtant, les excellents standards de la France ont aussi un coût humain. Son système éducatif est miné par un taux d’échec important et aggrave les inégalités sociales ».

« Le système éducatif produit un niveau de discrimination sociale qui peut être qualifié de Darwinien : les enfants pauvres ont plus tendance à échouer alors que les riches vont davantage réussir ». Certes, mais au moins l’école est finie !