La Française qui dresse les animaux d’Hollywood

Crédits photo: Anne Greenberg

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Dans sa maison de Venice Beach, des photos de Woody Allen et Tom Cruise posant chacun à côté d’un chien, ornent les murs d’un couloir. Voilà plus de 25 ans que Mathilde de Cagny, dresseuse française à Hollywood, dirige toutes sortes d’animaux sur les plateaux de cinéma et de télévision de Los Angeles : chiens, singes, rats, oiseaux, girafes, ours et parfois même pingouins !

De « Hugo Cabret » à « Retour vers le Futur » en passant par « Lassie », « Frasier » ou encore « Pour et le meilleur et pour le pire », Mathilde de Cagny a travaillé sur de nombreux films et séries à succès, avec les plus grands réalisateurs et acteurs américains. Matt Damon, Martin Scorsese, Julia Roberts, Ewan McGregor ou encore Sacha Baron Cohen, pour n’en citer que quelques-uns.

« Mon vrai domaine de prédilection, ce sont  les chiens », explique la dresseuse qui en compte actuellement six chez elle, dont la plupart ont été adoptés à la SPA, puis dressés pour les besoins de différents films. «Je ne choisis que des chiens abandonnés : c’est une manière de leur donner aussi une seconde chance. J’adopte surtout des animaux dont des familles avec enfants ne voudraient pas : hyperactifs, mais jamais peureux ou nerveux ».

Mathilde de Cagny passe ensuite beaucoup de temps à la maison avec les animaux afin de parvenir petit à petit à « percer la bulle ». « Mon propre fils a grandi aux côtés d’un orang-outan», pour les besoins d’un tournage, explique la dresseuse en feuilletant un album photos rempli de souvenirs. « Il y a beaucoup de choses qui passent dans le regard. Il y a un tout un langage qu’il faut apprendre. C’est un travail très psychologique», explique-t-elle.

Jack Nicholson, jaloux ; Woody Allen, phobique

Sur le tournage en revanche, Mathilde de Cagny essaye de s’effacer le plus possible afin de « laisser l’acteur et l’animal développer leur propre relation». Ce qui donne parfois lieu à des situations cocasses. « L’un de mes meilleurs souvenirs  sur un plateau de tournage, c’était  dans un film avec Woody Allen, « Picking up the pieces ». Dans le scénario, il est poursuivi par un chien qui ne le lâche pas d’une semelle. Woody Allen m’avait prévenue qu’il n’aimait pas du tout les animaux, pas même les poissons rouges ! Il était tellement phobique qu’il n’arrivait même pas à toucher la nourriture qu’il devait donner au chien ! Du coup, je lui ai donné une petite casserole à tendre à l’animal. Et pendant tout le tournage, il s’est baladé partout avec ! Un peu comme un fou avec son entonnoir. Mais il est resté très professionnel et curieux du métier de dresseur».

En revanche, sur le tournage de « Pour le meilleur et pour le pire », l’ambiance était nettement moins bonne. «Tout le monde était en adoration devant le chien du film qui en était la vraie star. Jack Nicholson était très vexé qu’un animal lui vole la vedette ! Cela ne lui était jamais arrivé !».

Enfin, sa rencontre avec Martin Scorsese sur « Hugo Cabret » reste l’un des souvenirs les plus marquants de sa carrière. «On m’avait appelée à la rescousse après que le dresseur précédent a été licencié. J’ai eu trois jours pour prendre en main la situation. Comme nous tournions des grands plans, gare de l’Est, avec des chiens perdus dans la foule, j’ai demandé à faire partie des figurants en costume, pour pouvoir me fondre dans la masse et être plus près des animaux. C’est donc déguisée en cheminot que je me suis présentée un peu plus tard à Martin Scorsese qui ne s’attendait certainement pas à voir une dresseuse à l’accent français, habillée en homme, venir à sa rencontre”.

Les animaux, une passion d’enfance

La passion de Mathilde de Cagny pour les animaux remonte à l’enfance. « J’ai grandi entre Paris et la Normandie où des amis de ma famille possédait un château avec une poulinière et une trentaine de Saint-Hubert pour la chasse à courre. Je passais mes week-ends à monter à cheval et à m’occuper des animaux».

Après avoir raté le bac à 19 ans, elle part à l’aventure en Californie. Après plusieurs petits boulots, elle envisage de donner des cours d’équitation. Finalement,  «c’est en tombant sur une pub pour des croquettes pour chat que l’idée de faire du dressage animalier m’est venu !» raconte-t-elle.

C’est par le biais du producteur du film « Birdie », qui vient souvent dîner dans le restaurant où elle est alors serveuse, qu’elle obtient le numéro de téléphone du dresseur du film. « Il a refusé deux ou trois fois en disant qu’il ne travaillait qu’en famille puis il m’a laissée venir faire du volontariat ». Après quelques mois, elle est embauchée au sein de son entreprise « Birds and Animals Unlimited », une belle aventure qui dure toujours aujourd’hui.

Actuellement, Mathilde de Cagny travaille sur un nouveau projet de film, « Max », l’histoire d’un chien de guerre en Afghanistan. Et si l’Oscar du meilleur dresseur n’existe pas encore, la dresseuse a pu se consoler en se voyant remettre l’année dernière le prix du «meilleur dresseur de l’année 2013», lors du Show Dogs of the Year Awards. C’est l’avantage d’avoir 30 millions d’amis.

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